Bifff 2008
Festival
du film fantastique de Bruxelles
26ème édition
Tours & Taxis
Bruxelles
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Lundi 31 mars
X-Cross (Kenta Fukasaku)
Shiyori
part en week-end avec son amie Aiko afin de profiter des sources
d'eau chaude d’un bled tellement perdu qu'il n'est même
pas mentionné sur Internet. L'occasion pour Shiyori d'oublier
un peu son chagrin d'amour. Mais nos deux amies sont à
peine arrivées qu’elles se disputent et se séparent.
En rentrant dans sa chambre, Shiyori constate qu'un GSM (qui n'est
pas le sien) sonne. Elle décroche et entend la voix d'un
inconnu la prévenant que si elle ne fuit le plus vite et
le plus loin possible de ce village perdu, on va lui couper les
jambes...
Quand on est le fils de Kinji Fukasaku (réalisateur
du premier et cultissime Battle Royale, décédé
en 2003), il est dur de se faire un prénom (il a co-réalisé
avec son père la suite de Battle Royale, nettement
moins réussie). Pourtant, l'air de rien, Kenta
Fukasaku semble bien parti pour y arriver. La preuve
avec X-Cross. Sans atteindre des sommets du genre, le
film tient parfaitement la route: le scénario tient le
spectateur en haleine de bout en bout, le rythme de la mise en
scène ne baisse pas un instant, notamment grâce à
divers rebondissements ainsi qu’à un découpage
en chapitres intelligemment géré.
Par contre, on pourrait peut-être reprocher à Kenta
Fukasaku de ne pas arriver à se décider sur le genre
à donner à son film. Horreur ? Comédie ?
Action ? Un peu de tout cela à la fois ? Malgré
tout, le film permet de passer un bon moment et doit avoir satisfait
plus d'un spectateur.
Le Prince de ce Monde (Manu
Gomez, compétition européenne, première mondiale)
L'abbé
Donato croyait pouvoir se la couler douce au beau milieu de nulle
part dans le petit village de Sainte-Urulle. Le problème,
c'est que ces dames ne viennent pas à l'église pour
le salut de leur âme, mais pour faire les doux yeux à
l'homme de Dieu. Donato ne tiendra pas longtemps face à
baronne de Bailleux, jeune aristo nymphomane et membre de la secte
sataniste dirigée par le chanoine Debruges…
Attention ! C'est du belge ! Pour l'occasion, nous avons eu droit
à une photo de famille de l'équipe sur la scène
de la salle 1 du BIFFF, à un Banana Split improvisé
par Lio (pour satisfaire le public qui, comme
d'habitude, demandait une chanson) et à une tournée
générale offerte au public par la Communauté
Française !
Pour son premier film en images réelles, Manuel
Gomez (spécialiste de l’animation) reste
dans la ligne de Peccato et de ses courts-métrages:
iconoclaste, dérangeant et dont la religion catholique
ne sort pas grandie. Tiré d’un roman de Maxime
Benoît-Jeannin, Le Choix de Satan, le
film est avant tout la chronique du combat sans espoir d'un prêtre
coincé entre les obligations que lui impose l'Église
et ses sentiments d'être humain. Mais le gros atout du film
est son casting: Lio est sulfureuse à souhait et Jean-Claude
Dreyfus, pour ne citer qu’eux, parfaitement démoniaque.
Eden Log (Franck Vestiel,
compétition européenne, première internationale)
Un
homme se réveille dans la boue. Qui est-il ? Que fait-il
là ? Apparemment même lui l’ignore. Et puis
il y a ces rumeurs: les gardiens qui descendent, les ouvriers
qui montent… Qu'est-ce que ça veut dire ? Et que
sont ces étranges créatures dont on entend que les
cris ? Peut-être les réponses sont-elles tout en
haut à la sortie de la mine ?
Autant le dire tout de suite, si vous aimez les films bien formatés
où on vous tient la main pendant qu'on vous raconte une
histoire, vous risquez de ne pas accrocher à Eden Log.
Par contre, si vous êtes curieux et avez l'esprit cinématographique
un peu aventureux, alors peut-être que...
Essayer de faire quelque chose de neuf, d'expérimenter,
de proposer quelque chose d'alternatif et de ne pas prendre les
spectateurs pour des idiots, voilà ce que revendiquaient
hier soir Frank Vestiel (le réalisateur), Cédric
Jimenez (le producteur) et Clovis "Astérix"
Cornillac (l'acteur principal). Le risque: perdre des
spectateurs en cours de route.
En fait le film est construit comme un road movie vertical (dixit
Frank Vestiel) dans lequel le personnage principal
parcours différents niveaux comme dans les jeux vidéos
(auxquels on peut sûrement ajouter les mangas et Métal
Hurlant) avant d'arriver à la sortie (et au dénouement
du film). Mais le spectateur a aussi un parcours à faire,
des clés à saisir pour construire "son"
propre film avec les éléments qu'on lui propose.
