NIFFF 2005 (2)

Le palmarès

Le Jury international était composé de Nicholas Roeg (cinéaste, Royaume-Uni), de Brian Aldiss (écrivain, Royaume-Uni), de Deak Ferrand (designer, Suisse/États-Unis) et de Thibaut Dopchie (responsable de presse et membre du comité de programmation du BIFFF, Belgique).

Œuvre d'excellence, Innocence est couronné à juste titre meilleur film de la compétition et se voit récompensé par le Narcisse d'Or. Le film de Lucille Hadzihalilovic remporte aussi le Prix de la Jeunesse, décerné par le Jury du Lycée Denis-de-Rougemont de Neuchâtel.

Deux récompenses pour Takashi Miike, non pas pour son désastreux Izo, mais, dans la sélection de films asiatiques, pour Zebraman (Japon, 2004), qui récolte le Prix TSR du Public et le Prix Mad Movies du meilleur film asiatique, également décerné par le public (mea culpa, je n'ai pas vu la chose, et ne peux donc vous vanter ses mérites. Partie remise…).

Le festival a également abrité cette année la 9ème cérémonie de remise du Méliès d'Or, qui distingue le meilleur film fantastique européen. Code 46 (Michael Winterbottom, Royaume-Uni, 2004) a remporté la prestigieuse distinction.

Les compétitions de courts métrages

Il y en avait donc deux, la première étant consacrée aux films suisses, et l'autre à la production européenne.

The Swiss shorts
Un panorama de huit œuvres inégales et, dans l'ensemble, plutôt sages, parmi lesquelles on retiendra surtout:
Hangover (Rolf Brönnimann, 2005, 9'): film d'animation super marrant et plein d'invention dans lequel un clébard sympa, dont le maître est foudroyé par une méga-gueule de bois, tente de se servir tout seul sa pâtée. Courage, petit cabot : l'ouvre-boîte est caché quelque part dans l'Everest de vaisselle sale qui trône dans la cuisine...
The Funeral (Tony Benham, 2004, 6'): mise en images de façon on ne peut plus classique, cette adaptation d'une nouvelle de Richard Matheson vaut surtout pour sa chute, qui tient en une réplique assez inattendue...
Ave (Raphael Gschwind, 2004, 4'): un autre film d'animation. Devant sa glace, Heinz se fait beau pour un rendez-vous galant et décide de raser son énorme moustache. Une drôle de surprise l'attend... Amusant.
Terra Incognita (Peter Volkart, 2005, 15'): faux documentaire avec narration en voix off sur un physicien des années 1920 lancé dans des recherches sur l'anti-gravitation. Une esthétique séduisante et une vraie maîtrise technique, mais un film un peu longuet et ennuyeux. Narcisse du meilleur court métrage suisse, tout de même.

The European Shorts
C'était aux spectateurs de voter pour l'élection du meilleur court européen. Fait exceptionnel: cette sélection, hormis un titre, était d'un niveau étonnamment élevé et homogène...
Tea Break (Sam Walker, Royaume-Uni, 2004, 6'): l'un des deux vilains petits canards gore de la compile. Dans un abattoir d'êtres humains, un boucher mutique massicote à la chaîne les malheureux ligotés et bâillonnés qui défilent sur le tapis roulant. Arrive l'heure de la pause. À la fois comique et cruel, Tea Break tient la salle en respect...
Dernier Cri (Grégory Morin, France, 2004, 6'): là encore, c’est la fiesta des papiers peints ruinés et des membres qui volent. Un cambrioleur s'introduit chez un animateur de télé-achat, qu'il assassine avant de piller l'appartement. Vengeance d'outre-tombe immédiate, sanglante et drôle. Avec Pierre Bellemare et Jo Prestia.
Invasion of the Planet Earth (Moritz Langer, Allemagne, 2004, 12'): tiens, de la science-fiction. Un extraterrestre veut coloniser la terre. Il atterrit au beau milieu d'une clairière et prend les arbres tout autour pour une armée de géants. Après deux-trois coups de sommation, il entame les négociations… Gentiment débile, le film ne casse pas des briques mais fait rire tout le monde, et on passe un bon moment.
El Soñador (Oskar Santos, Espagne, 2004, 14'): beau récit poétique d'un homme qui, au XIXème siècle, bâtit dans ses songes un monde utopique. Une réalisation conventionnelle, mais un charme indéniable et des décors magnifiques.
Los Padres (Xavi Sala, Espagne, 2004, 5'): le mouton noir de la sélection. Le jour de leurs quatorze ans, deux jumelles assassinent leurs parents. Un cadre fixe puis deux travellings pour ce plan-séquence barbant dont on saisit mal la pertinence et le propos.
Cinemare (Collectif CHRZU, Finlande, 2004, 10'): animation image par image avec figurines et décor de poupées pour un petit théâtre de l'horreur qui reprend à son compte l'essentiel de l'imagerie gothique. Une belle atmosphère, sombre à souhait, pour un court effroyable et des plus sympathiques.
Merveilleusement gris (Geoffroy Barbet-Massin, France, 2004, 6'): une esthétique hybride entre animation, prises de vues réelles et images de synthèse au service d'une histoire absurde et drôlatique. Un type et son colocataire mouton voient débarquer leur pitbull avec le cadavre du chien de la vieille voisine… Pas mal fait, et agrémenté de dialogues cocasses et percutants.
The Ten Steps (Brendan Muldowney, Irlande, 2004, 10'): le choix avisé du public pour l'attribution du Narcisse du meilleur court européen. Suite à une panne d'électricité, une ado restée seule à la maison lutte contre la panique et descend une à une les marches de la cave pour aller rétablir le courant. Très chouette film, flippant et prenant grâce à une interprétation ad hoc et une mise en scène au cordeau.

Julien Fleury - Décembre 2005

 
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