Il était une fois… Tsui Hark

Inventif, survolté, survitaminé ou encore chaotique, excessif et tyrannique, les qualificatifs ne manquent pas pour définir Tsui Hark. Ce réalisateur/producteur de génie est, avec John Woo, le réalisateur hong-kongais le plus doué de sa génération. Sans cesse en avance sur son temps, souvent copié mais jamais égalé, il révolutionne le cinéma depuis près de trente ans.

La trilogie du chaos

Tsui Hark est né au Vietnam en 1950. Quelques années plus tard, il émigre à Hong-Kong puis au Texas pour suivre des études supérieures. En 1977, il revient à Hong-Kong et travaille pour la télévision avant de réaliser son premier film en 1979: Butterfly Murder. Ce Wu Xia Pan –film de sabres– mâtiné de fantastique est considéré aujourd’hui comme le film fondateur de la nouvelle vague hongkongaise. Mais à l’époque, ce mélange de genres rebuta le public. Loin d’être découragé, Tsui Hark récidive l’année suivante en mélangeant, cette fois, arts martiaux et horreur gore dans l’hyper-violent We are going to eat you, une histoire de cannibales aussi dérangeante que fascinante. Nouvel échec commercial. En 1981, L’enfer des armes, l’odyssée nihiliste d’adolescents terroristes, sera massacré par la censure et des passages du film seront brûlés. Heureusement, Tsui Hark a conservé une version originale sur VHS qui a servi à l’édition collector du DVD chez HK Video.

Film Workshop

C’est en 1982 avec Zu, le guerrier de la montagne magique que Tsui Hark reçoit enfin la reconnaissance qu’il mérite. Il révolutionne le film de sabre en y injectant des effets spéciaux et ouvre la voie à ses nombreux successeurs. En 1984, il fonde sa propre société de production, Film Workshop, qui se caractérisera par la touche Tsui Hark: mélange de genres, virtuosité de la mise en scène et contexte historique marqué. Il lance ainsi la carrière des plus grands comme John Woo (Le syndicat du crime en 1986), relance ses vieux maîtres comme King Hu (Swordsman, 1990), attire des stars comme Jackie Chan (Double dragons, 1992), crée des franchises comme la trilogie culte des Histoires de fantômes chinois (Ching Siu Tung, 1987, 1990 et 1991). Si cet âge d’or fourmille de joyaux cinématographiques, il se caractérise aussi par de nombreux clashs –notamment avec son ami John Woo – pour divergences artistiques… Tsui Hark se montrant assez dictatorial dans son rôle de producteur.

En 1991, Tsui Hark repasse à la réalisation avec le somptueux Il était une fois en Chine qui narre les aventures du légendaire docteur Wong Fei-Hung. Non content de lancer une nouvelle franchise –il y aura 5 séquelles– et une nouvelle star –Jet Lee–, Tsui Hark révolutionne une fois encore le film d’arts martiaux historique. Les combats qui, bien avant The Matrix (frères Washowski, 1999) défient les lois de la gravité, sont d’une virtuosité époustouflante. The Blade, en 1995, réinvente le film de sabre et la célèbre figure du guerrier manchot en y injectant une violence réaliste et barbare. Sombre et nihiliste, c’est en somme un retour réussi aux films de ses débuts.

Erreurs de parcours et redécolage

Double Team en 1997 et Knock Off en 1998, ses deux nanars avec JC van Damme, marquent respectivement les débuts et la fin de son passage à Hollywood. Car Tsui Hark s’est vite rendu compte, contrairement à John Woo, que pour continuer à réaliser de bons films, il valait mieux ne pas s’éterniser aux States.

Time and Tide (2000) et The legend of Zu (2001) confirment que Tsui Hark n’avait rien perdu de son talent. Ces deux films, véritables ovnis bourrés d’inventions et de délires visuels, résument bien les envies de son auteur: toujours innover, quitte à dérouter le spectateur. Et si on oublie la pathétique suite Black Mask 2 (2002), Seven Swords (2005), un Wu Xia Pan dans lequel sept guerriers vont défendre la dynastie Ming contre les envahisseurs Manchou confirme son renouveau.

Triangle (2007), co-réalisé avec deux autres grands réalisateurs hong-kongais Ringo Lam et Johnny To est un film spécial: chaque réalisateur était responsable de 30 minutes du film, ils ne se concertaient aucun des trois et ils avaient chacun leur propre équipe technique et leurs propres scénaristes ! Même les acteurs ne connaissaient pas le destin de leur personnage. Tsui Hark a tourné sa partie, puis l’a envoyée à Ringo Lam qui a filmé la sienne avant de l’envoyer à Johnny To pour qu’il termine le film. Bref, c’est un film qui a été pensé comme un cadavre exquiset en a donc les qualités et les défauts !

En acceptant de tourner The Eye 3 (Missing, 2008), le 3ème épisode de la série des frères Pang, on se disait que Tsui Hark faisait une grosse erreur. Même si cette énième histoire de fantômes ne casse pas trois pattes à un canard, elle a le mérite de surprendre et prouve que Tsui Hark est un réalisateur atypique qui continuera à compter !

Christian Simon

 

 
 
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