La sorcière au cinéma

par Olivier Ruol

Qu'elle soit intrigante, sublime ou horrible, la sorcière n'a cessé d'avoir un parcours en demi-teinte, au sein du cinéma fantastique. Mais, à chacune de ses présences, a toujours laissé une empreinte indélébile. Qui n'a en mémoire cette vilaine sorcière de Blanche-Neige et les sept nains (David Hand, 1937), désirant la mort de la beauté personnifiée ? L'esprit de chaque enfant que nous étions possède encore l'image de cette ombre menaçante terrassée par un éclair.

Tout a commencé en1922, avec un film de Benjamin Christensen, Häxan, qui propose, sous forme de documentaire, une histoire de la sorcellerie à travers les âges, avec une large partie consacrée, bien évidemment, à la sorcière.

Cette dernière vient donc de faire son apparition sur pellicule, mais peu de réalisateurs (pour la plupart suédois) prendront en compte son potentiel artistique, préférant d'autres thèmes fantastiques (vampire, momie, etc.), et il faudra attendre bien longtemps avant de la revoir.

Peu de films également (mis à part quelques séries B peu mémorables) continueront dans la voie de la sorcière aux dehors peu attrayants, telle qu'on peut la voir dans Blanche-Neige. L'exemple le plus frappant ? Ma sorcière bien aimée, la célèbre série de 1964, où les sorcières utilisent leurs pouvoirs (généralement) à bon escient, à qui Elizabeth Montgomery prêtait ses superbes traits. La télévision sera essentiellement le lieu de prédilection pour la sorcière, qui fera des apparitions dans plusieurs séries télévisées (The Archie Comedy Hour, en 1969, par exemple).

Le grand fossé

Depuis cette période jusqu'aux années 90, peu de films prendront comme thème principal la sorcière. Certes, on continua à la voir dans la plupart des films d'Heroïc-Fantasy tels que Conan le Barbare (George Milius, 1982), où la sorcière est reléguée à un rôle de figuration, permettant au héros du film de rencontrer une créature des ténèbres. La sorcière semble alors dévolue à retourner dans l'ombre qu'elle avait connue des années auparavant. Mais c'était sans compter sur George Miller.

La reconnaissance

Avec les années 90, la sorcière revient en force, bien que les deux années précédant le nouveau millénaire feront la part belle au Diable. Exit donc la sorcière marâtre et bienvenue aux sorcières dont la beauté fera bien des victimes. Véritable instigateur de ce renouveau, George Miller filme, en 1987, Les sorcières d'Eastwick, dans lequel Michelle Pfeiffer, Susan Sarandon et Cher, font preuve d'ingéniosité pour séduire Jack Nicholson. La sorcière est donc jolie et ses pouvoirs sont utilisés pour la recherche de l'amour. Thème presque identique pour Practical Magic (1998), avec Sandra Bullock et Nicole Kidman, où la magie sera utilisée pour la conquête du coeur.

A la télévision, la sorcière se fait adolescente dans Charmed et prend les traits de trois jeunes soeurs (Alyssa Milano, Shannen Doherty, Holly Marie Combs), plus belles les unes que les autres, profitant de leurs pouvoirs pour contrer les forces du mal, film dont la source d'inspiration réside probablement dans The craft (Griffin Dunne, 1998), réunissant quatre adolescentes qui ont chacune des visions différentes de l'utilisation de leurs pouvoirs.

Outre le cabotinage français Un amour de sorcière (René Manzor, 1987), avec Vanessa Paradis, la sorcière fera les frais d'une remémoration historique, lorsqu'elle fut la proie d'une chasse encore présente dans les mémoires, dans The crucible (Nicholas Hytner, 1996).

On notera également l'apparition de Emmanuelle Seignier dans le film de Roman Polanski, La 9ème porte (1999), dont le rôle de sorcière ne fut pas exploité à bon escient.

Mais la sorcière la plus terrifiante n'est-elle pas celle que l'on ne voit pas ? Dans l'excellent film The Blair Witch Project, contant l'histoire de trois étudiants en cinéma obnubilés par la légende d'une sorcière hantant la forêt de Blair, cette dernière instaure chez le spectateur horrifié une tension qu'elle n'avait pas transmise depuis ses débuts au cinéma. Car qui de plus horrible qu'une sorcière que l'on ne voit pas, que l'on devine peu à peu mais, finalement, que l'on ne découvre qu'au travers la folie qu'elle instaure progressivement chez les protagonistes du film ? Avec ce film, la sorcière a repris son rôle de prêtresse du mal qu'elle avait abandonné depuis des années. Et il y a fort à parier que l'on entende encore parler d'elle...

Olivier Ruol
15 juillet 2000

 
 
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