Richard Matheson: "Une légende au cinéma"

Par Olivier Ruol

Il est rare qu'un écrivain de renom connaisse une adaptation cinématographique dont la première transition donne naissance à la meilleure d'une longue série. Il faut généralement deux ou trois films avant que la patte littéraire de l'auteur ne connaisse la consécration cinématographique (on se souvient des premières adaptations déplorables de l'œuvre de Stephen King).

La poule aux oeufs d'or

C'est pourtant ce qui arrive à Richard Matheson, dès l'année 1957, lorsque Jack Arnold le contacte pour adapter son roman L'Homme qui rétrécit. L'époque est effectivement le moment des grandes créatures terrifiantes (qu'elles soient terrestres, comme Tarentula, ou extra-terrestres, La Chose en étant la parfaite illustration). Matheson accepte à la seule condition d'écrire lui-même le scénario. Une opération qui s'annonce des plus rentables étant donné que le film remporte un succès sans précédent. Roger Corman, grand producteur de séries B devant l'éternel, voit en Matheson la nouvelle poule aux œufs d'or et lui demande, trois ans plus tard, d'écrire un scénario basé sur la nouvelle d'Edgar Allan Poe, "La Chute de la maison Usher", le troisième film d'une série de 6 adaptations, par Roger Corman, des œuvres de Poe. Matheson en écrira 4 : La chambre des tortures (The Pit and the Pendulum, 1961), La Chute de la Maison Usher, L'Empire de la terreur (Poe's tales of Terror, 1961) et le Corbeau (The Raven, 1962). Le but essentiel de Matheson sera de reprendre l'histoire originelle de Poe, mais d'en sublimer l'élément horrifique. Une tâche qu'il effectue à merveille.

La gloire de Spielberg

Les quelques 8 années qui suivirent ces films marquent le retour des adaptations de ses propres œuvres. Ainsi, Je suis une légende fera les frais d'une adaptation espagnole peu mémorable (L'Ultimo uomo della Terra, 1964). Il signera d'ailleurs son travail de la plume d'un certain Logan Swanson. Trois ans (et quelques épisodes de la série Star Trek) plus tard, Je suis une légende et The Beardless Warriors seront portés à l'écran, mais sans atteindre les cimes de l'adaptation. Au rythme d'un film par an, Richard Matheson se taille une réputation de scénaristes de pure souche, la plupart des pays non-américains, tels que l'Espagne, l'Allemagne, mais également la France (pour Les Seins de Glace, 1974), tentant de s'approprier le talent de l'auteur-scénariste. En 1971, il permet à un tout jeune réalisateur d'exprimer, pour la première fois sur grand écran, la terreur d'une poursuite entre une voiture et un camion. "Duel" marque effectivement l'entrée de Steven Spielberg dans le monde immense du cinéma. Succès immédiat pour les deux hommes qui, 30 ans plus tard, continuent de se vouer une amitié immortelle.

Quelque part dans le temps

Plusieurs téléfilms permettent à la carrière de scénaristes de Matheson de se poursuivre, empruntant les chemins du Fantastique et de l'Horreur de l'époque. Legend of Hell House (1973), pour la terreur liée au bâtiment, Dracula la même année et Scream of the Wolf (film télévisé pour adolescents en manque de sensations fortes). Mais c'est en 1980 que Matheson retrouve le succès cinématographique avec le sublime Quelque part dans le temps, adapté de son roman "Bid time return". Jeannot Szwarc (la réalisatrice des Dents de la mer 2, dont le troisième opus sera écrit par… Matheson lui-même!) filme donc l'histoire du voyage dans le temps d'un Christopher Reeves (tout auréolé du succès de Superman) partageant une histoire d'amour avec une fille du siècle passé. Cette magnifique histoire fera couler les larmes des salles qui se sont ruées en masse pour assister à la délectation d'images romantiques, d'amour impossible sur base d'un événement fantastique.

Spielberg fera encore appel à lui pour écrire plusieurs histoires de sa série télévisée Amazing stories, fort de son expérience sur les séries Star Trek, La Quatrième Dimension (1985) ou encore The Martian Chronicles (1979). A partir de ce moment, c'est-à-dire en 1985, Matheson semble essoufflé et se retire quelque peu de la scène cinématographique : seulement 4 scénarios écrits en pas moins de 13 ans, une gageure pour celui qui sera à la base de 46 scénarios en 32 ans! Quoiqu'il en soit, son retour s'exprime de la plus belle des façons avec What Dreams may come, de Vincent Ward, offrant à Robin Williams sa plus belle interprétation dans cette histoire de fantômes dérivant dans un univers paradisiaque à la recherche de la solution de leur état. Une histoire profonde, décrivant tant le paradis que l'enfer, parsemée d'effets spéciaux d'une rare beauté. Un véritable petit bijou fantastique !

Le Sixième Sens dans les pattes

L'année suivante, c'est le Festival du Film Fantastique de Bruxelles qui s'extasie devant Hypnose (Stir of Echoes), avec Kevin Bacon. Un excellent film, proposant une variation d'une séance de spiritisme qui permet à l'ami Kevin de devenir un réceptacle pour fantômes. Un très bon film d'horreur dont la réputation sera malheureusement entâchée par le succès d'un autre film de fantômes sorti à la même époque, à savoir le sublime Sixième Sens, de M. Night Shyamalan.

Quoiqu'il en soit, Richard Matheson aura marqué le cinéma fantastique et d'horreur d'une pierre blanche. Croyant dur comme fer à l'adage "On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même", il préfèrera très souvent écrire le scénario de ses propres histoires. Certains pourront lui reprocher cet état de choses, étant donné qu'il ne donne pas une vision différente de celle qu'il exprime dans ses livres. Mais la déception ne sera jamais au rendez-vous de cet auteur qui voue, en silence, une admiration pour L'homme qui rétrécit, sa première adaptation. Ce n'est peut-être pas pour rien qu'une nouvelle adaptation de son histoire, avec Eddie Murphy dans le rôle titre, devrait fleurir sur nos écrans cette année. En attendant l'adaptation (mais verra-t-elle le jour ?) de Je suis une légende, souvent associée à James Cameron avec l'Autrichien de service Schwarzy. Une chose est sûre : Richard Matheson a encore, au cinéma, de beaux jours devant lui.

Olivier Ruol

 
 
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