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Frankenstein, histoire d'un
mythe
par Olivier
Ruol
29 octobre
1931. Alors que les Etats-Unis vivent la pire des périodes avec La Grande
Dépression, le Granada Theatre propose l'avant-première
d'une production de près de 300.000 $. Produite par Universal
Pictures, forte du succès de Dracula, elle affiche un
nouveau monstre du désormais célèbre bestiaire
du cinéma fantastique : Frankenstein. Petit retour en
arrière sur ce qui restera le fleuron du fantastique avec
un grand F.
Au début…
Nul besoin de revenir sur le roman originel
de Mary Shelley qui écrivit Frankenstein
ou le Prométhée
moderne lors d'un concours littéraire inventé par
Lord Byron et Percy Shelley, son mari, alors qu'ils s'ennuyaient
en Suisse, durant l'été pluvieux de 1816. Le succès
de cette œuvre, qui fut publiée en mars 1818, fut
instantané. Cette histoire, mêlant des thèmes
rarement abordés dans la production littéraire
de l'époque, fut instantanément utilisée
pour divertir les foules lors de représentations théâtrales.
En 1823, on comptait pas moins de 5 versions de Frankenstein
sur les planches, que celles-ci soient amusantes ou véritablement
sérieuses.
C'est durant ces représentations théâtrales
que les scénaristes ont décidé d'apporter
leur lot de nouveautés dans l'histoire de Mary Shelley.
Richard Peake, en 1823, produisit "Présomption ou
le destin de Frankenstein", pièce dans laquelle le
monstre était joué par Thomas Potter Cooke, le
Boris Karloff du 19ème siècle. Peake inventa le
personnage de Fritz, l'assistant du baron Frankenstein et fit
en sorte que la créature soit muette, alors que, dans
le roman originel, elle était par moment prolifique en
paroles, s'étendant sur plusieurs pages. Peake décidé donc
que la créature devait paraître beaucoup moins "vivante" que
dans le livre, mais également que le baron Frankenstein,
au contraire, se devait d'être moins brutal, plus scientifique
: Fritz, cet assistant mauvais qui s'amuse à torturer
la créature était né.
Une des représentations théâtrales qui aura
un énorme succès sera celle de Peggy Webling, en
1927, et qui poussa Universal Pictures à en produire un
film. Montée par Hamilton Deane (qui interprètera
le monstre), cette version de Frankenstein détone par
rapport aux autres, Peggy Webling décidant de changer
l'époque, le lieu, la durée et les personnages.
Plus proche du roman, la pièce de théâtre
se clôture par la poursuite de la créature jusqu'en
Arctique où elle mourra, comme son géniteur (une
fin que l'on retrouvera dans la dernière adaptation cinématographique
de Kenneth Brannagh). La pièce est jouée en 1930 à Londres
et son succès motive sans aucune hésitation son
passage sur les planches de Broadway, adaptée par un auteur
dramatique de renom, John L. Balderston, qui avait, quelques
années auparavant, adapté le Dracula d'Hamilton
Deane. Mais cette représentation n'aura jamais lieu.
Créer un monstre
au cinéma
Petit retour en arrière.
Carl Laemmle et son fils sont des producteurs heureux,
en cette année 1929. Ayant créé la
Universal Pictures en 1910, Carl a décidé de
nommer son fils, Carl Jr, au poste de Directeur de Production,
pour ses 21 ans. Mais l'amour de ce dernier pour l'horreur
n'est pas tellement au goût de son père.
Qu'importe,
Carl Jr décide de s'investir, au début de
l'année 1931, dans l'adaptation ciné de Dracula.
Au grand étonnement de son père, le Dracula de
Tod Browning, avec Bela Lugosi dans le rôle du vampire,
est un énorme succès. Raison de plus pour
mettre en chantier très rapidement une nouvelle
adaptation horrifique, celle de Frankenstein. |
Avant le chef-d'œuvre
Bien avant l'adaptation
cinématographique de 1931, Frankenstein avait
déjà fait les yeux doux au cinéma.
En 1910, l'Edison Company réalisera un court-métrage
de 15 minutes, adapter très librement du roman.
Le monstre, de par son maquillage, faisait bien plus
penser à Quasimodo et était créé "dans
un chaudron de potion magique".
En 1915, "Life without Soul" fut réalisé sur
le même sujet, sans maquillage grossier ni effets spéciaux.
Enfin, en 1920, un film italien, le monstre de
Frankenstein fut présenté aux
salles.
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