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NIFFF 2005
Festival du film fantastique de Neuchâtel
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Le festival suisse
du film fantastique a ouvert ses portes du 28 juin au 3
juillet 2005. Le NIFFF n'en est qu'à sa cinquième
édition mais s'inscrit déjà comme un
événement majeur du fantastique en Europe:
au total, plus de quarante longs métrages projetés
dans quatre sections (compét' internationale, asiatique,
séances spéciales, rétrospective),
et deux collections de films courts. Dans l'ensemble, une
sélection de très bonne tenue et un vrai marathon
pour les foutastiques, dans une ambiance des plus sympas
et décontractées. |
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La compétition internationale de longs métrages
Les
festivités démarrent en trombe sous les hourras
du public avec Godzilla Final Wars (Gojira:
fainaru uôzu, Japon, 2004) de Ryuhei Kitamura,
qui marque le cinquantième anniversaire du gros lézard
atomique. La mythique firme Toho a annoncé ce film comme
étant le der des der de la série, et il fallait
donc s'attendre à un choc maousse et définitif pour
marquer le coup...
Même si l'on n'est pas fan number one de ce genre de films
(ce qui est mon cas: je ne suis peut-être qu'un gaijin cynique
et blasé, mais le premier degré a ses limites, et
je me suis toujours ennuyé à mater des monstres
en latex rivalisant dans un festival de manchettes et de coups
de pied au cul), il faut reconnaître que l'expérience
est jouissive, et le spectacle 100 % marrant et speedé.
Bon, c'est aussi, évidemment, un peu bourrin, mais le scénario,
bien que très simple, dote le film d'une vraie structure
narrative qui ne néglige pas les personnages humains et
intègre sans problème les séquences de baston
entre géants. On peut donc s'éclater sans retenue
devant les prouesses de la grosse bébête, qui chope
ses congénères Hedorah ou Ebirah par la queue pour
les entraîner dans une toupie infernale ou un tourniquet
de la mort, le tout sur une
techno 100000 bpm signée Keith Emerson et quelques riffs
de Sum 41.
Côté bipèdes, ce n'est pas mal non plus, et
l'ensemble du casting assure sa part du délire en cabotinant
comme ce n'est pas permis: dans le rôle du mastoc Capitaine
Gordon, le lutteur américain Don Frye
remplace avec brio Jean Reno, initialement prévu (croyez-moi,
on n'y perd pas au change !) ; et, dans celui du bad guy de service,
le japonais Kazuki Kitamura prend visiblement
un pied d'enfer à camper un alien façon rock star
avec lunettes noires, manteau de cuir et poses outrancières
et théâtrales.
À nouveau plein de bruit
et fureur, dès le lendemain, avec la présentation
de Night Watch (Nochnoj Dozor,
2004). Premier blockbuster russe, ce film de Timur Bekmambetov
nous refait le coup de la lutte éternelle entre forces
de la Lumière et légions du Mal, avec pour cadre
un Moscou nocturne où grouillent les vampires.
Présenté ainsi, le divertissement a quand même
l'air un peu exotique, mais la curiosité suscitée
par le beau prologue médiéval et des dialogues dans
la langue de Tolstoï s'estompe vite. Peut-être enivré
par le faste de son budget, Bekmambetov a confondu rythme avec
frénésie, et illustré son scénario
(au demeurant assez brouillon) par une mise en scène spectaculaire
mais bourrée de gratuités clipesques et autres artifices.
Dommage. Restent quand même des partis pris horrifiques
assez glauques (notamment une récurrence fétichiste
du sang et des saignements) qui n'auraient pas droit de cité
dans une production hollywoodienne du même calibre.
Le même soir était
projeté The Drowning Ghost (Strandvaskaren,
Mikael Hafström, Suède, 2004), qui
n'est pas sans rappeler Night Watch, dans la mesure où
cette production européenne tente également de se
distinguer en faisant siens les tics et le toc du cinéma
américain. Le film, c'est entendu, est plutôt bien
foutu et réalisé de façon très pro,
mais peu importe: l'argument de départ (le retour aux affaires,
dans une petite bourgade, d'un tueur légendaire) et son
traitement en font juste un slasher de plus avec ados, sans réelle
portée, dans la lignée d'Urban Legend et
consorts.
