Dents blanches pour pellicule rouge
Le vampire
dans le cinéma fantastique
L'érotisme naissant à la Hammer
Il
faut attendre 1958 pour voir le vampire revenir sur la scène
du cinéma fantastique. La célèbre maison
de production anglaise, la Hammer, se remet d'un difficile crise
financière et décide, en 1955 de se lancer dans
le Fantastique. Un choix des plus judicieux puisque Le
monstre (The Quatermass experiment, Val Guest, 1957), Frankenstein
s'est échappé (The curse of Frankenstein,
Terrence Fisher, 1957) et l'Homme au masque
de verre (The Snorkel, Guy Green, 1958) sont des succès
immédiats. C'est d'un commun accord que les pontes de la
Hammer décident de ressusciter Dracula,
interprété par une star montante, britannique, habituées
au théâtre londonien. Un certain Christopher Lee...
Réalisé par Terrence
Fisher, Le cauchemar de Dracula
sera l'un des premiers films d'une longue série dédiée
au comte. Lee, quant à lui, imposera sa stature, sa prestance
et son regard tenace, à ce Dracula tout en couleur, aux
spectateurs des salles obscures. Mais l'un des éléments
importants de son interprétation est la prise de conscience
de l'élément érotique sous-entendu par le
vampire. La possession de la victime, l'apparition du sang rouge
et la pénétration des canines dans la gorge de vierges
sont des thèmes qui auront du mal à percer le puritanisme
anglais. Mais la Hammer n'hésite d'aucune manière
à montrer la chaire de ses victimes, tandis que Christopher
Lee pose les bases du mythe.
Le
succès rencontré par Le cauchemar de Dracula permettra
à la Hammer de mettre en chantier une quantité invraisemblable
de suites. Tenter de les nommer toutes relève de l'utopie.
Citons néanmoins Les maîtresses
de Dracula (The Brides of Dracula, Terrence Fisher, 1960),
Dracula, prince des ténèbres
(Dracula, prince of darkness, Terrence Fisher, 1966) ou encore
Hercules contre les vampires (Mario
Bava, 1961). D'autres films, toujours produits par la Hammer,
s'amuseront à tirer le mythe du vampire de tous les côtés
: Le baiser du vampire (Kiss of
a vampire, Don Sharp, 1964), Dracula et
les femmes (Dracula has risen from the grave, Freddie Francis,
1968), Une messe pour Dracula (Taste
the blood of Dracula, Peter Sasdy, 1970), Les
cicatrices de Dracula (Scars of Dracula, Roy Ward Baker,
1970), Comtesse Dracula (Countess
Dracula, Peter Sasdy, 1971), Les Septs
Vampires d'Or (Legend of the 7 Golden Vampires, Roy Ward
Baker, 1973), etc. Une production qui ne sera jamais égalée
pour une maison de production, à qui le vampire doit énormément,
si pas tout.
Tentatives hasardeuses outre-Manche
Les Anglais ne sont pas les seuls
à s'être hasardé sur les chemins brumeux du
vampirisme. Ainsi, le Mexique se découvre, dès 1957,
une envie pressante d'apporter une touche exotique au mythe du
vampire. Que ce soit Fernando Mendez (El
vampire et El ataud del vampiro), le premier à s'attarder
aux canines aiguisées du comte Dracula, ou Miguel Morayta
et Alfonso Corona Blake, le Mexique apportera une sorte de primitivisme
qui sera décrié, dans ce pays, comme un "sous-cinéma".
Morayta réalisera El vampiro sangriento
(1962) et La invasion de los vampiros la même année,
tandis que Corona Blake élèvera le film de vampire
au plus haut degré, avec son Monde
des vampires (El mundo de los vampiros, 1961).
L'Italie,
avec le cultissime Mario Bava, et son Masque
du démon (La Maschera del demonio, 1960), poussera
l'élément érotique jusqu'à en devenir
un jeu pervers, faisant de Barbara Steele l'égérie
d'un genre alors à ses prémisses en Italie.
Sans oublier Roman Polanski qui,
en 1967, découvre sur son chemin de cinématographe
un certain Bal des vampires, qui
restera dans les annales du Fantastique de par son côté
humoristique et par son dédain face au puritanisme anglo-saxon
(l'un des vampires de son film est d'ailleurs homosexuel).
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