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Ma Sorcière Mal Aimée
Fantastic'Arts
La sorcière a toujours
occupé une place privilégiée dans
l’imaginaire collectif. Peut-être parce qu’elle
apparaît très tôt dans notre vie, dans
les contes de notre enfance, et qu’elle nous rappelle
nos peurs enfantines. Quoi qu’il en soit, le cinéma
ne semble pas avoir noué de rapports privilégiés
avec cette figure emblématique, préférant
le plus souvent la reléguer aux seconds rôles.
Penchons-nous sur son berceau.
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Des débuts timides
Dès
la naissance du cinéma fantastique, une pléiade
de créatures maléfiques ont envahi les écrans
avant de proliférer jusqu’à nos jours. Ce
sont, entre autres, le vampire (Nosferatu,
F.W. Murnau, 1922 ; Dracula,
Tod Browning, 1931), le monstre de Frankenstein
(Frankenstein, James Whale,
1931), La momie (Karl Freund,
1932) ou encore le loup-garou (Le loup garou de Londres,
Stuart Walker, 1935).
Excepté
Häxan (Benjamin Christensen,
1922) un documentaire suédois sur la sorcellerie à
travers les âges et le dessin-animé Blanche
Neige et les sept nains (David Hand,
1937), le cinéma boude la sorcière. Est-ce parce
qu’à cette époque, la femme – maléfique
et manipulatrice de surcroît – n’avait pas le
droit de tenir les premiers rôles ? En tout cas, le star-système
hollywoodien, qui considère la femme uniquement comme un
objet de séduction, ne voyait pas la sorcière d’un
très bon œil. Seules quelques gentilles comédies
sentimentales avec la divine Veronica Lake (Ma
femme est une sorcière, René
Clair, 1942) ou la sculpturale Kim Novak
(L’adorable voisine, Richard
Quine, 1958) ont vu le jour.
Chasse aux sorcières
Dans
les années 50, la chasse aux sorcières n’a
pas lieu à l’écran, mais derrière l’écran.
Le sénateur Joseph Mc Carthy traque les
communistes et les activistes anti-américains jusque dans
le monde du cinéma. Pour dénoncer cette terrible
inquisition dont le point d’orgue est l’exécution
des époux Rosenberg en 1953, Arthur
Miller écrit la même année la pièce
Les sorcières de Salem, écho
du célèbre procès de Salem qui vit, en 1692,
dix-neuf personnes pendues pour sorcellerie et qui n’impliqua
en réalité… aucune sorcière ! Raymond
Rouleau en 1957 et Nicolas Hytner en
1996 (The Crucible), adapteront cette
pièce qui dénonce le puritanisme, la délation
et la bêtise humaine.
Un parcours en dents de scie
Dans
les années 60-70, les sorcières nous viennent d’Italie.
Dans l’excellent Masque du démon
(Mario Bava, 1960), Barbara Steele
incarne une sorcière vengeresse qui revient deux siècles
après sa mort afin de posséder le corps de sa belle
descendante. En 1968, Silvana Mangano impressionne en incarnant
la sorcière de chaque sketch de Les Sorcières
(Pasolini, De Sica). Dans Suspiria,
un des chefs d’œuvre de Dario Argento
(1977), la directrice d’une école de danse n’est
autre que la Reine Noire, une sorcière qui s’amuse
à décimer ses étudiantes.
Cependant, dans les années
80, la sorcière n’est plus qu’un obstacle à
surmonter dans la quête que mènent les héros
de Fantasy. Rares sont celles qui marquent les esprits autant
que la sorcière qui, en plein acte sexuel, se transforme
en louve dans les bras de Conan (Conan le barbare,
John Milius, 1982).
Dans
Les sorcières d’Eastwick
(George Miller, 1987), Cher,
Susan Sarandon et Michelle Pfeiffer
font apparaître l’homme idéal. Elles inaugurent
l’ère des sorcières de charme qui utilisent
leurs pouvoirs à des fins personnelles. Retenons le très
teenager, Dangereuse Alliance (The
craft, Andrew Fleming, 1996) et l’ovni
sexy Elvira, Maîtresse des ténèbres
(James Signorelli, 1988). Oublions les soporifiques
Ensorceleuses (Griffin Dunne,
1998) et l’insipide Un amour de sorcière
(René Manzor, 1997).
Séries cultes
Ma
sorcière bien aimée (1964-1972) est
célèbre autant pour sa mélodie que pour Samantha,
son héroïne qui remue son nez. Nicole Kidman
aura la lourde tâche de nous faire oublier Elisabeth
Montgomery dans Bewitched (Nora
Ephron, 2005) l’adaptation ciné de la série.
Quant à Charmed (depuis 1998),
elle marie avec bonheur sorcières sexy, apprentissage de
pouvoirs, combat contre les forces du mal avant de sombrer au
fil des saisons dans la guimauve.
Ces dernières années,
mis à part Blair Witch Project
(Daniel Myrick et Eduardo Sanchez,
1999) qui a vainement tenté de remettre la méchante
sorcière au goût du jour – sans la montrer
! –, il semble que la future sorcière au cinéma
sera jolie et gentille ou bien ne sera pas...
Christian Simon
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