Surprise ! Pour le troisième
jour du festival, revoici Fabrice Du Welz et
sa bête de concours Calvaire (Belgique,
2004). On a déjà longuement parlé de ce film
sur le site (voir le dossier Gérardmer
2005, la critique du film ou encore l'interview du réalisateur
dans Khimaira #2), et il est par conséquent inutile d'y
revenir. Sachez seulement qu'entre Fantastic'Arts et Neuchâtel,
Calvaire s'est fait remarquer au festival du film fantastique
d'Amsterdam, où il a glané un Méliès
d'Argent ! Espérons pour Du Welz qu'il dispose d'un long
et joli rebord de cheminée pour y entasser toutes ses récompenses...
La soirée se poursuit avec,
cette fois, un véritable inédit, à savoir
Suffocation (Zhixi), intéressant
à plus d'un titre.
Tourné en 2005, Suffocation est la première
production horrifique à voir le jour en Chine populaire.
Présent à Neuchâtel, le réalisateur
Zhang Bingjian explique au public la rareté
de ce genre de cinéma dans son pays: "En Chine, il
n'existe pas de comité de censure donnant aux films des
visas d'exploitation, aussi tout film distribué en salles
doit pouvoir être vu, sans risque de choquer, par l'ensemble
de la population". Thriller psychanalytique, Suffocation
comporte tout de même son lot de séquences-chocs,
et Bingjian poursuit: "Les autorités commencent à
comprendre qu'il serait judicieux de rendre les marchés
étrangers plus accessibles aux productions nationales,
et que, pour cela, il devient indispensable de laisser un peu
de côté les films grand public, par exemple ceux
en costumes, pour s'attaquer à un cinéma plus contemporain".
Suffocation se veut donc emblématique des bouleversements
qui refondent, depuis quelques années, la société
chinoise. Il n'empêche que cette "révolution"
du paysage cinématographique n'en est qu'à ses balbutiements,
et le film reste prudent sur ce qu'il convient encore de ne pas
raconter et de ne pas montrer: le scénario (un photographe
de mode, époux infidèle, assassine sa femme ; il
est vite assailli par des visions de fantôme, symptomatiques
de sa culpabilité) ménage ainsi la chèvre
et le chou en brouillant constamment la frontière entre
réalité et fantasme, et en faisant passer les faits
violents de l'histoire pour des épisodes rêvés.
Le public occidental actuel du cinéma fantastique se montre
parfois hostile à ce type d'approche, qui n'est pas frontale
et mise tout sur l'ambiguïté, mais il serait quand
même dommage de dénigrer cette première du
cinéma chinois. Histoire de convaincre les réticents,
j'ajouterai donc que l'interprétation, la photo et la mise
en scène de Suffocation sont irréprochables.
La quatrième journée
des réjouissances débute avec La Peau
blanche (Canada, 2004) de Daniel Roby.
À l'instar de Calvaire, cette première
œuvre aux allures de gros téléfilm était
déjà programmée en compétition à
Gérardmer, et je vous renvoie de nouveau au dossier correspondant
pour de plus amples considérations critiques.
Le
soleil se couche alors que défilent les premières
images d'Izo (Japon, 2004) de Takashi
Miike. La réputation du cinéaste aidant, le public
à l'entrée se montre des plus optimistes ("Ouaaais,
ça va être LE film du festival", prédisent
la bande de joyeux drilles qui font la queue devant moi). Passées
les dix premières minutes, tout le monde sait à
quoi s'en tenir : certains quittent leur siège pour aller
manger un morceau, les autres prennent le parti d'en rire et s'apprêtent
à encaisser sans broncher les deux heures de métrage
restant.
Izo fut un samouraï crucifié par les shoguns
qu'il avait osé défier. Ressucité à
notre époque, il s'embarque dans une expédition
vengeresse contre tout symbole des institutions et de l'autorité:
armé de son sabre, Izo pourfend, découpe et démembre
tout un contingent de jeunes mariés, de dignitaires religieux,
d'écoliers, ainsi qu'un militaire, des businessmen et même
sa propre mère !
