Frankenstein, histoire d'un mythe

 

Face au succès de la pièce de Peggy Webling, la famille Laemmle décide d'acheter les droits de Frankenstein pour 20.000 $ (sans compter 1% des bénéfices du film pour Webling et Balderston). Ce contrat empêchait toute interprétation à Broadway de la célèbre pièce. Quoiqu'il en soit, tout était prêt pour réaliser un nouveau film et surfer sur la vague de Dracula.

Carl Laemme étant allemand, et cette patrie ayant fourni au monde entier la plus belle illustration du fantastique avec l'expressionnisme, Robert Florey fut choisi pour le réaliser, étant l'un des grands fervents de ce courant aux éclairages contrastés et noyé dans les ombres.

 

Florey décida de demander à Bela Lugosi d'interpréter Frankenstein, mais Universal voulu immédiatement que ce dernier interprète la créature, suite au succès de son interprétation dans Dracula. Mais le test de quelques minutes interprété par un Lugosi maquillé à outrance fut un échec.

De plus, Bela Lugosi, très imbu de sa personne, décidé qu'interpréter un monstre qui ne parle pas et qui doit supporter des tonnes de maquillage n'allais pas faciliter sa carrière. Mal lui en pris, quand on sait comment elle a fini (dans la plus grande solitude, oublié de tous, drogué et sans un dollar en poche).

Frankenstein et l'expressionnisme allemand

Outre le fait que Carl Laemmle soit allemand et que Florey ait été envisagé pour réaliser Frankenstein, il est à noter que l'histoire trouve des échos (ou est-ce ces films qui trouvent écho dans Frankenstein ?) dans deux fleurons de l'expressionnisme allemand. Tout d'abord le cabinet du Docteur Caligari (Robert Wiene, 1920) qui fait état de ce docteur ayant "créé" un homme, dénué de toute volonté, et qui répond aux ordres de son maître. Tout comme l'histoire du Golem, créature également créée par l'homme.

Mais Florey, bien que son nom soit crédité au générique (pour avoir demandé à Garrett Ford un premier scénario basé sur ses propres idées et l'adaptation de Webling), quittera la production (il reviendra plus tard à l'expressionnisme allemand avec son très beau Double meurtreà la rue Morgue, en 1932), remplacé par un tout nouveau venu du théâtre, James Whale, dont le dernier film, Journey's End, avait connu un joli petit succès. D'emblée, James Whale imposa Colin Clive, son acteur fétiche, dans le rôle du baron Frankenstein. Personne d'autre que ce réalisateur aurait pu tempérer les ardeurs de cet homme déchiré, en proie à de véritables crises existentielles, et ayant un penchant immodéré pour l'alcool (qui lui causera sa perte, 6 ans plus tard). Pour remplacer Lugosi, Whale décida de contacter Boris Karloff, dont la carrière avait du mal à décoller. Pour lui, Karloff (William Henry Pratt de son vrai nom) était la créature. Trois semaines furent nécessaires pour réaliser un test qu'Universal accepta sans concession. Avec l'aide de Jack Pierce, Whale créa l'un des monstres les plus réussis de l'histoire du cinéma d'horreur.

Comment créer un monstre de cinéma

Pour réaliser l'étonnant maquillage de la créature, Jack Pierce utilisa toutes les caractéristiques du visage de Boris Karloff. Surdimensionné à certains endroits, il convenait parfaitement à l'imposition de coton et de collodion, afin de rehausser la peau au-dessus de ses yeux. Karloff décida alors de retirer le bridge qu'il avait du côté droit, ce qui permettait à ce dernier de creuser sa joue, renforcée par Pierce qui y ajouta une ombre. Il dessina également des cicatrices sur tout le corps de Karloff mais ce dernier, peu satisfait de sa prestation, demanda à Pierce d'alourdir ses paupières afin que l'on ne voie pas beaucoup ses yeux.
Pour renforcer la stature de la créature, Karloff dû supporter un costume matelassé, des chausses rehaussées et alourdies, etc. Trois heures de maquillage étaient nécessaires chaque jour, et autant pour le démaquillage.

La plupart des acteurs de Frankenstein sont issus du théâtre. Outre Colin Clive, James Whale demanda à Mae Clarke d'interpréter la prétendante du baron (alors que Bette Davis, un temps pressentie pour ce rôle, avait été jugée "manquant singulièrement de sex appeal"), Edward von Sloan, qui venait de jouer Van Helsing dans le Dracula de Browning, de prêter ses traits au professeur Waldman, et surtout à Dwight Frye d'interpréter l'assistant Fritz. Une composition sans reproche, tout comme celle de Reinfield dans Dracula.

 
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