La Fantasy fait son cinéma

Fantasy ou Fantaisie ?

Dès cette période, et pour les huit années à venir, une multitude de films d'HeroicFantasy vont signer le déclin d'un genre qui venait pourtant de naître. Outre Conan le destructeur et sa sauvage Grace Jones, Arnold volera la vedette à Brigitte Nielsen dans le pitoyable Kalidor, la légende du Talisman (Red Sonia, Richard Fleischer, 1985, U.S.A.), toujours d'après Robert E. Howard.

Dans des décors qui sentent bon le carton-pâte, Schwarzy va mettre la dragée haute à une Brigitte Nielsen aux balconnets débordants, dont l'interprétation reste dans les annales des navets (c'est d'ailleurs à cause de cette dernière qu'Arnold a été réquisitionné). Un film à oublier.

Le déclin de la Fantasy est malheureusement sonné. Suivront donc une quantité invraisemblable de films pitoyables, seuls prétexte à afficher des actrices au soutien-gorge bien remplis, gesticulant dans tous les sens et éternellement sauvées par un héros piqué aux hormones éructant difficilement au vu de son minuscule cerveau. Ainsi, Les Barbarians (The Barbarians, Ruggero Deodato, 1986) permettront aux frères Paul, Peter et David, d'anciens catcheurs, d'afficher tous leurs talents d'acteurs. Dans des temps très lointains, la Reine Canary, règne sur le paisible peuple des Ragniks et possède le pouvoir d'agir sur les rêves. Kadar, diabolique souverain voisin, et son âme damnée la sorcière China, capturent Canary et asservissent son peuple. Sous le joug, deux jumeaux grandissent et deviennent des guerriers bien décidés à délivrer leur souveraine Canary. Seuls attraits de ce nanar, la splendide Eva la Rue au corps remarquable et le génial Michael Berryman, véritable tête brûlée du genre et éternel second couteau du cinéma. Peter Paul continuera seul dans le registre avec le récent The Barbarians, Odyssey of two moons (Melvin Sokolsky, 1997), où les coups d'épée tombent plus vite que les lignes du scénario.

En 1985, Hector Olivera livre au monde entier de la vidéo son Barbarian Queen, version amazone de Conan, en en reprenant la trame de départ (village pillé, vengeance, association, ... ) Sa suite tombera encore plus vite aux oubliettes avec un titre pourtant évocateur : Barbarian Queen 2, The Empress Strikes Back ! Il va sans dire que la musculature des femmes de Boris Vallejo, qui illustrera les affiches des deux films, n'aura pas grand'chose à voir avec les actrices. Passons sous silence les navrants Thor le conquérant de Tonino Ricci, Ator de Joe d'Amato et bien d'autres fleurons qui sentent bon le navet réchauffé.

Dolph Lundgren s'en donnera également à coeur joie dans les Maîtres de l'Univers (Masters of the Universe, Gary Goddard, 1985), dont le nom, Musclor, en dit long sur l'intelligence de ses parents. Transposé à un milieu de science-fiction, la Fantasy est tournée en ridicule et fera hurler de rire les quelques spectateurs qui auront eu le courage d'aller voir l'adaptation cinématographique du célèbre dessin animé. Terminons avec Willow, de Ron Howard (1988), qui ravira bien plus les enfants que les adultes. Et, honnêtement, pour un film produit par Georges Lucas, on ne s'étonnera plus de rien.

Les années 90 donneront le coup de grâce à la Fantasy. Dar l'invincible, qui avait connu un succès mérité en salles, prendra son temps pour ses deux suites. Neuf ans seront donc passés. A quoi ? Bonne question car vu le scénario de Dar l'invincible 2, la porte du temps (Beastmaster 2 : through the portai of time, Sylvio Tabet, 1991) et Dar l'invincible 3, The Eye of Braxus (Gabrielle Beaumont, 1995), on peut se questionner sur le bien-fondé du retour du maître des animaux.
Suite au succès des séries télévisées Xena et Hercules, Kevin Sorbo est sollicité pour interpréter Kull le Conquérant (Kull the Conqueror, John Nicolella, 1997), autre héros de Robert E. Howard. D'une médiocrité fatale, n'atteignant jamais la qualité du plus mauvais épisode de Hercules, Kull le conquérant est dénué d'émotions, d'argent (au vu des décors) et risque de faire retourner Howard dans sa tombe.
Gardons le meilleur pour la fin avec le célèbre film de Christophe Lambert, Beowulf. Il suffit d'annoncer que ce sont les producteurs de Mortal Kombat qui sont derrière lui et l'on aura tout compris.

Résurrection

La Fantasy est bel et bien enterrée. Tournée en dérision pendant des années, tout le monde lui a tourné le dos. Pourtant, il y a un an, un certain Peter Jackson (Fantômes contre fantômes, Créatures célestes) a annoncé son intention de réaliser le Seigneur des Anneaux, une trilogie basée sur le pavé de J.R.R. Tolkien, adulé de par le monde. Sommet de la Fantasy littéraire, cette épopée version cinéma devrait redonner au genre les lettres de noblesse qu'il n'aurait jamais du laisser tomber. Le verdict sera annoncé en décembre de l'année prochaine et, au vu de la bande-annonce diffusée sur Internet, il y a de grandes chances pour que Peter Jackson réalise le chef-d'oeuvre de Fantasy tant attendu. Pour que, 20 ans après Conan le barbare, la boucle soit bouclée. On pourra alors parler de véritable résurrection. "Mais, cela est une autre histoire..."

 
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