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Les Détectives de l'Etrange
Loin des
filatures et des adultères, les professionnels du mystère
affrontent à l'écran les agents du mal et les suppôts
de Lucifer…
Elémentaire
À
tout seigneur, tout honneur: le plus fin limier, Sherlock Holmes,
a enquêté dans des dizaines de thrillers adaptés
ou inspirés de Conan Doyle. Le plus réussi
? Le Chien des Baskerville (Terence
Fisher, 1959), belle production Hammer où Peter
Cushing/Sherlock partage l'affiche avec Christopher Lee
et chasse dans la lande un animal infernal. Esprit supérieur,
Holmes est même venu deux fois à bout de Jack l'éventreur:
interprété par John Neville dans
A Study in Terror (James Hill,
1965), puis sous les traits de Christopher
Plummer
dans Meurtre par décret (Bob
Clark, 1979). Bien sûr, les deux films n'aboutissent
pas aux mêmes conclusions quant à l'identité
du tueur.
Plusieurs scénarios ont
puisé leurs racines chez Doyle en brodant sur le thème
du détective de Baker Street, à commencer par Le
Secret de la pyramide de Barry Levinson,
récit des premiers exploits du jeune Sherlock. Un film
de 1985 amusant à redécouvrir pour ses similitudes
avec l'univers d'Harry Potter. Auteur du script, Chris
Colombus hérita plus tard des deux premières
adaptations ciné des romans de J.K. Rowling...
La filiation s'impose aussi d'elle-même dans l'archi-célèbre
et médiéval Nom de la rose
(1986) de Jean-Jacques Annaud, où un moine
perspicace baptisé Guillaume de Baskerville résout
une pluie d'énigmes dans une abbaye en proie à la
terreur. Cette adaptation du roman d'Umberto Eco
se double d'une attaque salutaire contre l'obscurantisme, et se
déroule dans des décors à faire se pâmer
n'importe quel rôliste.
Des Hommes en Chapeau
Le
style Jack Daniels et feutre mou à la Philip Marlowe a
aussi inspiré son quota de films fantastiques, comme le
rigolo Détective Philip Lovecraft
(Martin Campbell, 1991). Fred Ward
y campe un privé goguenard et cartésien évoluant
dans un L.A. imaginaire où "tout le monde use de la
magie". En 1988, le rondouillard Bob Hoskins
rendit aussi hommage à l'image d'Épinal du private
eye alcoolo mais futé dans Qui veut la peau
de Roger Rabbit ? de Robert Zemeckis.
Dans une veine horrifique, n'oublions
pas Angel Heart (Alan Parker,
1985), où c'est au tour de Mickey Rourke
d'enfiler l'imper. Clope au bec, il s'englue dans une histoire
de vaudou à la Nouvelle-Orléans. Angel Heart
se savoure ad nauseam pour son scénario brillant et son
atmosphère poisseuse-vénéneuse. Dans un registre
similaire, mais sans atteindre le même niveau de réussite,
Le Maître des illusions (1995)
narre la lutte du privé Harry d'Amour contre le gourou
magicien d'une secte satanique. Un peu laborieux, ce troisième
long métrage du cinéaste-romancier Clive
Barker est pimenté d'un homo-érotisme orienté
SM, commun chez l'auteur d'Hellraiser.
La presse s'en mêle
Les privés ne sont pas seuls
à enquêter en marge des forces de police. Prenez
Richard Dees: journaleux pour un torchon à sensations,
il piste les affaires glauques et se retrouve aux prises avec
un vampire. Ce pitch est celui des Ailes de la nuit
(Mark Pavia, 1997), excellent film que son statut
de série B voue hélas à l'anonymat. On pourrait
en dire autant du Chat à neuf queues
de Dario Argento, bien que les premières
œuvres du maestro soient maintenant passées à
la postérité. Dans ce film de 1971, le reporter
Carlo Giordani, aidé d'un ex-confrère aveugle, enquête
sur une série de morts violentes liées à
un institut de génétique. Une mise en bouche avant
les somptueux Frissons de l'angoisse
(1975) du même Argento, où une pimpante journaliste,
Gianna Brezzi, accompagne le pianiste Mark Daly dans la quête
d'un assassin mystérieux. Onirique, baroque, Les
Frissons... est un chef-d'œuvre que tout amateur
de fantastique se doit d'avoir vu.
Monsieur Paradis chez le diable
Plus
récemment, on a vu Johnny Depp sortir
maintes fois sa loupe pour des affaires aux relents de soufre.
