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Dix ans. C'est le temps relativement
court que le cinéma consacrera à ce genre dont les
fleurons se comptent sur les doigts des deux mains. Une production
cinématographique somme toute assez pauvre, des réalisations
parfois ridicules. Le fossé qui sépare le bon du
mauvais film de Fantasy est malheureusement énorme. Séparons
donc le bon grain de l'ivraie et attardons-nous sur ce genre qu'un
certain Le Seigneur des Anneaux
risque d'en redorer le blason terni par des années d'incompétence.
L'ascension fulgurante
Tout
commence en 1981 avec l'inoubliable Conan
le barbare (Conan the Barbarian, U.S.A.). Réalisé
par John Milius (qui co-écrira le scénario avec...
Oliver Stone !), Conan le Barbare va marquer les débuts
de l'Heroic-Fantasy au cinéma, jusqu'alors inconnue des
yeux du grand public. Inspiré d'un roman de Robert E. Howard,
l'un des piliers de la littérature Fantasy, Conan
le barbare présente un héros cimmérien,
qui ne craint rien ni personne, à la recherche des meurtriers
de ses parents et des habitants de son village. Les années
passeront avant qu'il ne les trouve et leur fasse les honneurs
de sa vengeance. Conan le Barbare
va définir les normes du cinéma d'Heroic-Fantasy
: des plaines désertiques d'une époque intemporelle,
des héros body-buildés, une quête à
accomplir et des créatures à tuer. Le Temple de
Tulsa Doorn et sa Chambre des Orgies, la ville de Zamora seront
le cadre des aventures fantastiques du Cimmérien qui brisera
les chaînes de l'esclavage pour découvrir l'amour
et l'amitié sauvages, reviendra d'entre les morts et vengera
ceux qu'il a aimés, tués des mains de l'énigmatique
Thulsa Doom.
Sur l'une des plus belles partitions
de Basil Poledouris, Arnold Schwarzenegger arbore une musculature
impressionnante, catalogué des plus vils mots à
la sortie du film, étant donné le peu de phrases
qu'il y prononcera. Qu'importe, Conan le
Barbare est et restera le chef-d'oeuvre du genre, souvent
copié mais jamais égalé. Fort du succès
de ce film, Dino de Laurentiis produira Conan
le destructeur (Conan the destroyer, U.S.A., 1984), une
suite qui ne connaîtra pas la reconnaissance des fans du
premier opus, faute d'un scénario et d'une réalisation
sans surprise. Pas moins de quatre suites étaient prévues,
mais Conan devait s'arrêter là, assis sur ce trône
qu'il ne quittera jamais, initiateur d'une longue série
de films qu'il ne cessera de dominer.
Un an après Conan
le Barbare, les premièrs émules font leur
arrivée. Dar l'invincible
(The eastmaster, Don Coscarelli, 1982, U.S.A.) présente
Marc Singer, bien moins musclé qu'Arnold, mais capable
d'imposer sa volonté aux animaux. "A une époque
reculée, où les hommes vivaient dans les ténèbres
de la sorcellerie et de la violence des dieux", Dar peut
voir par les yeux d'un aigle, contrôler la force d'un lion
et cherchera également à se venger de la mort de
son père, un roi assassiné par un prêtre avide
de pouvoir. Possédant des armes que la série Xena
la guerrière reprendra sans vergogne, ce héros
à la quête initiatique parviendra à ses fins
grâce à ses amis animaux, à l'image d'un Tarzan
des temps immémoriaux.
Un genre, deux ramifications
Mais
la Fantasy n'est pas le seul apanage de corps musclés et
de quête divine ; elle est aussi synonyme d'elfes, de dragons
et de magie. Toujours en 1981, alors que Conan bat son plein dans
les salles de cinéma, Le dragon
du lac de feu (Oragonslayer, Matthew Robbins, U.S.A.) présente
l'histoire d'un jeune garçon luttant contre un dragon qui
demande des sacrifices de vierges du royaume tirées au
sort. Afin de conjurer cette malédiction, il s'associe
à un magicien pour terrasser ce monstre aux narines quelque
peu fumantes. Autre forme de Fantasy, bien plus proche de Tolkien
que d'Howard.
C'est d'ailleurs ce Tolkien que
Peter Jackson tente d'adapter pour son Seigneur
des Anneaux, dont la sortie est prévue en décembre
l'année prochaine. Mais revenons à nos moutons.
La même année sort sur nos écrans Excalibur,
de John Boorman, dans lequel nous étaient contées
les mésaventures désormais célèbres
du roi Arthur et de son inséparable épée.
Un film dont le succès n'a jamais démérité,
au vu d'une réalisation et d'une direction d'acteurs qui
feront bien des jaloux au sein d'Hollywood.
En 1982, le Festival du Film Fantastique
d'Avoriaz est subjugué par la beauté et la réalisation
de Dark Crystal,
film d'animation réalisé par l'un des maîtres
en la matière, Jim Henson, le créateur du Muppet's
Show. Il y a quelques milliers d'années, alors que trois
soleils brillent dans le ciel, une terrible conflagration bouleverse
la Terre. Le Cristal, grâce auquel existaient les forces
de vie et d'intelligence, s'obscurcit. Les malfaisants Skeksès
s'emparent du pouvoir et s'imposent par la terreur. Le grand maître
mystique, avant de pousser son dernier soupir, charge Jen, dernier
survivant du peuple Gelfling, de retrouver le morceau de Cristal
qui a disparu.
Sans ce morceau, la tyrannie des
Skeksès durera éternel lement. D'une poésie
à toute épreuve, servi par une créativité
artistique mémorable, Dark Crystal
pousse l'animation dans ses derniers retranchements. Une ode à
la paix et à la nature qui trouvera son apothéose
avec la réunion des Mystiques autour du Cristal tant recherché.
Avoriaz avait à peine commence qu'il avait déjà
trouvé son grand vainqueur.
Le
talentueux réalisateur RidleyScott (Alien,
Gladiator) apportera également
son génie à la Fantasy avec Legend
(1985). Dans le monde fascinant d'une forêt mystérieuse,
la princesse Lili est courtisée par Jack. Mais le roi des
ténèbres attend le moment propice à son retour.
Et c'est quand Lili transgresse les lois en caressant une licorne
que le monde se couvre de glace. Enlevée et séquestrée
dans le château du Malin, elle sera délivrée
par Jack et ses amis de la forêt qui déjoueront les
plans diaboliques du roi des Ténèbres.
L'éternel combat du Bien
contre la Mal prend toute son importance dans ce conte fantastique,
faisant la part belle, à l'image de Dark
Crystal, à la poésie et à l'importance
de la nature. Et les jeunes demoiselles de l'époque trouveront
que les oreilles d'elfes rendent Tom Cruise "tellement mignon..."
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