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Cultissimo
Monstruosités et abominations
Huit titres au menu de ce second
banquet, où d'horribles convives célèbrent
avec faste les noces sulfureuses dell'amore e della morte…
Deuxième partie : Éros
et Thanatos
Tournage
en CinemaScope et casting quatre étoiles (Ben Kingsley,
Michael Madsen, Forrest Witthaker, Alfred Molina) pour La
Mutante (Species, Roger
Donaldson, USA, 1995), luxueuse série B sortie à
l'époque en fanfare des studios de la prestigieuse MGM.
Le lion rugit, donc, pour introduire les aventures de la blonde
Sil, fruit de l'union in vitro de gènes humains et extraterrestres.
Les militaires responsables de l'expérience sont aux quatre
cents coups: seule représentante de son espèce,
l'hybride a brisé la bulle de sa prison-labo et s'en est
allée quérir le mâle à travers la Californie.
Se lance à ses trousses une équipe de choc rassemblée
et menée par le scientifique Xavier Fitch (Kingsley,
très classe avec sa dégaine racée et ses
costards croisés)...
Campée par le top-model Natasha Henstridge, la "mutante"
n'a donc rien, a priori, d'un monstre ni d'une abomination, mais
ce serait sans compter la nature double de la belle, qui poursuit
une mission de procréation et se comporte comme un animal:
guidée par son seul instinct, elle est en recherche permanente
de partenaires viables et se livre, plus ou moins dénudée,
à de multiples parades et tentatives d'accouplement. Dénuée
de toute morale, elle n'hésite pas non plus à trucider
de potentielles "femelles" rivales. À chacun
de ces épisodes bestiaux, l'apparence humaine de Sil s'efface
pour laisser place à une créature humanoïde
tentaculaire et grimaçante (dont la paternité revient
au peintre suisse Hans Rudi Giger, géniteur, quinze ans
plus tôt, du magnifique alien de Ridley Scott). Et c'est
avec une hargne rugissante qu'elle tentera, dans les ultimes images,
de défendre sa progéniture contre les assauts des
humains.
La narration en parallèle (Sil et sa quête
d'une part, la chasse menée par ses poursuivants d'autre
part) permet au scénariste de souligner de façon
amusante l'analogie entre la nature de la mutante et le fond,
tout aussi "animal", des humains qui l'ont prise en
chasse: tout à leur tâche de recherche et d'élimination,
les membres de l'équipe dirigée par Fitch n'en sont
pas moins travaillés par l'appel de la chair. L'élégant
biologiste chauve, qu'on devine ignorant des mœurs féminines
(est-il gay ou puceau ?), détourne sa libido vers ses expériences
de génétique, puis la convertit en pulsion mortifère
(il est obsédé par la destruction de l'attirante
Sil, et paraît clairement prendre son pied, dans les dernières
scènes, lorsqu'il manipule un gros canon) ; Molina, lui,
drague en boîte un duo de jolies nanas et cède plus
tard aux avances de la belle inconnue qui pénètre
dans sa chambre ; enfin et surtout, Madsen et la scientifique
féminine de la bande se tournent autour pendant l'essentiel
du film, et finissent par conclure – ouf ! – à
dix minutes du générique. Seul Forrest Whittaker,
qui incarne un personnage de médium (autrement dit un pur
esprit), se désintéresse de la chose et ne manifeste
aucune velléité de séduction.
La Mutante est au final un spectacle des plus agréables
à suivre malgré la réalisation sans relief
de Donaldson, professionnel au style carré mais passe-partout.
Heureusement, des traits d’humour bienvenus et les déplacements
imposés par un scénario sous forme de course-poursuite
viennent dynamiser le récit et stimulent sans cesse l'attention
du spectateur.
Lifeforce,
l'Étoile du mal (Lifeforce, Tobe Hooper,
Royaume-Uni, 1985) présente quelques ressemblances avec
La Mutante, dont il constitue peut-être la matrice
inconsciente ou inavouée. Ainsi, deux colonels britanniques
sont lancés sur les traces d'une vampirette extraterrestre
qui, lachée nue dans Londres, accumule les victimes...
Bien qu'il ne soit pas fréquemment diffusé ni commenté,
Lifeforce a aujourd'hui un statut de petit classique
du film de S.-F. Le film est pourtant bourré de défauts
(des longueurs, un acteur principal chiant – Steve
Railsback, sorry –, et une mise en scène
parfois grotesque), mais il tient la route par la grâce
de son interprète féminine, à savoir Mathilda
May, qui, nom de Dieu, dégage un érotisme
et un magnétisme à faire passer Natasha-la-mutante
pour une première communiante. C'est bien simple: si on
ne devait retenir qu'un vampire féminin dans toute l'histoire
du cinoche, je crois que ce serait celui-là ! En un seul
regard et une même attitude, la comédienne, yeux
et chevelure de jais, parvient à marier séduction
et menace, attirance et effroi... Bref, Mathilda, dans Lifeforce,
glace les esprits autant qu'elle fouette les sangs. Elle est l'union
intime et parfaite d'Éros et Thanatos, du sexe et de la
mort. Il était inconcevable qu'elle ne figurât point
dans ce dossier.
Contrairement
à Sil et à la space girl Mathilda, Irena
Dubrovna ne saute pas sur tout ce qui bouge. En effet,
la perte de sa virginité terrifie la jeune immigrée
serbe, au point qu'elle se refuse à Oliver, américain
pur jus fraîchement épousé. Désemparé,
l'homme envoie la mariée chez le psy et trouve le réconfort
auprès de sa collègue Alice...
Ce drame conjugal n'est autre que La Féline
(Cat People, USA), que Jacques Tourneur réalisa
en 1942 pour le compte de la célèbre RKO. Le film
battit des records de recettes, et pour cause: il n'y est question
que de sexe ! Bien sûr, code Hayes oblige, on ne voit rien
de rien (pas même un baiser, ni un carré de peau
dénudé), et tout est traité sous l'angle
subtil de la métaphore.
Le sexe et la peur qu'il inspire revêtent l'apparence d'une
farouche panthère noire qu'Irena, fascinée, va souvent
admirer au zoo. L'animal renvoie la jeune femme à une légende
de sa terre natale, selon laquelle certaines personnes, maudites,
se changent en félins. Pour Irena, s'ouvrir au plaisir
reviendrait à libérer un animal tapi au fond d'elle-même,
et elle ne peut s'y résoudre. Le monstre est pourtant bien
là, et, la jalousie aidant, finira par s'exprimer via la
violence et le meurtre.
Même s'il a forcément un peu vieilli (le mari Oliver
est un bon ricain old school comme on n'en fait plus), ce film
brillant reste un modèle d'épouvante suggestive
et comporte une scène (la séquence de la piscine)
devenue anthologique pour sa photo magnifique tout en clairs-obscurs
et son ambiance sonore des plus travaillées.
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