Vous vous dites que ça a l'air plutôt fun, mais détrompez-vous,
car Izo est affligé d'un montage sans queue ni tête
parfaitement insupportable, et les scènes, répétitives,
se succèdent sans lien cohérent ni construction
dramatique. On dirait que Miike, sans renier
ses penchants pour la violence et le gore, se prend maintenant
pour Jean-Luc Godard et, adoptant une pose auteurisante,
se pique d'initier une Nouvelle Vague du film de sabre. Au vu
du résultat, cette démarche paraît complètement
à côté de la plaque et carrément insultante
pour les spectateurs de bonne volonté qui ont payé
leur ticket d'entrée.
La soirée se termine sur
une note puissamment morbide avec l'étrange Marebito
(Japon, 2004), tourné en numérique par Takashi
Shimizu, auteur de Ju-On et de son remake US
The Grudge.
Fondu de vidéo, Masuoka filme un jour le suicide, dans
le métro, d'un vieil homme au regard terrifié. Caméra
au poing, il s'enfonce alors dans les sous-sols de Tokyo à
la recherche de la peur ultime, sentiment qui, espère-t-il,
le ferait basculer dans la folie...
On peut regretter que Shimizu n'ait pris que huit jours pour mettre
ce film en boîte, ce qui ne lui a pas permis de fignoler
sa mise en scène et sa direction d'acteur. Passé
cette réserve, j'avoue que Marebito se révèle
un vrai trip cauchemardesque, parfois longuet, mais toujours oppressant,
et même gore jusqu'à l'écœurement. De
l'horreur, donc, de la vraie, vite torchée mais finalement
radicale et efficace.
Cinquième
journée, et c'est au tour de Lucille Hadzihalilovic
d'entrer dans la danse avec Innocence
(France/Royaume-Uni/Belgique, 2004), déjà distribué
dans les salles françaises. Quoiqu'éminemment personnel
et original, ce premier long métrage de la réalisatrice
est un peu l'œuvre jumelle de Saint-Ange (2004),
la belle histoire de fantômes de Pascal Laugier,
dans le sens où l'un et l'autre film, par leur sophistication
et leur recours aux symboles et aux ambiances oniriques, mettent
à profit l'héritage de plusieurs décennies
du meilleur fantastique européen (en particulier certains
titres de Dario Argento, tels que Suspiria,
Inferno et Phenomena).
Une école de ballet perdue dans la forêt abrite une
ribambelle de fillettes et de pré-adolescentes. Gouverné
par une directrice invisible, l'établissement est un lieu
clos où les pensionnaires arrivent très jeunes dans
des cercueils et ne remettent le nez dehors qu'à l'âge
de la puberté...
Le moins que l'on puisse dire est que l'on n'a guère l'habitude
d'admirer un cinéma français d'inspiration et de
style aussi libres que celui-là. Innocence s'envole à
mille lieues du tout-venant de la production dite "d'auteur"
pour donner à voir (j'insiste sur le verbe: le film est
un régal pour les yeux) et à méditer une
allégorie passionnante sur l'apprentissage et l'évolution
de la jeune humaine, de la prime enfance "innocente"
à la conscience du corps et de la sexualité. Pas
d'intrigue, donc, mais un jeu perpétuel de correspondances
et de métaphores qui invite le spectateur, à la
fois actif et contemplatif, à une quête permanente
du sens dissimulé dans chaque plan.
Sixième jour: la compétition s'achève dans
les tripes et la rigolade avec l'épatant Boy
Eats Girl (Irlande, 2005).
Comédie bis pleine de peps et de zombies, ce film de Stephen
Bradley conte les déboires de Nathan, 17 ans,
qui se suicide après une déception amoureuse et
rouvre les yeux dès le lendemain avec un appétit
féroce de chair humaine. Sur le papier, c'est vrai que
ça n'a l'air de rien, et pourtant, malgré un petit
lot d'imperfections qu'on pardonne bien vite, ce teen movie emballe
son monde grâce à un rythme soutenu, du gore en pagaille
et des dialogues émaillés de punchlines assez savoureuses.
Bravo !
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