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Jules Verne et le cinéma
Par Olivier Ruol
"Ce que j'ai écrit
sera réalisé à la fin du siècle".
Jules Verne ne croyait pas si bien dire en annonçant fièrement
les liens qui unissaient ses délires visuels à l’industrie
naissante. En l’espace d’un siècle, on ne compte
plus les adaptations de ses romans. Voici un petit tour d’horizon
des films tirés de l’œuvre du maître.
Avant
qu’il ne décède en 1905, Jules Verne aura
eu le temps de voir cinq de ses romans adaptés au cinéma,
comme Les enfants du Capitaine Grant
(Ferdinand Zecca, 1901). Mais c’est Georges Méliès
qui s’inscrit véritablement comme amoureux du texte
vernien, que ce soit d’après le théâtre
(Le voyage à travers l’impossible)
ou, bien évidemment, via le cinéma avec son sublime
Voyage dans la lune (1905), véritable
ode au voyage dans l’espace devenu célèbre
pour le crash de l’appareil lunaire dans le visage anthropomorphisé
de la Lune (soulignons que Méliès, avec la participation
de Vincent Whitman, réalisera un court-métrage d’animation
reprenant l’histoire de ce film, en 1914, pour A
trip to the moon, dernière réalisation du
magicien de l’imaginaire avant son décès).
Georges Méliès, fort du succès du film, embraie,
deux ans plus tard, avec la première adaptation de 20.000
lieues sous les mers, film muet qui rend hommage, une fois
de plus, au vivier imaginaire de l’auteur.
C’est bien évidemment
le courant Fantastique et de Science-Fiction qui s’éprend
de l’œuvre de Verne, si bien qu’en 1929, le public
peut découvrir la première adaptation de L’île
mystérieuse. On y retrouve déjà l’une
des pointures du Fantastique de l’époque, Lionel
Barrymore, tentant de survivre en combattant d’innombrables
créatures. Il faudra attendre 1951 (bien qu’une version
russe ait vu le jour en 1941, Tainstvennyy
ostrov) pour en voir la deuxième adaptation, véritable
serial de l’ère Columbia réalisé par
Spencer Gordon Bennett, dont l’histoire se déroule
en 1865, pendant la Guerre Civile. Le Capitaine Cyrus Harding
s’échappe d’un camp de prisonniers avec d’autres
personnes, en ballon, et atterrit sur une île inconnue.
C’est
d’ailleurs dans les années 1950, alors que Michel
Strogoff en est à sa 7e adaptation (mais cette fois
pour la télévision), que deux films vont littéralement
exploser le box-office de l’époque. Il s’agit
bien sûr de 20.000 lieues sous les
mers (1954) et Le tour du monde
en 80 jours (1956). Richard Fleischer se lance donc dans
l’aventure sous la bannière Disney pour cette expédition
sous-marine qui tente de découvrir pourquoi des navires
disparaissent dans la mer. Seconde relecture du roman de Jules
Verne, cette adaptation n’en est pas moins la plus fidèle.
Enorme succès à sa sortie, jetant le jeune Kirk
Douglas devant les projecteurs de la célébrité,
20.000 lieues sous les mers restera
l’un des plus beaux films d’aventures produits par
les studios de Tonton Walt. Deux ans plus tard, c’est au
tour de David Niven, 5 ans avant de combattre les Allemands dans
les Canons de Navarone, de s’envoler dans les airs sous
les traits de Phileas Fogg. D’une durée peu commune
aux comédies de l’époque (près de 3
heures pour la version 35 mm), Le tour
du monde en 80 jours est réalisé par Michael
Anderson (qui, en 1997, tournera pour la télévision,
une nouvelle adaptation de… 20.000
lieues sous les mers !).
Pas une année ne se passe sans
qu’une adaptation des œuvres de Jules Verne ne vienne
poindre le bout de son nez sur le grand écran. Il est d’ailleurs
amusant, en cette année d’anniversaire, de regarder
le nombre de films adaptés de ses romans :
| 98 adaptations
depuis 1901 |
| Michel Strogoff |
12 |
| Le tour du monde en 80 jours |
10 |
| L’île mystérieuse |
8 |
| 20.000 lieues sous les mers |
6 |
| Voyage au centre de la Terre |
5 |
En 1959, c’est la 20th Century
Fox qui s’intéresse à l’auteur puisqu’elle
demande à Henry Levin de réaliser Voyage
au centre de la Terre. Via un volcan en Icelande, le professeur
Lindenbrook s’engage dans un voyage, accompagné d’amis
et de scientifiques, vers le centre de la Terre, où il
sera confronté à d’effroyables créatures.
Plusieurs effets photographiques permettent de donner des dimensions
démesurées pour des créatures terrestres.
Des effets qui seront mis au placard par l’immense Ray Harryhausen
(voir notre dossier consacré à ce maître des
effets spéciaux) pour L’île
mystérieuse (1961, Cy Endfield). Considéré
comme la suite de 20.000 lieues sous les mers, L’île
mystérieuse en est donc à sa deuxième adaptation
et permet au personnage du Capitaine Nemo de revenir sur le devant
de la scène. Nemo que l’on retrouvera en 1970 dans
une production télévisuelle américaine.
Cela fait maintenant plus
de 30 ans que les adaptations des œuvres de Jules Verne alternent
la production cinématographique. Dernière adaptation
en date, Le tour du monde en 80 jours a tenté de redonner
un coup de jeune à un véritable mythe. Destiné
à un public jeune, le film de Frank Coraci n’en est
pas moins un véritable navet, donnant à Jackie Chan
une occasion de plus de regretter ses aventures cinématographiques
asiatiques. Un coup d’épée dans l’eau
donc, mais qui permet aux deux prochains projets d’être
attendus de pied ferme. En effet, Russell Mulcahy (l’homme
qui réalisa Highlander) est en pleine production d’une
mini-série télévisuelle tirée de L’île
mystérieuse, tandis que Gavin Scott (qui écrivit,
notamment, Small Soldiers et quelques épisodes des Aventures
du jeune Indiana Jones) s’attèle à une nouvelle
révision du Voyage au centre de la Terre. Alors qu’on
fête son centenaire, Jules Verne s’avère toujours
une valeur sûre dans l’imaginaire collectif, qu’il
soit fait de papier ou de pellicule…
Olivier Ruol
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