13ème Festival du Film Fantastique de Gerardmer
Fantastic'Arts

L'équipe cinéma de Lefantastique.net / Khimaira était à pied d'œuvre dans les Vosges, du 25 au 29 janvier, pour suivre la treizième édition de l'unique festival français du film fantastique. Au menu des réjouissances, quelques moments privilégiés (dont un hommage à Hideo Nakata) ainsi qu'une sélection de longs métrages très éclectique et riche en bonnes surprises.

Mercredi 25 janvier, 20h00

La compétition des longs métrages débutera demain. Pour l'heure, on assiste à la projection du film d'ouverture, Underworld: Evolution de Len Wiseman. Il s'agit de la suite d'Underworld, sorti en 2003, et qu'à l'époque, toute la presse s'était plue à conspuer. Curieusement, chacun semble aujourd'hui réévaluer les mérites de ce blockbuster, dont une version director's cut sort en ce moment en dvd. Ce n'est que justice: sans être un monument, Underworld est un film esthétiquement réussi et plaisant à suivre en dépit de longueurs et de compositions outrées. Et puis, Kate Beckinsale, dans le premier rôle, dégage suffisamment de charisme et de sex-appeal pour qu'on se laisse mener par le bout du nez jusqu'au générique de fin.

Toujours moulée dans sa combinaison de latex noir, la vampirette brune est de retour dans cette séquelle, ma foi plutôt réussie. Wiseman est toujours aux commandes et a eu la bonne idée d'abandonner les décors "urban gothic" du premier film pour situer l'action dans une Europe de l'Est nocturne et rurale. Bien vu: son film évite ainsi d'apparaître comme une redite du premier, bien que la photo soit toujours dominée par des tonalités bleues/noires et des coups de flashs blafards.

L'histoire ? Passé un premier quart d'heure au montage confus, elle est fort simple: Selene et son boyfriend hybride Michael, à la fois loup-garou et vampire, doivent en découdre avec deux frangins particulièrement retors qui ne sont autres que le vampire et le lycan originels. Courses-poursuites, bastons dans les airs et sous la pluie, cache-cache dans les cavernes et séquences sous-marines... Il y a même pas mal de gore un peu dégueu ! Bref, ça dépote et ça blaste deux heures durant et dans tous les coins, et c'est parfait ainsi. Inutile d'être bégueule ou de chercher midi à quatorze heures, Underworld: Evolution fait passer un très bon moment et ouvre idéalement les festivités.

Jeudi 26 janvier, 11h00

La Corée du Sud défend ses couleurs avec Bunhongsin/The Red Shoes de Kim Yong-Gyun, qui ouvre la compétition. Notre premier esquimau de la journée à peine englouti, on assiste aux déboires d'une lycéenne amputée des deux pieds dans le métro pour avoir dérobé une paire d'escarpins roses à une camarade. Lesdites godasses sont maudites et portent malheur à quiconque se les approprie. Bientôt, ce sera au tour d'une jeune ophtalmo de Séoul, trompée par son mari, d'en faire les frais...

Bientôt dix ans après Ring, les cinéastes d'Asie du sud-est persistent à tourner des histoires à base d'apparitions et de malédictions. Celle-ci s'inspire d'un conte d'Andersen et donne l'occasion à Kim Yong-Gyun de signer une mise en scène séduisante, servie par une photographie splendide signée Shin Min-Kyung. Maintenant, on est en droit de se sentir déçu par le scénario, un peu trop sous l'influence de Dark Water (l'héroïne quitte son mari et emménage avec sa fillette dans un appartement sinistre), ainsi que par un dénouement aux explications peu claires. Demeure également cette interrogation: pourquoi les personnages s'obstinent-ils à voir rouge cette paire d'escarpins rose bonbon ? Après enquête, les chaussures du titre original coréen sont bel et bien roses, couleur que les distributeurs occidentaux ont, semble-t-il, jugée rédhibitoire dans le contexte d'un film d'épouvante...

