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Enki Bilal
Enki Bilal est ce genre d'auteurs
qui ne laissent pas indifférent. Que ce soit en BD ou
au cinéma, il aura permis à l'imagination de montrer
une facette jusqu'alors insoupçonnée. Petit tour
d'horizon sur l'univers de Bilal sur grand écran.
Enki Bilal a souvent laissé transparaître
un vrai désir de cinéma dans son oeuvre dessinée,
et il suffit de se plonger dans cette célèbre
"Trilogie Nikopol" dont est tiré Immortel pour
s'apercevoir des nombreux appels du
pied faits au septième art. Les premières vignettes
de Froid Équateur, par exemple, sont des plans d'un long-métrage
inachevé intitulé Amour, amore dans lesquels un
serpent-symbole entortillé sur un gant de boxe semble
présider à la relation passionnelle du couple
qui se partage l'écran. Dans La Foire aux immortels,
Nikopol est dessiné avec les traits de Bruno Ganz, comédien
habitué des films de Wim Wenders dans les années
1970-80. La "femme-piège", enfin, figure centrale
du deuxième tome, est un objet de désir très
"graphique" (peau blanche, cheveux, lèvres
et tétons bleus) qui porte carrément le nom de
Bioskop, autrement dit "cinéma" en serbo-croate.
C'est en fait en 1989, avec Bunker
Palace Hôtel, que Bilal saute le pas en transposant
pour la première fois son univers au cinéma. Travaillant
d'après un scénario original, l'auteur y traite
certains de ses thèmes fétiches (peinture de régimes
fascistes imaginaires, perversion des progrès de la technologie
– qui crée des esclaves –, importance du langage
dans la construction et l'affirmation de l'identité psychologique
ou sociale). Le film reproduit également – et de
façon surprenante – le graphisme des BD en mettant
en scène une troupe de comédiens qui, plus ou moins
grimés, semblent tout droit échappés des
planches des albums. Ainsi, Carole Bouquet, clône aux cheveux
rouges (!) de Jill Bioskop, et Jean-Louis Trintignant, crâne
rasé et cigare au bec, côtoient une galerie de personnages
au physique ou au comportement outrés et évoluent
dans des décors fascinants.
Sept
ans plus tard, Bilal tente à nouveau l'expérience
avec Tykho Moon. On se retrouve
cette fois sur la lune qui, transformée en colonie, est
dirigée par le dictateur McBee (Michel Piccoli). L'homme
est affligé d'un mal étrange et seule pourrait le
sauver une greffe prélevée sur un donneur amnésique
en fuite nommé Anikst... Tykho Moon
se suit avec plaisir car scénario et personnages "à
la Bilal" sont bien là. Toutefois, peut-être
faute de moyens, le film n'est pas totalement abouti. Il n'est
en tout cas pas du niveau de Bunker Palace
Hôtel, dont il n'égale jamais l'atmosphère
originale et oppressante. Peu de spectateurs feront donc le déplacement,
d'autant que Tykho Moon n'a pas
très bonne presse, la critique officielle de l'époque
rechignant à tendre la main aux rares cinéastes
français qui se lancent dans le fantastique...
L'existence de ces films,
malgré leurs castings de vedettes, est en 2004 quasi confidentielle
et, si Tykho Moon a bénéficié il y a deux
ans d'une édition DVD, Bunker
Palace Hôtel n'est visible que
par les possesseurs de l'antique VHS sortie au début des
années 90. Le possible succès commercial d'Immortel
sauvera-t-il de l'oubli ce chef-d'oeuvre injustement ignoré
?
Lire également
Enki
Bilal - Pierre Christin : Légendes d'Aujourdhui
L'Histoire de la BD fantastique européenne
au XXème siècle est parsemée d'auteurs
talentueux qui ont su développer un imaginaire fabuleux
et onirique. Mais de toutes les figures du fantastique en
BD, certains auteurs ressortent en véritables initiateurs.
On pense de suite à Moebius, Druillet et bien évidemment
Pierre Christin et Enki Bilal. Petite présentation.
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Julien Fleury
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