Il a ainsi flairé la trace du Cavalier sans tête
dans le beau Sleepy Hollow de Tim
Burton (1999), puis s'est retrouvé, la même
année, dans la peau d'un libraire à la recherche
d'ouvrages démoniaques dans La Neuvième
Porte de Roman Polanski. Enfin,
c'est en prêtant ses traits à l'inspecteur Abberline,
flic opiomane, qu'il a mis un terme aux agissements de l'inusable
Jack The Ripper (encore lui !) dans From Hell (Frères
Hughes, 2001). Trois films, et autant de facettes
très diverses du talent du beau Johnny.
Néo Détective
Quid
des nemrods du 21ème siècle ? Pour l'instant, on
n'a pu se mettre sous la dent qu'une meringue californienne de
plus, Constantine (Francis Lawrence,
2004), où Keanu Reeves incarne un détective
expert ès occultisme jeté dans la bataille contre
Satan. Du divertissement industriel, bien-pensant et gavé
de technologie numérique, dont la mise en images ferait
son petit effet dans les cinématiques d'un jeu vidéo,
mais pas sur la toile blanche.
Une touche de vrai cauchemar pour
terminer ? Imaginons un instant le retour de Sherlock, réinventé
par Hollywood dans une prod' de synthèse où il ne
fumerait plus la pipe et ponctuerait ses éclairs déductifs
de high kicks dans les gencives du professeur Moriarty. De quoi
faire bondir Sir Arthur hors de sa tombe et stimuler les ventes
de pop corn dans les multiplexes du vaste monde. Étonnant
qu'aucun exécutif de studio n'y ait encore songé…
Julien Fleury
Séries TV
La vérité est ailleurs
Créé
en 1993 par Chris Carter, X-Files
est LA série télé par excellence mettant
en scène des détectives de l’étrange.
Pendant neuf saisons, les enquêtes concernant les Affaires
Non-Classées passionnent des millions de téléspectateurs.
Avec son impossible quête pour la Vérité,
sa manie de voir des complots gouvernementaux partout et ses croyances
dans le paranormal, Fox Mulder endosse un habit Don Quichottesque
qui lui va à ravir. Il forme avec la belle Dana Scully
– le Saint Thomas de service qui ne croit que ce qu’il
voit – un tandem d’agents du FBI que tout oppose mais
qui finalement se révèlera très complémentaire.
Si la première saison est un peu énervante et répétitive
– Scully ne croit pas au paranormal, change d’avis
à la fin de l’épisode avant de redevenir sceptique
au suivant – les saisons suivantes s’écartent
heureusement de ce canevas.
Les enquêtes indépendantes
sont souvent réussies, mais ce sont surtout les épisodes
spéciaux et les seconds rôles énigmatiques
comme l’Homme à la Cigarette qui ont fondé
la mythologie X-Files. Extraterrestres, manipulations génétiques,
conspirations, mystères savamment entretenus, cliffhanger
insoutenables en fin de saison, … voilà tous les
ingrédients d’une série culte qui fait toujours
parler d’elle longtemps après son achèvement.
Fin de siècle
Millénium
(encore Chris Carter, 1996) est le X-Files passé
du côté obscur. Frank Black, agent du FBI, a le don
de voir dans l’esprit des tueurs en série, violeurs,
et autres psychopathes. Autant dire que c’est pas joli,
joli. Profondément sombre, pessimiste et complexe dans
sa mythologie apocalyptique, la série s’est malheureusement
arrêtée après trois saisons. Les enquêtes
de l’étrange seraient-elles trop noires pour êtres
exposées sur notre petit écran ? Peut-être...
car mis à part les gentilles Chroniques de
l’étrange (1996) où des scientifiques
enquêtent sur des phénomènes paranormaux et
Twin Peaks (1990), la série
inclassable issue de l’esprit délirant de David
Lynch, nous n’avons pas eu grand chose à
nous mettre sous les yeux...
Christian Simon
Anime
Du côté des animes,
retenons le classique Détective Conan
(Kenji Kodama) dans lequel un lycéen fan
de Sherlock Holmes boit un poison qui le fait rajeunir de dix
ans ; Ghost in the Shell (Mamoru
Oshii) et Parasite Dolls (Yoshinaga
Naoyuki, Nagazawa Kazuto) où
des cyborgs enquêtent dans un monde cyberpunk ; le début
de la série Yu-Yu Hakusho qui
fait la part belle aux enquêtes dans le monde des esprits
avant de virer baston et enfin Petshop of Horror
(Toshio Hirata) dont les enquêtes sanglantes
et horrifiques vous feront frissonner.
Christian Simon
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