Le Lion, La Sorcière Blanche et l’Armoire magique: du livre au film

Le réalisateur choisi pour mettre en images le récit de Lewis n’est pas un illustre inconnu, puisqu’il s’agit d’Andrew Adamson, oscarisé en 2002 pour Shrek et également metteur en scène de Shrek 2, l’un des plus gros succès au Box-Office de l’année 2004. Adamson, également co-scénariste du film, confesse avoir été profondément marqué dans son enfance par la lecture des Chroniques de Narnia, ce qui est déjà une première garantie de fidélité à l’œuvre d’origine. À la vision du film, il s’avère effectivement que The Lion, The Witch and The Wardrobe constitue une excellente adaptation, très respectueuse du livre de C. S. Lewis.

Le début du film s’avère évidemment peu attractif, étant donné que le spectateur n’a qu’une hâte, c’est d’entrer le plus rapidement possible dans le monde de Narnia... La première demi-heure, néanmoins, est réalisée de façon assez dynamique -le cinéma choisit de montrer ce qui n’était qu’à peine évoqué dans le livre, à savoir les bombardements sur Londres, ce qui donne lieu à une séquence assez impressionnante-, et présente habilement les personnages, étoffant leur psychologie et soulignant leur traumatisme, ce qui leur confère une épaisseur et réalité supplémentaires, les rendant tous particulièrement attachants, y compris Edmund, le "traître". Ce dernier est présenté comme un écorché vif vouant un véritable culte à son père disparu, et supportant de ce fait très mal le rôle de “chef de famille” que prend son frère aîné. Peter, contraint au sérieux et à la perfection, est donc dans un premier temps le plus lisse et le plus antipathique de tous ; son aventure personnelle, acceptation de sa fragilité, affirmation de son courage mais aussi de son amour pour les siens, en fera cependant un héros des plus valeureux.

Les acteurs incarnant les enfants, sans doute choisis au terme d’un casting faramineux tel ceux des Harry Potter et du Seigneur des Anneaux, sont très convaincants et font preuve d’une étonnante maturité pour leur âge, particulièrement les plus jeunes: Skandar Keynes (Edmund) et surtout Georgie Henley (Lucy), dont le visage radieux et le jeu nuancé illuminent littéralement le film. Face à eux, la sculpturale et glaçante Tilda Swinton, déjà aperçue en archange dans Constantine, campe une Sorcière Blanche plus vraie que nature, tour à tour séductrice et terrifiante. Le tour de force du film, au regard du roman, peu détaillé à ce sujet, est d’avoir fait de la Sorcière une remarquable guerrière, étonnamment androgyne, voire masculine, maniant les épées avec une jouissance manifeste. Le reste de la distribution compte assez peu (Jim Broadbent est plutôt sous-exploité en professeur Kirke), et ce sont alors davantage les voix que les physiques qui comptent: Adamson a donc fait appel aux intonations désormais célèbres de Rupert Everett (le prince charmant de Shrek 2), de Brian Cox, et surtout de Liam Neeson. Ce dernier confère à Aslan toute la noblesse et la majesté requises, au point que ses intonations chaleureuses et profondes hantent longtemps l’esprit.

Les décors de Narnia, moitié studios moitié paysages naturels de Nouvelle-Zélande (et c’est là, une nouvelle fois, qu’intervient la comparaison avec Le Seigneur des Anneaux: la grande plaine où a lieu la bataille finale rappelle beaucoup les paysages du Rohan), correspondent globalement à l’idée que le lecteur pouvait se faire des visions de C. S. Lewis. Une fois encore, la fidélité est de mise, non seulement au plan de l’histoire -inévitablement manichéenne- mais également au plan des descriptions et de l’incarnation des créatures, et si le palais de la Sorcière, tout en éclairages d’un vert surnaturel, rappelle un peu trop la cité de Minas Morgul dans Le Retour du Roi, en revanche les diverses créatures présentent un aspect relativement inédit. L’accent est mis sur les animaux parlants, mélanges d’animaux réels et d’images de synthèse (indispensables pour donner vie aux castors et surtout à Aslan, dont l’animation est un véritable petit chef-d’œuvre), et sur des créatures mythologiques étonnamment "réalistes", licornes, cyclopes, minotaures, centaures, faunes, etc., ce qui évite finalement une comparaison désagréable avec les Orques et les Uruk-Haïs des films de Peter Jackson.

Réalisé sagement, sans originalité particulière ni effets de style, évitant de ce fait toute faute de goût, le film d’Andrew Adamson, long de plus de deux heures mais jamais ennuyeux, respecte à la lettre le récit de Lewis, au point que les quelques modifications qu’il se permet sont quasiment imperceptibles et plutôt bienvenues (suppression du petit déjeuner du renard avec ses amis, ajout de la scène d’action sur la rivière gelée). Au final, The Lion, The Witch and The Wardrobe est une réussite, une aventure largement susceptible d’émerveiller les amateurs de contes de fées, enfants ou adultes, de même qu’une nouvelle avancée considérable dans le domaine des effets visuels et des possibilités de l’industrie cinématographique. Il faudra maintenant patienter jusqu’au prochain voyage au Pays de Narnia, probablement mené une seconde fois par Andrew Adamson: Prince Caspian.

Grégory Bouak - Janvier 2006

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