Et apparemment cette démarche n'est pas naturelle en France
ni au Bénélux où le film n'est sorti que
dans quelques rares salles, alors qu'il a reçu un bien
meilleur accueil en Allemagne, en Angleterre et jusqu'au Japon
où certaines portes sembleraient même s'ouvrir pour
d'autres projets de Frank Vestiel !
Mardi 1 avril
Bukarest Fleisch (Andy
Fetscher, compétition européenne, première
internationale)
Lara
est une étudiante allemande comme toutes les autres. Enfin
jusqu'à ce jour où la police interrompt les cours
pour lui annoncer que ses parents sont morts en Roumanie et que
c'est à peu près tout ce qu'on sait sur ce qui s'est
passé. Mais Lara veut connaître le secret de leur
mort. Secret qui doit bien évidemment être lié
à leur activité humanitaire...
À le voir sur la scène du BIFFF présenter
timidement son petit projet de fin d'études à 50.000
euros, on aurait pu se demander ce qu'il faisait là. Mais
à la sortie de la projection, il faut reconnaître
qu'il a fait fort Andy Fetscher ! Un scénario simple mais
jamais simpliste. Un suspense et une tension intenses et presque
palpables. Une photo si bien maîtrisée qu'on passe
d'un noir et blanc à la couleur sans s'en rendre compte
tant ça colle bien dans l'ensemble. Des séquences
à la Blair Witch... Et dire que Fetscher sort
"seulement" de la Filmakademie de Ludwigsburg !
Et c'est qu'il est militant en plus ! Savez-vous, par exemple,
pourquoi il a décidé d'aborder le thème de
l'alimentation et des recoins pas toujours reluisants de la bonne
conscience humanitaire occidentale ? En fait, il faut savoir que
Fetscher a vécu quelques années en Roumanie (le
pays d'origine de sa mère) quand il était gamin.
Et à cette époque, les pays d'Europe occidentale
"aidaient" la population roumaine en lui envoyant les
surplus de nourritures... périmés et avariés.
En tout cas, s'il continue à ce niveau, il va falloir tenir
à l'œil cet Andy Fetscher.
I know who killed me (Chris
Sivertson)
Après
plusieurs semaines de disparition, une jeune fille est retrouvée
assassinée et mutilée. Quelques jours plus tard,
c'est Aubrey Fleming qui disparaît. On la retrouve également
mutilée mais en vie. Enfin c'est ce qu'on croit, car Aubrey
soutient contre vents et marées qu'elle s'appelle Oklahoma
et qu'elle est strip-teaseuse...
Le dédoublement de personnalité de la victime d'un
sadique aurait pu être une bonne idée. Si seulement
elle avait été bien exploitée... Ce qui n'est
pas le cas de I know who killed me qui se perd dans les
relations parents/fille gâtée. Quant à l'enquête
du FBI, elle porte plus sur le dédoublement de personnalité
Aubrey/Oklahoma. D'ailleurs les agents du FBI disparaissent du
film une fois cette question résolue. Peut-être n'étaient-ils
pas intéressés de savoir qui était le mutilateur
sadique ? Décidément rien ne va plus quand les Experts
ne sont pas là ! Quant aux scènes gore, à
part faire du gore pour du gore, on se demande encore à
quoi elles peuvent servir le film. Comme la présence de
Lindsay Lohan d’ailleurs. Heureusement
qu'Isidro Ortiz est venu relever le niveau de
la soirée avec son Shiver...
Shiver (Isidro Ortiz, compétition
européenne)
Santi, 16 ans, est allergique à la lumière. Pas
de bol quand on vit à Barcelone. C'est pourquoi sa mère
et lui décident de s'installer dans un petit village pyrénéen,
là où il n'y a quasiment pas de soleil. Mais à
peine sont-ils arrivés que des moutons sont égorgés.
Puis c’est au tour d’un ami de Santi d’être
retrouvé mort. Il n’en faut pas plus pour qu’on
accuse Santi de tous les maux...
Qu'est-ce qu'un monstre ? Voilà la question que pose Isidro
Ortiz avec Shiver. Est-ce le pauvre Santi, marginalisé
parce qu'il ne supporte pas la lumière ou les braves (en
apparence du moins!) gens bien pensants ? Et Ortiz de jouer tout
au long de son film avec les oppositions: jour/nuit, ville/campagne,
culture/nature... De jouer avec les oppositions et aussi de les
brouiller: "Moi je suis normal. Les autres sont bizarres",
dit Santi dans le film.
Le film va ainsi d'une monstruosité à l'autre. Ortiz
nous déroute en effet en jouant avec les codes des films
d'horreur. Sa scène d'entrée nous fait croire à
un film de vampires – dans ce cas Santi serait un vampire
plutôt sympa ! – mais très vite, on pense plutôt
à une histoire de fantômes… avant qu'Ortiz
ne prenne un nouveau virage et nous dirige dans une nouvelle direction
! Bien que tout cela aurait pu nuire au film, cela l'enrichit
plutôt car Ortiz peut envisager et inverser différentes
sortes de monstruosités au fil des développements
et des rebondissements du scénario. Au final, nous nous
retrouvons face à un bon film d'horreur qui se laisse voir
avec plaisir et qui fait aussi réfléchir.
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