La Fantasy fait son cinéma

Par Olivier Ruol (paru dans Khimaira n°7)

Dix ans. C'est le temps relativement court que le cinéma consacrera à ce genre dont les fleurons se comptent sur les doigts des deux mains. Une production cinématographique somme toute assez pauvre, des réalisations parfois ridicules. Le fossé qui sépare le bon du mauvais film de Fantasy est malheureusement énorme. Séparons donc le bon grain de l'ivraie et attardons-nous sur ce genre qu'un certain Le Seigneur des Anneaux risque d'en redorer le blason terni par des années d'incompétence.

L'ascension fulgurante

Tout commence en 1981 avec l'inoubliable Conan le barbare (Conan the Barbarian, U.S.A.). Réalisé par John Milius (qui co-écrira le scénario avec... Oliver Stone !), Conan le Barbare va marquer les débuts de l'Heroic-Fantasy au cinéma, jusqu'alors inconnue des yeux du grand public. Inspiré d'un roman de Robert E. Howard, l'un des piliers de la littérature Fantasy, Conan le barbare présente un héros cimmérien, qui ne craint rien ni personne, à la recherche des meurtriers de ses parents et des habitants de son village. Les années passeront avant qu'il ne les trouve et leur fasse les honneurs de sa vengeance. Conan le Barbare va définir les normes du cinéma d'Heroic-Fantasy : des plaines désertiques d'une époque intemporelle, des héros body-buildés, une quête à accomplir et des créatures à tuer. Le Temple de Tulsa Doorn et sa Chambre des Orgies, la ville de Zamora seront le cadre des aventures fantastiques du Cimmérien qui brisera les chaînes de l'esclavage pour découvrir l'amour et l'amitié sauvages, reviendra d'entre les morts et vengera ceux qu'il a aimés, tués des mains de l'énigmatique Thulsa Doom.

Sur l'une des plus belles partitions de Basil Poledouris, Arnold Schwarzenegger arbore une musculature impressionnante, catalogué des plus vils mots à la sortie du film, étant donné le peu de phrases qu'il y prononcera. Qu'importe, Conan le Barbare est et restera le chef-d'oeuvre du genre, souvent copié mais jamais égalé. Fort du succès de ce film, Dino de Laurentiis produira Conan le destructeur (Conan the destroyer, U.S.A., 1984), une suite qui ne connaîtra pas la reconnaissance des fans du premier opus, faute d'un scénario et d'une réalisation sans surprise. Pas moins de quatre suites étaient prévues, mais Conan devait s'arrêter là, assis sur ce trône qu'il ne quittera jamais, initiateur d'une longue série de films qu'il ne cessera de dominer.

Un an après Conan le Barbare, les premièrs émules font leur arrivée. Dar l'invincible (The eastmaster, Don Coscarelli, 1982, U.S.A.) présente Marc Singer, bien moins musclé qu'Arnold, mais capable d'imposer sa volonté aux animaux. "A une époque reculée, où les hommes vivaient dans les ténèbres de la sorcellerie et de la violence des dieux", Dar peut voir par les yeux d'un aigle, contrôler la force d'un lion et cherchera également à se venger de la mort de son père, un roi assassiné par un prêtre avide de pouvoir. Possédant des armes que la série Xena la guerrière reprendra sans vergogne, ce héros à la quête initiatique parviendra à ses fins grâce à ses amis animaux, à l'image d'un Tarzan des temps immémoriaux.

Un genre, deux ramifications

Mais la Fantasy n'est pas le seul apanage de corps musclés et de quête divine ; elle est aussi synonyme d'elfes, de dragons et de magie. Toujours en 1981, alors que Conan bat son plein dans les salles de cinéma, Le dragon du lac de feu (Oragonslayer, Matthew Robbins, U.S.A.) présente l'histoire d'un jeune garçon luttant contre un dragon qui demande des sacrifices de vierges du royaume tirées au sort. Afin de conjurer cette malédiction, il s'associe à un magicien pour terrasser ce monstre aux narines quelque peu fumantes. Autre forme de Fantasy, bien plus proche de Tolkien que d'Howard.

C'est d'ailleurs ce Tolkien que Peter Jackson tente d'adapter pour son Seigneur des Anneaux, dont la sortie est prévue en décembre l'année prochaine. Mais revenons à nos moutons. La même année sort sur nos écrans Excalibur, de John Boorman, dans lequel nous étaient contées les mésaventures désormais célèbres du roi Arthur et de son inséparable épée. Un film dont le succès n'a jamais démérité, au vu d'une réalisation et d'une direction d'acteurs qui feront bien des jaloux au sein d'Hollywood.

En 1982, le Festival du Film Fantastique d'Avoriaz est subjugué par la beauté et la réalisation de Dark Crystal, film d'animation réalisé par l'un des maîtres en la matière, Jim Henson, le créateur du Muppet's Show. Il y a quelques milliers d'années, alors que trois soleils brillent dans le ciel, une terrible conflagration bouleverse la Terre. Le Cristal, grâce auquel existaient les forces de vie et d'intelligence, s'obscurcit. Les malfaisants Skeksès s'emparent du pouvoir et s'imposent par la terreur. Le grand maître mystique, avant de pousser son dernier soupir, charge Jen, dernier survivant du peuple Gelfling, de retrouver le morceau de Cristal qui a disparu.

Sans ce morceau, la tyrannie des Skeksès durera éternel lement. D'une poésie à toute épreuve, servi par une créativité artistique mémorable, Dark Crystal pousse l'animation dans ses derniers retranchements. Une ode à la paix et à la nature qui trouvera son apothéose avec la réunion des Mystiques autour du Cristal tant recherché. Avoriaz avait à peine commence qu'il avait déjà trouvé son grand vainqueur.

Le talentueux réalisateur RidleyScott (Alien, Gladiator) apportera également son génie à la Fantasy avec Legend (1985). Dans le monde fascinant d'une forêt mystérieuse, la princesse Lili est courtisée par Jack. Mais le roi des ténèbres attend le moment propice à son retour. Et c'est quand Lili transgresse les lois en caressant une licorne que le monde se couvre de glace. Enlevée et séquestrée dans le château du Malin, elle sera délivrée par Jack et ses amis de la forêt qui déjoueront les plans diaboliques du roi des Ténèbres.

L'éternel combat du Bien contre la Mal prend toute son importance dans ce conte fantastique, faisant la part belle, à l'image de Dark Crystal, à la poésie et à l'importance de la nature. Et les jeunes demoiselles de l'époque trouveront que les oreilles d'elfes rendent Tom Cruise "tellement mignon..."

 
 
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