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Cultissimo
Monstruosités et abominations
Sinon,
l'avenir est sombre, très sombre comme en témoigne
Alien, le huitième passager
(Alien, Ridley Scott, Grande-Bretagne, 1979). Ah, l'énorme
vaisseau Nostromo, la planète-fantôme, l'espace intersidéral,
noir et froid, dans lequel, selon le célèbre slogan,
«personne ne vous entend crier» ! Un quart de siècle
a passé depuis la sortie de ce classique du cinéma
d'épouvante et de science-fiction, et l'horreur reste intacte
: Alien est un authentique catalogue de monstruosités relevant
toutes d'une vision cauchemardesque de la reproduction et de la
sexualité.
Comment un loupiot alien vient-il au monde ? D'un œuf fait
de chair et de mucus jaillit un parasite qui n'a de cesse de trouver
un hôte dans lequel il crachera un embryon. L'opération,
traumatisante et s'accompagnant d'une strangulation, est une insémination
forcée par voie buccale. Après maturation, l'enfant
paraît en imposant une césarienne fatale à
son malheureux papa – dans Alien, même les mâles
peuvent mettre bas ! La bête est née, gluante, sanglante
et, semble-t-il, aveugle… En quelques heures, la chose mue
et grandit. Elle a à présent la taille d'un homme
et son long appendice caudal se termine par un dard aussi pointu
qu'acéré. La pauvre Lambert, dernier membre de l'équipage
à y passer, sanglotera puis hurlera de douleur lorsque
viendra le coït mortel avec l'intrus dans les coursives du
vaisseau-cargo.
Par d'autres aspects encore, le film cultive cette imagerie d'une
sexualité dénaturée et mortifère :
l'on découvre ainsi qu'Ash, homme artificiel, voit couler
dans ses veines non pas du sang mais un ersatz de liquide spermatique,
ou encore que «Maman», l'âme informatique du
vaisseau censée veiller sur l'équipage, est une
entité impalpable sans morale ni conscience – le
Mal absolu ? – prête à accueillir l'Étranger
en son sein et à lui sacrifier la vie de ses «enfants».
Notre petite visite de la maternité
de l'effroi s'achève ici avec un ultime chef-d'œuvre
où, d'une certaine manière, réalité
et fiction se rejoignent.
Car
point d'effets spéciaux dans Freaks
(Tod Browning, USA, 1932), mais de véritables «phénomènes»
par leur naissance : sœurs siamoises et hommes-troncs (sans
oublier l'incroyable femme à barbe) constituent entre autres
la monstrueuse parade d'un cirque où officient également
une belle trapéziste et un Hercule dont elle est éprise.
Ensemble, ces deux crapules aux corps parfaits fomentent un plan
qui fait d'eux les seuls vrais monstres de l'histoire et les ravale
au rang de la pire humanité : la demoiselle feindra d'aimer
le nain qui vient d'hériter, pour briser son couple, l'épouser
et l'assassiner. Heureusement, les freaks, honnêtes et solidaires,
veillent au grain et feront passer le goût du crime à
Monsieur Muscle et à sa poule…
Le message humaniste du film ne fut pas évident pour tout
le monde sur le tournage, où bon nombre d'assistants et
de techniciens refusèrent de côtoyer, notamment lors
des repas, les comédiens «anormaux». Ami spectateur,
à l'âme généreuse mais douillettement
installé à bonne distance des monstres, es-tu certain
que pareille promiscuité ne t'aurait pas toi-même
plongé dans un coupable inconfort?
Julien Fleury
À lire également:
Monstruosités
et abominations, deuxième partie
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