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L'image de la femme chez Dario Argento
Par Olivier Nelli (article
paru dans Khimaira
9, Janvier 2001)
L'univers de Dario Argento est
peuplé de femmes au visage angélique derrière
lequel se cache une autre personnalité en marge de la société.
Cette dernière est ancrée
dans notre quotidien mais appartient à des temps immémoriaux.
Pensons à Héléna Marcos (Suspiria)
et à la Mort (Inferno) siègeant
respectivement à l'académie de danse et dans l'immeuble
new-yorkais. Elles semblent immortelles et résument ainsi
ce que sont les femmes dans l'oeuvre du maître : des fées
appartenant à la catégorie des élémentaux
de l'eau. En outre, SUSPIRIA fait de nombreuses références
aux contes allant du Petit Poucet à Blanche-Neige
en passant par La Belle au Bois Dormant.
Nous rencontrons d'abord de séduisantes
marginales aux pouvoirs étranges. Telles sont la médium
assassinée dans Les frissons de
l'angoisse et la mère de la jeune anoréxique
de Trauma (elle même médium).
Involontairement, elles se rapprochent des sorcières. Non
pas celles qui restent cachées dans leur antres fantastiques
au milieu de chaudrons et de potions peu ragoûtantes (bibliothèque
souterraine d'Inferno), mais celles
qui se montrent aux yeux du monde. Leurs pouvoirs leurs donnent
la faculté d'identifier le meurtrier par qui elles vont
périr inévitablement.
On
trouve aussi des prostituées (Le
syndrome de Stendhal) et des lesbiennes
(Ténèbres)
dans le rôle de ces femmes fatales. Vêtues de tenues
affriolantes, elles provoquent le désir sexuel chez les
hommes qu'elles attirent dans leur antre. Comme toujours, elles
se trouvent confrontées au meurtrier qui les exécute
en un ultime orgasme. Le meurtre à l'arme blanche est symboliquement
associé à l'acte charnel. Ces femmes vivent dans
l'ombre de la société telles les fées se
développant à l'abris du regard des hommes. Mais
dans un univers froid et déshumanisé (travail clinique
de la lumière sur Trauma,
Phenomena,
Le syndrome de Stendhal),
ces femmes sont visibles, se montrent à nous sans jamais
nous appartenir. Rejetées, elles doivent retourner dans
leur royaume qui, souvent, n'est autre que celui de la mort.
Quelque fois, elles ont une grande
connaissance du meurtrier. Plutôt que de le livrer à
la police, elles préfèrent le faire chanter (Le
chat à 9 queues, 4 mouches
de velours gris). Elles s'attirent alors les foudres du
mal et sont exécutées plus tard, punies telles des
nymphes bannies du Paradis devant racheter leur âme à
Dieu en se faisant enfanter par un mortel. Ces femmes maître-chanteur
agissent seules, à l'écart de l'enquête policière
et ainsi se marginalisent.
Les fées existent. Elle
ne se montrent qu'aux hommes ayant encore une âme d'enfant.
Une âme très souvent salie dans les films du maître.
Cet esprit infantil n'est qu'un cauchemar de chair pour les meurtriers
matinés à la sauce giallo (polars italiens
où un psychopathe androgyne ganté de cuir noir,
exécute d'innocentes victimes). Ici, l'assassin agit rarement
seul. La femme est reine du jeu meurtrier. Telle une veuve noire
elle détient une forte emprise sur l'homme. Si celui-ci
tue par amour pour protéger celle qu'il aime, Elle,
elle tue pour assouvir un traumatisme survenu dans sa jeunesse.
La meurtrière de L'oiseau au plumage
de cristal se remémore son viol en achetant un tableau
représentant une scène similaire. Au lieu de se
placer au niveau de la victime, elle s'identifie au violeur.
De même, la directrice du
pensionnat de jeunes filles tue pour protéger les meurtres
de son enfant monstre né à la suite d'un viol survenu
15 ans plus tôt (Phenomena).
En devenant femme et en enfantant un monstre, c'est comme si la
petite fille qu'elle était voyait surgir dans le monde
réel la créature hideuse de ses peurs les plus intimes
qui puisent leur source dans les contes de fées. Même
lorsqu'elles sont héroïnes de l'histoire, ces femmes
sont semblables à des fées. Jennifer (Phenomena)
mène une enquète en compagnie d'une mouche. Or,
Belzébuth est le seigneur des mouches. On pense alors à
un pacte avec le malin. Jennifer est une nymphe essayant de racheter
son âme en démasquant un meurtrier par l'intermédiaire
de forces occultes. A la fin du film, comme Lucifer à la
fin des temps, elle se rachetera devant le Christ qui la réhabilitera
au sein des anges de lumière.
Il est important, à présent,
de parler du rôle de l'eau, symbole de purification. Il
est tout naturel que les élémentaux de l'eau y vivent.
Chez Dario Argento c'est un élément récurrent.
Il pleut souvent (Trauma, Suspiria).
L'antre du fantôme (Le fantôme
de l'opéra) se trouve dans une grotte souterraine.
Christine Daaé se purifie de l'emprise du fantôme
en quittant ce lieu par le fleuve qui y coule. Par son amour teinté
de haine elle à poussée celui qu'elle aime à
des actes horribles.
L'affrontement
final de Phenomena,
plonge Jennifer dans une piscine remplie de cadavres décomposés.
Cela représente sa nature de nymphe souillée par
des pouvoirs "diaboliques" mais aussi la dangeureuse
situation dans laquelle elle s'est jetée. Sa réhabilitation
devant Dieu se passe après avoir tuer l'enfant diabolique
(brûlant dans le feu de l'enfer d'un hors-bord en flammes).
Elle sort du lac purifiée, telle une nymphe rachetée.
Quant au Syndrome
de Stendhal, l'inspecteur Anna Manni (remarquons
la symétrie du nom qui en dit beaucoup sur sa personnalité
schizophrénique), retrouve l'assassin dans un bois isolé,
près d'un fleuve. Elle est capturée, puis violée.
Plus tard elle s'enfuit et exécute son boureau dans un
combat sensuel dans la boue. Ses habits deviennent semblables
à des étoffes érotiques collant à
sa peau, en faisant ressortir ses séduisantes formes par
transparence. Elle se rapproche alors de l'image des ondines.
Le combat dans la boue exprime l'idée qu'elle ne s'est
pas affranchie de sa dette. Par son rapport ambigü avec le
meurtrier, elle s'est sentie proche de lui. En le tuant elle l'a
intégrée à elle et donc n'a pu être
semblable à une nymphe se rachetant.
En conclusion, l'oeuvre de Dario
Argento est construite sous le mode du conte, où les femmes
quelles qu'elles soient, sont semblables aux fées des eaux,
par leur grande beauté, leurs pouvoirs, leur milieu de
vie et leurs actes.
Olivier Nelli
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