Jeudi 26 janvier, 17h00

Un nounours frisé et barbu monte sur scène et reçoit un micro des mains du speaker. Il s'agit de l'irlandais Billy O'Brien, qui vient présenter son premier long métrage Isolation. Le laïus est bref, mais nous voilà prévenus : nous allons assister à un festival d'horreurs en tous genres.

Croulant sous les dettes, un fermier irlandais accepte d'ouvrir les portes de son élevage bovin à un laboratoire de biotechnologie. Of course, les expériences menées sur une génisse tournent mal, et la bête finit par accoucher d'un veau renfermant quelque chose de bizarre...

La première scène-choc du film n'a absolument rien d'irréel ni de fantastique: interloqués, on assiste à la mise bas difficile de la pauvre vache. L'épisode est relaté de manière on ne peut plus naturaliste par O'Brien, qui prend son temps pour exposer les différents procédés dont dispose l'éleveur pour mener à bien la délivrance. La séquence est crue, violente, et chargée d'une tension presque palpable. Billy O'Brien a grandi dans une ferme, et on voit qu'il sait de quoi il parle.

La suite du métrage bifurque vers le fantastique pur, avec l'apparition d'une créature malfaisante. Isolation suit alors un schéma classique de film de monstre et évoque immanquablement les scénarios de glorieux aînés, Alien en tête. Qu'importe ! L'originalité et la force du film résident ailleurs, notamment dans son ambiance pesante et le cadre hyper-réaliste des décors, le film ayant été tourné dans une véritable exploitation agricole. Enfin et surtout, le thème abordé – les dérapages de la recherche génétique – relève d'un vrai débat actuel et élève le film au-delà du simple statut de série B horrifique.

Jeudi 26 janvier, 19h30

Pas le temps d'épiloguer sur les OGM ni de se sustenter: on embraye illico sur Reeker de Dave Payne (USA), troisième film de la compète. Le cinéaste vient sur scène accompagné de sa co-productrice et actrice principale, l'Africaine du Sud Tina Illman. Les intentions de Dave ? "Tourner un film qui fasse peur tout en restant fun et en suivant un scénario sophistiqué". Bigre, l'équation n'est pas évidente à résoudre ! Pari gagné ?

Une bande d'étudiants prennent la route en direction du désert californien, où doit se dérouler la rave de l'année. Une panne de voiture les contraint à faire halte devant un motel-restaurant paumé et curieusement vide, malgré les cigarettes qui se consument dans les cendriers et les assiettes à peine entamées. Bientôt, tous sont témoins d'apparitions macabres – cadavres d'animaux, quidams défigurés ou amputés – et sentent une présence nauséabonde, signature d'un tueur étrange et insaisissable qui semble hanter les lieux...

Reeker est un bon film, on ne peut le contester. La mise en scène est efficace, les comédiens sont excellents et campent des personnages attachants. Les quelques traits d'humour ne tombent jamais à plat, et les effets gore – il y en a pas mal – servent l'histoire et la mise en scène. C'est donc du bon, voire du très bon boulot de la part de Dave Payne. Alors, qu'est-ce qui cloche ?

Eh bien, tout bêtement un petit air désagréable de déjà-vu, puisque le film reprend à son compte le pitch et la chute d'un scénario fort apprécié, en 2003, des festivaliers de Gérardmer: celui de Dead End des français Jean-Baptiste Andrea et Fabrice Canepa. Les deux compères étaient partis tenter l'aventure américaine et avaient réussi à enrôler le comédien Ray Wise pour mettre en boîte l'histoire d'une famille roulant de nuit sur une route forestière déserte et rectiligne qui, étrangement, semblait sans fin. Parfaitement mené de bout en bout, Dead End n'a hélas jamais connu les honneurs d'une distribution en salles, et n'est visible que sur dvd (à ce jour, deux éditions existent, l'une anglaise, l'autre allemande). Reeker, lui, sera dans les cinémas français le 26 avril 2006.

 
 
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