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Les
magiciens du Fantastique
Tim Burton: le magicien du cinéma
Par Olivier Ruol
Burbank, 1958. C'est dans cette
ville de Californie, où toutes les maisons se ressemblent,
que va naître l'un des réalisateurs les plus controversés
et admirés de la production cinématographique. Tim
Burton, l'enfant terrible d'Hollywood, le vilain petit canard
de la Mecque du cinéma, venait, le 25 août de cette
année, de marquer le Cinéma Fantastique d'une monstrueuse
pierre.
Une vie quasi déterminée
Impossible
pour Timothy William Burton d'ignorer le cinéma dans sa
jeunesse. Car Burbank, sa ville natale, est également celle
des studios Disney, Columbia, NBC et Warner. C'est dire si le
jeune garçon passe le plus clair de son temps dans les
salles obscures et définit ce qui sera son futur en vouant
un culte profond aux "vieilles" productions : les films
de la Hammer, ceux, fauchés, de Ed Wood, les cultissimes
James Whale, Tod Browning, etc. Mais c'est à Vincent Price,
l'un des meilleurs acteurs de films d'horreur de l'époque,
que Tim Burton vouera un culte profond, une admiration sans limite
qui transpirera tout au long de ses prochains films. Ce n'est
pas pour rien qu'à l'âge de 9 ans, il réalise,
en Super 8, son Ile du Dr Moreau à lui : The
Island of Dr Agor, dans lequel il interprète le
rôle-titre et filme les animaux du zoo de Griffith Park,
près de chez lui. Tué par sa création mi-homme
mi-animal, le Dr Agor et sa créature dépeindront
à jamais sur l'œuvre de Burton puisque, sans le savoir,
ce dernier signe déjà les prémisses d'Edward
aux mains d'argent. Il signera encore un court-métrage
d'animation, en 1979, intitulé Stalk
of the Celery.
Déjà, sa personnalité
éclate au grand jour : Tim est un garçon solitaire,
très peu communicatif, mais possédant une imagination
débordante, pas toujours accueillie comme il le veut, mais
empreinte d'une volonté de ne pas faire comme les autres
qui, imprimée sur pellicule, deviendra son leitmotiv durant
de nombreuses années. Un garçon aux problèmes
émotionnels très présents, qui ne cessera
de se demander qui il est vraiment… Ce n'est pas pour rien
qu'il rêve, tout jeune, de devenir l'homme qui se cache
dans le costume de Godzilla : une
passion du Fantastique qui lui permettrait de détruire
le monde qu'il connaît, à grands coups de pieds pour
détruire les villes de carton-pâte.
Fasciné par les effets spéciaux
à la Ray Harryhausen et à l'animation en stop motion
de l'époque, il s'inscrit à la California Institute
of the Arts, en 1976, dans le département animation. Dès
sa formation terminée, il est engagé chez Disney.
Difficile de croire que le géniteur douloureux de Nightmare
before Christmas ait fait ses débuts au pays de
Mickey ! Et pourtant, Tim Burton est directement associé,
en 1982, à Rox et Roucky,
en tant qu'animateur (non sans avoir participé, quatre
ans auparavant, au Seigneur des Anneaux
de Ralph Bakshi !). C'est à ce moment qu'il décide
de ressortir un poème écrit il y a peu pour en réaliser
un court métrage intitulé Vincent, l'histoire d'un
enfant qui vous une fascination pour Vincent Price et Edgar Allan
Poe. Une œuvre autobiographique, dont le budget s'élève
à 60.000 $, toute en animation, et qui permet à
Burton d'exceller dans son style.
Une histoire d'amitiés
C'est grâce à Vincent
que la productrice Julie Hickson décidera de lui demander
deux autres courts-métrages. Hansel
et Gretel, tout d'abord, est une adaptation peu burtonienne
étant donné qu'elle reprend le canevas de l'histoire
mais est entièrement interprétée par des
Japonais (la sorcière s'avèrera d'ailleurs adepte
du kung fu!). Mais c'est le second court-métrage, Frankenweenie,
qui retiendra l'attention. Cette adaptation de Frankenstein
offre à un certain Victor l'opportunité de faire
revivre son chien mort, Sparky. Reprenant la trame narrative du
chef d'œuvre de James Whale, Frankenweenie
marque le début d'une longue collaboration, toujours d'actualité,
entre Burton et un étrange compositeur de musique qui marquera
de son empreinte l'intégralité de l'œuvre du
réalisateur (mis à part Ed
Wood), Danny Elfman.
Mais
cette commande de Disney ne plaît pas aux pontes de "l'univers
des enfants". Jugée "inadaptée au public
enfantin", l'œuvre sera mise sur le côté
et jamais projetée. Pourtant, cette œuvre ouvrira
les portes de Warner Bros pour le premier long métrage
de Burton. Délaissant l'animation après les échecs
cuisants de Aladin et la lampe magique
(avec James Earl Jones et Leonard Nimoy) et, surtout, Taram
et le chaudron magique, Burton se lie d'amitié à
Paul Reubens, alias PeeWee Herman, un acteur qui a son propre
show et qui voue une passion pour l'extravagance et l'humour décalé.
Deux notions qui attirent inévitablement Tim Burton qui
veut lui consacrer un film. L'accord est donné par la Warner
pour un long métrage consacré aux aventures de cet
homme-enfant dans un monde qu'il ne comprend pas. En réalisant
Les aventures de PeeWee Herman en
1985, Burton pose les marques de son cinéma, les lignes
directrices de son travail : un homme, ou plutôt un être,
marginal, incompris de la société de laquelle il
vit reclus. L'injustice, l'incompréhension, tels sont les
éléments fondateurs de l'œuvre de Burton. Grand
succès aux Etats-Unis, flop magistral en Europe, Les
aventures de PeeWee Herman souffrira d'une très
mauvaise réputation lorsque Paul Reubens sera découvert
dans un cinéma pornographique, en pleine expression de
son désir…
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