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Ray Harryhausen : le dinosaure de l'animation

Votre rubrique Nickelodon, qui rend hommage aux monstres sacrés du cinéma fantastique, se penche cette fois sur celui qui est aux effets spéciaux ce que les frères Lumières sont au cinéma : les pionniers d'un ère toute entière. Petit retour en arrière sur la carrière du maître de l'animation.

Une passion révélatrice

C'est en 1920, à Los Angeles, que Ray Harryhausen naît. Dès sa plus tendre enfance, il voue un culte certain à l'anthropologie. L'étude des animaux préhistoriques et la visite de nombreux musées vont susciter en lui l'envie de redonner vie à ces mastodontes disparus. C'est pourquoi il décide de réaliser de petits dioramas qui inauguraient déjà le futur travail de ce génie. Car, soucieux de réalisme, et ayant une caméra 16mm entre les mains, il décide de réaliser son premier court métrage, Evolution, où, déjà, un dinosaure dévorait un être humain!

Mais ce qui fit véritablement exploser la passion de l'homme pour l'animation fut la vision de King Kong, le chef d'œuvre d'Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, dont les effets spéciaux d'animation étaient le fruit du travail de Willis O'Brien. Fasciné d'un bout à l'autre du long métrage, Ray Harryhausen sait, à 13 ans, de quoi sera fait sa vie. Passionné par le cinéma, il va véritablement débuter en devenant l'assistant de George Pal (à qui l'on devra bien des années plus tard le magnifique La machine à explorer le temps), tout en devenant l'un des grands amis de O'Brien, son mentor, qu'il rencontrera en 1937.

La consécration sur grand écran

Il attendit pourtant 12 ans, après sa première rencontre avec le créateur d'effets spéciaux, pour enfin travailler avec lui. Sur le nouveau film de Ernest B. Schoedsack, Mighty Joe Young (dont Joe Johnston réalisera le remake, en 1998), un énorme singe doit être créé, certes moins imposant que King Kong, mais demandant de la part des deux hommes un travail titanesque. Véritablement lancé, mais alors aux prémisses de sa carrière, Ray Harryhausen apportera son expérience sur plusieurs longs métrages, avant de concrétiser un chef d'œuvre intemporel : Le 7ème voyage de Sinbad, en 1958. Tout d'abord, en 1953, pour Le Monstre des Temps perdus, sorte de précurseur de Godzilla, demandant à Harryhausen de créer un lézard géant débarquant en pleine ville de New York, après avoir été libéré de la glace par une bombe atomique. Trois ans plus tard, il réalise une séquence impressionnante de la vie des dinosaures pour le documentaire Le monde animal, produit par Warner Bros, montrant, 40 ans avant Steven Spielberg, des combats entre dinosaures très impressionnants. L'année suivante, il fait son entrée dans le cinéma de science-fiction avec Les soucoupes volantes attaquent, de Fred Sears, pour lequel il dirige l'ensemble des apparitions des soucoupes volantes. Point de monstres à l'horizon, ce film constitue une sorte de pause avant qu'Harryhausen ne livre l'un de ses fleurons.

Les chefs-d'œuvre de l'animation

La fin des années cinquante confirmera le talent du désormais célèbre responsable de l'animation. Et ce talent se concrétise dans le 7ème voyage de Sinbad, narrant les aventures du prince des mers, qui devra affronter plusieurs créatures telles que des dragons, des oiseaux géants et le célèbre cyclope. Véritable bestiaire du cinéma fantastique, ce film sera un véritable succès et sera le début d'une longue série de films consacrés aux créatures mythologiques dont l'aboutissement le plus réussi sera, sans aucun doute, Jason et les Argonautes (Don Chaffey, 1963). Combats avec des squelettes vivants, contre une hydre, apparition de Poséidon, ce film remporte un succès sans précédent et, s'il est encore besoin, consacré véritablement Ray Harryhausen comme le maître des effets spéciaux. Ce film constitue également un hommage que ce dernier veut rendre à Willis O'Brien, son mentor de toujours, et décédé en 1962.

Une carrière exemplaire

La carrière de Ray Harryhausen durera encore une dizaine d'années. Les premiers hommes sur la lune (Nathan Juran, 1964), Un million d'années avant JC (Don Chaffey, 1966), La vallée de Gwangi (Jim O'Connolly, 1969) ou encore Sinbad et l'œil du tigre (Sam Wanamaker, 1977), compteront parmi les fleurons de l'œuvre d'un homme qui, sentant l'âge venir, décide de se retirer, non sans avoir mis la main au fleuron du genre : Le choc des Titans (Desmond Davis, 1981). Une mise à la retraite qui puise également ses sources dans l'avènement des effets visuels numériques. D'ailleurs, il y a une anecdote amusante à ce sujet : Phil Tippett (spécialiste de l'image par image) avait réalisé un petit métrage de dinosaures pour montrer à Spielberg ce qu'il était capable de faire pour Jurassic Park. Quand ILM, grand studio d'effets spéciaux de George Lucas, a fait de même au niveau numérique, il s'est exclamé : "Nous sommes une espèce en voie de disparition!" Quoiqu'il en soit, le monde des effets spéciaux doit presque tout à Ray Harryhausen qui, même si le numérique a pris le pas, peut s'enorgueillir d'être de ceux qui ne s'éteindront jamais.

Olivier Ruol - Janvier 2004

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