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Ed Wood : le génie au service du ringard

Par Olivier Ruol

"Salutations, mes amis. Vous vous intéressez à l'inconnu, au mystère, à l'inexplicable. C'est pourquoi vous êtes là. Et maintenant, pour la première fois, nous allons raconter tout ce qui s'est passé. Nous allons vous donner toutes les preuves, à partir des témoignages secrets des malheureux qui ont survécu à cette effroyable ordalie. Les faits, les lieux… Il nous est impossible de garder plus longtemps le secret. Votre cœur supportera-t-il les terrifiantes péripéties de la véridique histoire d'Edward D. Wood Jr ?"

C'est par ces quelques phrases que commencent l'un des plus brillants hommages d'un metteur en scène à un autre réalisateur. Tim Burton, en réalisant, en 1995, Ed Wood, a voulu donner ses lettres de noblesse à celui qui l'on qualifiera de "plus mauvais réalisateurs de tous les temps". Mais c'est également les phrases qui débutent Plan 9 from Outer Space, le long métrage le plus célèbre d'Edward D. Wood Jr. Flashback sur l'un des plus géniaux réalisateurs du cinéma Fantastique.

Dichotomie sexuelle

Ed Wood est né en 1924, dans une bourgade de New York, mais c'est véritablement 10 ans plus tard qu'il apprendra à vivre, en recevant de ses parents, et pour son anniversaire, sa première caméra Kodak City Special. Une véritable révélation pour ce jeune garçon qui ne cessera de filmer à tout bout de champ la vie de tous les jours. C'est sa passion pour les films qui le mèneront, alors que les Japonais plongent l'Amérique dans la Seconde Guerre mondiale, à réaliser de petits métrages sur l'engagement américain. Déjà se concrétise en Ed Wood deux tendances qui feront du réalisateur ce qu'il sera : un véritable passionné de l'image et… des habits féminins! Car l'homme s'éprend de la lingerie féminine au point de se déguiser entièrement, sans pour autant éprouver une quelconque attirance envers la gent masculine.

C'est cette singulière dichotomie sexuelle qui poussera Ed Wood dans les mains de George Weiss, producteur indépendant, qui veut absolument tirer parti de l'histoire de Christine Jorgensen, première personne à avoir changé de sexe. Wood voit l'opportunité, non seulement de réaliser son premier métrage sur un thème qu'il connaît par cœur, mais également de tourner avec Bela Lugosi, son acteur fétiche. Lugosi, l'interprète du Dracula de Browning, est sur une mauvaise pente, le cinéma l'ayant délaissé pour des créatures en caoutchouc. Drogué et alcoolique, il n'attend qu'une seule chose : sa propre mort… et de l'argent pour l'attendre!

Face-à-face avec l'échec

Echec commercial en cette année 1953, Glen or Glenda sera monté par le producteur qui s'évertuera à enlever "toutes les mauvaise scènes du film". Pourtant, Ed Wood n'en démord pas et veut absolument un nouveau film qu'il concrétisera dans La fiancée du monstre, deux ans plus tard. Pour le tourner, Wood utilise tous les subterfuges qui lui feront économiser de l'argent : une fausse pieuvre (à laquelle il manquera une tentacule!), des scènes repiquées d'anciens documentaires. Tout est bon pour réaliser son rêve. Mais Bela Lugosi, en phase terminale et rongée par l'alcool et la drogue, a bien du mal à interpréter son rôle et sera remplacé par sa doublure, Eddie Parker.

La fiancée du monstre (1955) incarne la première offensive du réalisateur dans le cinéma d'horreur et fantastique. Fort de son expérience, Ed Wood décide, en 1956, de tourner Plan 9 from Outer Space, LE film par lequel sa réputation se construira. L'ombre de Lugosi, décédé un an auparavant, plane d'ailleurs sur tout le long métrage. Mais le public ne suit pas.

Le Jour où Ed Wood s'arrêta

A plus de quarante ans, Ed Wood n'est plus que l'ombre de lui-même. Aucun de ses films n'a fonctionné, son mentor est décédé et la plupart de ses amis l'ont quitté. Malgré une passion qui ne le quittera jamais, le réalisateur semble terminé. Il continuera dans le cinéma, cependant, en écrivant et réalisant des films pornographiques jusque dans les années 60 (son dernier film s'intitule Orgy of the Dead…) pendant lesquelles Hollywood décidé de rayer son nom de l'histoire. Seul, sans un euro en poche, Edward D. Wood Jr s'éteint en 1978 d'une crise cardiaque.

Même si la carrière d'Ed Wood n'est pas exemplaire à plus d'un point, il reste une figure mythique du cinéma fantastique. Celle d'un homme qui a toujours cru en sa passion, en son amour pour la réalisation, et qui n'a jamais baissé les bras. Bravant un nombre incalculable de crises, Ed Wood est l'une des plus fantastiques preuves de courage et, comme tous les génies, sera adulé bien des années après sa mort. Une reconnaissance tardive, mais certaine, pour "le plus mauvais réalisateurs de tous les temps".

Olivier Ruol
15 juillet 2003

 

 
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