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Ray Harryhausen
L'interview
Ray Harryhausen est le pionnier des effets spéciaux.
Souvenez-vous des films comme Le septième voyage
de Sinbad (Nathan Juran, 1958), Jason et les Argonautes
(Don Chaffey, 1963) ou encore Le choc des Titans (Desmond
Davis, 1980). Nous avons rencontré, avec un immense
plaisir et beaucoup de déférence, le maître
lors des Utopiales 2005.
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LeFantastique.net:
Monsieur Ray Harryhausen, qu'est-ce qu'un effet spécial
pour vous ? Une simple question de technique ?
Ray
Harryhausen: Comme on le sait, un des premiers films que j'ai
vu était Le Monde perdu, tiré
du livre de Conan Doyle, l'histoire de cette
île pleine de dinosaures. C'était en 1925. J'ai été
très impressionné par les Dinosaures
de Willis O'Brien. En 1933, quand j'ai vu King
Kong [ndlr: créé aussi par Willis O'Brien],
ça a changé ma vie. Ce n'était pas qu'une
question de technique, de prouesse technique. L'histoire se développe
grâce à des effets spéciaux, ici King Kong.
En 1933, c'était la grande dépression, les gens
n'avaient jamais vu ça, c'était très crédible,
et cela faisait rêver.
LF.N: Vous
parlez de King Kong, que pensez-vous du film de Peter Jackson
?
RH: Eh bien, c'est une autre interprétation. Le film de
Peter Jackson, je pense, est nettement supérieur.
Peter Jackson est un grand réalisateur de Fantasy, on a
pu le voir avec Le Seigneur des Anneaux.
Mais pour moi, il n'y a qu'un seul King Kong.
LF.N:
Quand vous travailliez sur un film, quel était le problème
principal ? L'argent, le temps ou le réalisateur ?
RH: Le réalisateur doit tenir compte des effets
spéciaux, être prêt à réécrire
le scénario s'il le faut. Car on ne peut réaliser
que ce qu'il est possible de faire ! Les budgets n'étaient
pas élevés dans les années 50 et 60. Je faisais
des films à petits budgets. Il n'y avait pas des millions
de dollars comme aujourd'hui. Je travaillais avec le réalisateur,
je travaillais pour le film, par seulement pour faire des effets
spéciaux. On nous a critiqués en disant que nos
films étaient trop simplistes. Mais on ne voulait pas faire
compliqué. Pour les Sinbad, mon
ami le producteur Schneer, ne trouvait personne qui était
intéressé. Ça été très
difficile pour trouver l'argent.
LF.N: Pouvez-vous
nous parler de l'évolution du domaine des effets spéciaux
?
RH: Vous pensez aux ordinateurs en disant cela. Les ordinateurs
ont changé beaucoup de choses. D'un certain point de vue,
les ordinateurs permettent des films "trop" réels.
Quand vous faites un documentaire comme walking with
dinosaurs, chez la BBC, on reste très impressionné
par les dinosaures. Ils sont très réels. Moi, j'ai
été très impressionné quand j'ai vu
King Kong. Dans les années 30, les gens étaient
plus naïfs, maintenant ils veulent la perfection. King
Kong était un rêve et un cauchemar. Il y avait
la magnifique musique de Max Steiner. Elle participait
au film, renforçait les émotions des personnages.
Parfois, de nos jours, vous voyez un film, la musique n'a rien
à faire, à l'écran vous voyez tout.
LF.N: Les
films seraient donc actuellement trop "réel"
? Il n'y aurait plus la part de rêve de votre époque
?
RH: Oui. Pour moi, ce qui est de la Fantasy est irréel.
Rappelez-vous: quand j'ai vu King Kong, je n'avais jamais vu ça
de ma vie. J'étais jeune, la musique, les effets spéciaux,
tout ça m'a fortement impressionné.
LF.N:
Vous avez parlé précédemment d'îles
et de dinosaures. Que pensez-vous des Jurassik park ? Vous avez
aimé ?
RH: Oui, beaucoup. Il y a beaucoup de choses merveilleuses dans
ces films, mais l'approche est différente que dans Le
Monde Perdu. Steven Spielberg a
une approche très populaire, avec un gros budget. Je n'ai
jamais eu de budget pareil. Il y a une grande différence
avec le cinéma de nos jours. Les Films de Fantasy sont
devenus populaires. De mon temps, ce n'était pas pareil.
En 1938, juste avant la guerre, quand j'ai rejoint le club appelé
la Société de Science-fiction de Los Angeles, nous
étions peu nombreux. Il y avait là un égyptologue,
ou encore un expert en fusée. Nous avions l'habitude de
nous retrouver au restaurant tous les jeudis, et nous parlions
de stations spatiales. Puis on devait revenir au quotidien. C'était
particulier. Maintenant, des gens parlent sérieusement
d'aller sur Mars.
LF.N: Si
vous deviez faire un film sur mars, il y aurait des dinosaures
?
RH: Sans dinosaures (rires), mais avec des créatures étranges.
Mais les films sur mars ne seront peut-être pas des films
de Fantasy. Si tout le monde aime les love story, se sera des
love story. Les films suivent des cycles. Tout le monde fera alors
des Love story.
LF.N:
Actuellement les films de Fantasy sont dans un cycle "vertueux"
?
RH: Oui. Il n'en a pas toujours été ainsi.
LF.N: Si
on reste sur Mars, avez-vous aimé Mars Attack, de Tim Burton
?
RH: Oui, c'était très drôle. Mais c'était
une autre approche que Flying saucers.
LF.N: Avez
vous vu Les Noces funèbres, son dernier né avec
Michael Jonhson ?
RH: Non.
LF.N:
Lors de la première rencontre entre les deux amants, le
piano de la scène est un piano "Harryhausen".
RH: Vraiment ? (rires). Il y avait déjà un
Sushi bar Harryhausen dans Monstres et Compagnies
[ndlr: chez Pixar]. Je suis très fier d'avoir donné
mon nom à un Sushi bar.
LF.N: Revenons
à votre travail M. Harryhausen. Quel est Votre film préféré
?
RH: Vous parlez de ceux que j'ai fait ? Jason
[ndlr: Jason et les argonautes]. On devait faire des compromis
avec tous nos films, celui-ci aussi. C'était toujours une
question de budget, on était vraiment très juste
pour Jason. Mais c'est mon film préféré.
LF.N: Dans
Jason, il y a une célèbre scène de combat
contre des squelettes. Pouvez-vous nous en dire plus ?
RH: C'est une scène compliquée, avec 7 squelettes.
Pour quelques minutes de film, il y a quatre mois de travail.
Image par image, c'est très long le stop-motion. Quand
les épées se heurtent, il faut y aller point par
point. Le film d'animation, c'est beaucoup de peine et beaucoup
de temps.
LF.N:
Les acteurs de vos films, aimaient-ils vos effets spéciaux?
RH: Oui, sincèrement. Ils étaient impliqués.
Ils devaient donner l'illusion de se battre, dans Jason
par exemple.
LF.N: Si
j'osais, quels sont vos effets spéciaux que vous pensez
avoir ratés ?
RH: Oh, beaucoup ! Nous ne pouvions faire qu'une prise, il était
impossible d'en faire une nouvelle, pour des raisons de budget.
Nous n'avions pas les moyens. C'était un sérieux
problème technique. Mais j'ai toujours essayé de
faire de mon mieux, avec les moyens du bord.
LF.N: M. Ray Harryhausen, merci
Propos recueillis par Gabriel Féraud
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