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Symphonie Narnienne
Afin d’ajouter à
son film la touche de magie supplémentaire que seule une
musique inspirée peut apporter, le réalisateur se
devait de faire appel à un compositeur de talent. Adamson
ne s’est guère trouvé démuni puisqu’il
avait déjà collaboré, sur Shrek
et Shrek 2, avec l’excellent Harry
Gregson-Williams, tout naturellement rappelé
pour participer à Narnia.
La
carrière de Gregson-Williams pourrait constituer un authentique
exemple pour tout compositeur désireux de réussir
son parcours à Hollywood. Musicien émérite,
professeur de musique pendant plusieurs années en Afrique,
Harry Gregson-Williams a la chance de croiser, en 1994, le chemin
de Hans Zimmer, alors compositeur de The
Lion King ; c’est à cette époque
que naît véritablement l’association de compositeurs
qui sera connue plus tard sous le nom de "MediaVentures",
faisant aujourd’hui plus de mal que de bien à la
musique de film. Embarqué dans l’épopée
zimmerienne, Gregson-Williams gagne ses galons de noblesse en
collaborant à The Fan - ce qui lui vaudra
de travailler de nouveau avec Tony Scott: Enemy
of the State, Spy Game,
Man on Fire - puis en composant en solo
The Borrowers et The Replacement
Killers. Après plusieurs rutilantes collaborations
avec l’autre grand talent issu de MediaVentures, John
Powell (Antz, Chicken
Run, Shrek), Harry Gregson-Williams
est désormais un compositeur accompli, passé de
l’emploi des synthétiseurs à celui de l’orchestre
avec une grande maîtrise, débarrassé du "Surmoi
mediaventurien" et affirmant avec élégance
sa propre personnalité. Aujourd’hui collaborateur
de choix de Ridley Scott (Kingdom
of Heaven) et de Joel Schumacher
(Phone Booth, Veronica Guerin,
et le prochain The Number 23), Harry
Gregson-Williams est en bonne place sur la "Top List"
des grands compositeurs hollywoodiens.
Avec
The Chronicles of Narnia, le compositeur
est en terrain connu puisqu’il a déjà écrit
plusieurs partitions pour des films familiaux destinés
à un public jeune, ou encore pour des films où le
merveilleux est fort présent. Cependant, il va se trouver
confronté à des difficultés certaines: comment
trouver le "son de Narnia" ? Personne, bien entendu,
n’a jamais pu savoir comment "sonne" Narnia. Il
fallait conférer à ce monde une identité
bien définie, une richesse folklorique, des racines enfin.
La seconde grande difficulté évoquée par
Gregson-Williams était de ne pas répéter
ce qui avait déjà été fait dans le
domaine de la musique de fantasy, particulièrement dans
les récents travaux d’Howard Shore
pour The Lord of the Rings. Tout le
monde attendait Gregson-Williams au tournant, espérant
une grandiose partition épique: ce dernier a donc choisi
d’éviter les sentiers battus, pour livrer au final
une musique à dominante intimiste, mais qui convient parfaitement
au film ! Ce tour de force est bel et bien la preuve du talent
et de l’indépendance d’esprit du compositeur.
En
effet, Harry Gregson-Williams a su capturer la magie de Narnia,
et ce dès la scène du générique. Lors
du voyage en train pour la campagne, les mélodies élégiaques
de l’adieu à la mère sont accompagnées
d’une voix soliste envoûtante et déjà
annonciatrice de merveilles, malgré sa mélancolie.
L’accompagnement synthétique, sophistiqué
et discret, ne fait qu’ajouter à la profondeur et
aux élans lyriques du morceau. On retrouvera cette même
beauté, plus majestueuse encore, dans le voyage des enfants
intitulé "From Western Woods to Beaversdam".
Auparavant, la découverte de l’armoire, marquée
par une flûte, des clochettes et des chœurs angéliques,
constituait une parfaite introduction au monde de Narnia ; et
tandis que la musique progresse tranquillement, raffinée,
sans excès aucun, la joie, l’émerveillement
et la lumière, souvent réunis dans le seul personnage
de Lucy, éclatent de façon radieuse et ultime dans
le beau morceau "Father Christmas", riche de connotations
religieuses et rappelant par là-même l’écriture
chorale de sa dernière grande réussite, Kingdom
of Heaven.
Il
serait certes erronné de dire que Gregson-Williams innove:
on reconnaît ici et là les influences mélodiques
de Shrek, ou encore les apports irlandais et celtiques
de Veronica Guerin. Ses orchestrations et ses mélodies
ne sont pas "nouvelles", mais demeurent élégantes
et subtiles, et ses thèmes sont marquants sans pour autant
être pompeux ni omniprésents. De l’action percutante
entendue dans "The Blitz, 1940", tour de force virtuose
qui accompagne les bombardements, à l’épuré
"A Narnia Lullaby", interprété par la
flûte de l’ambigu Mr. Tumnus, l’ensemble sonne
toujours juste et évite soigneusement tout débordement.
D’inquiétante dans "The White Witch", la
musique devient tribale et diabolique mais sans mauvais goût
dans "The Stone Table", cérémonie païenne
dominée par les percussions et par des voix gutturales
proches de celles des chants tibétains, sourds et menaçants.
En revanche, dans "To Aslan’s Camp", "Knighting
Peter" et surtout dans le très attendu "The Battle",
fer de lance de la partition, Harry Gregson-Williams donne libre
cours à sa verve et compose des morceaux d’action
héroïques d’anthologie, prouvant qu’il
sait tenir ses promesses en matière de musique épique:
gageons que le thème noble et puissamment lyrique d’Aslan
résonnera encore longtemps aux oreilles des spectateurs,
de même que les chœurs splendides qui emplissent toute
la scène pendant presque dix minutes.
Le score de The Lion,
The Witch and the Wardrobe étant une indéniable
réussite, on ne peut qu’espérer qu’Harry
Gregson-Williams sera réengagé pour le prochain
épisode, puisqu’il a su poser les jalons d’un
univers et composer des thèmes aisément déclinables
pour l’avenir. C. S. Lewis peut reposer tranquille, ses
créatures sont bien gardées !
Grégory Bouak - Janvier 2006
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