Dents blanches pour pellicule rouge

Le vampire dans le cinéma fantastique

Les déboires de la résurrection

Tout commence plutôt mal pour Dracula et ses troupes, les quatre premières années de la dernière décennie du siècle ne sont pas prolixes en la matière. Amour éperdu et teint blafard pour Julian Sands dans Tale of a vampire (Shimako Sato, 1992), première vision de Patrick Bauchau (Sydney dans la série Le Caméléon) dans le Crépuscule des vampires (John McBride, 1991), et même les Français s'y mettent dans Un vampire au paradis (de Abdelkrim Bahloul, 1991), avec Bruno Crémer dans le rôle de Maigret chez Dracula. En un mot : HELP !

N'oublions pas le navet intersidéral, futur géniteur d'une des meilleurs séries de tous les temps, le bien nommé Buffy, tueuse de vampires, où Rutger Hauer, maquillé comme un eprostituée, tenait la dragée haute à une Kristy Swanson, toute mignonne en tueuse de vampires. Un navet qui a traversé les âges et qui a accouché d'une série télé des plus novatrices, aux scénarios écrits de manière intelligente, loin des débordements nauséeux de Beverly Hills (d'ailleurs, Luke Perry jouait le faire-valoir de Buffy dans le film, pourtant écrit par Joss Wheadon, le créateur de la série télé).

Entretien avec Dracula

S'il faut retenir deux films de cette fin de siècle, deux oeuvres empreintent d'une volonté de faire du vampire un être humain avant la créature bestiale, enragé face à la lumière du jour mais dont l'amour perce le coeur vide, ce sont Bram Stoker's Dracula (Francis Ford Coppola, 1992) et Entretien avec un vampire (Interview with a vampire, Neil Jordan, 1994).

Le premier est l'une des plus fidèles adaptations du roman de Bram Stoker, actualisée par certains moments aux effets spéciaux de l'époque, mais ne trahissant jamais la trame narrative de l'oeuvre originelle. Une sublime réalisation, maîtrisée par l'un des artisans du cinéma, qui prouvera enfin que les racines du vampire sont ancrées dans une histoire d'amour brisée par la mort tragique d'Elizabeth, femme du comte Vlad, l'Empaleur. Reniant l'église et la vie, Vlad devient Dracula, jure de se nourrir de sang et de venger la mort de sa bien-aimée.

Avec Bram Stoker's Dracula, Coppola offre une vision épurée du mythe, transcendant le roman de Bram Stoker pour s'en approcher le plus possible. Dracula apparaît tantôt monstrueux, tantôt aristocrate, c'est-à-dire à chaque moment sous sa forme la plus intérieure. Un chef d'oeuvre intemporel qui a sa place au Panthéon du Fantastique.

Entretien avec un vampire s'écarte on ne peut plus loin du roman originel, dont il se moque ouvertement, lors de l'interview de Louis, vampire malgré lui, dont la perte de l'amour de sa vie l'entraînera à rencontrer Lestat, vampire de la première heure, désireux de lui faire découvrir les frasques de l'aristocratie. Adapté du roman éponyme de Anne Rice, best-seller depuis des années, Entretien avec un vampire pousse l'érotisme du mythe du vampire (voir l'érotisme naissant à la Hammer) pour toucher le thème de l'homosexualité.

Réalisé tout en finesse, le film rehaussera le film de vampires au rang des chefs-d'oeuvre, tout comme son prédecesseur, et donnera au film de vampire les lettres de noblesse qu'il a tant attendues. Et, à l'image d'un Haley Joel Osment dans Sixième Sens, Entretien avec un vampire permettra à la jeune Kirsten Dunst de faire étalage d'un talent hors norme.

 
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