
The
bitch is back |
 |
Six ans se sont écoulés depuis la dernière aventure
d'Ellen Ripley. Il est donc temps que la franchise accouche d'un
nouveau bébé. Mais de tous les Alien, ce troisième opus sera
celui de la consécration pour son réalisateur et celui de la
débâcle pour un studio peureux.
Une aventure apocalyptique
Six ans après le succès planétaire d'Aliens
le retour, les pontes de la Fox décident de remettre le
couvert pour un troisième opus d'une franchise très
rentable. Il est d'ailleurs étonnant que personne n'y
ait pensé plus tôt car, de nos jours, dès
qu'un film connaît un succès conséquent,
il ne faut pas attendre deux ans avant d'en voir la suite. Mais
nous sommes dans les années 90 : une autre époque,
quoi.
Quoi
qu'il en soit, c'est sur base d'un scénario de William
Gibson, le pape du courant cyberpunk (à l'origine de Johnny
Mnemonic, de 2 épisodes d'X-Files et
dont la paternité avec
Matrix n'est plus à mettre
en doute), que la Fox décide
d'investir dans Alien 3. L'histoire
est à cent lieues
de celle connue actuellement : les aliens attaquent une cité futuriste,
aux décors high-tech. "Trop cher", rétorque-t-on à l'auteur
qui se voit obligé de reconsidérer sa proposition.
Il écrit alors un scénario où une station
spatiale se fait attaquer et doit résister aux assauts étrangers.
Mais le projet prend l'eau et Gibson quitte le navire, laissant
la place au réalisateur Renny Harlin et au scénariste
Eric Red (auteur de Hitcher, Aux
frontières de l'aube
et Blue Steel). Seul mot
d'ordre de la Fox : plus de Ripley ! Dix mois se passent pendant
qu'Harlin et Red peaufinent une histoire
d'attaque de station agricole, avec un commando de marines (bonjour
l'originalité!), mais où la notion de clonage fait
déjà son apparition. Peureuse de voir ses dollars
investis dans une production à cent lieues de ses précédents
opus, la Fox hésite. Résultat : un an de perdu,
Harlin claque la porte et rien n'est encore fait.
David Twohy (qui écrira des films comme Pitch
Black et
Waterworld) est appelé à la
rescousse pour mettre son talent au service d'un projet qu'Hollywood
décrit
déjà comme "pourri". Ce dernier écrit
plusieurs versions d'un script, dont l'une se passe sur une planète-prison.
Arrive ensuite sur le projet Vincent Ward, qui vient d'écrire
et réaliser Navigator : une odyssée médiévale.
Avec le scénariste John Fasano, il délaisse les
idées de Twohy, qui est remercié, et décide
de placer l'action d'Alien 3 sur une planète entièrement
faite de bois. Exit la technologie et bonjour les aliens caméléons,
qui se fondent sur le décor boiseux. Ripley et Newt sont
recueillies par des moines qui doivent combattre, sans arme,
les horribles créatures. Mais la Fox prend peur : le film
est trop noir, trop violent (le script original prévoyait
qu'un moine se fasse pénétrer par un alien via
son orifice anal et se faire exploser sous la pression!). Vincent
Ward quitte le projet et se fait remplacer par un parfait inconnu,
en provenance directe du monde de la pub et des clips vidéo
: un certain David Fincher.
Le génie salvateur d'un réalisateur
Dès son arrivée, Fincher décide de reprendre
l'idée de la planète-prison et écrit un
scénario avec l'aide de Larry Ferguson, qui a déjà à son
actif le script de Highlander, notamment. La Fox décide
alors de commencer le tournage, mais met une pression constante
sur le jeune Fincher, dont les délires visuels religieux
ne plaisent pas à tous les pontes du studio. Tout le tournage
sera apocalyptique pour ce jeune homme. Si bien que, le montage
bouclé, on lui demandera de refaire la fin : Ripley ne
peut pas mourir. Mais Sigourney Weaver refuse de se faire raser
le crâne une nouvelle fois. Alien
3 fera donc d'Ellen Ripley
la Jeanne d'Arc de l'espace préférant se suicider
pour éradiquer la menace.
Mais, en définitive, le montage
initial déplaît à David Fincher qui, non sans vouloir renier
son premier bébé, décide de ne rien faire pour le promouvoir. Au
final, il reste un film aux antipodes des scénarios
des deux premiers films. David Fincher a cependant réussi à insuffler à la
franchise un renouveau certain, dérangeant pour beaucoup,
mais qui ne laisse personne indifférent. Religion, violence,
ambiance obscure et médiévale : Alien 3 est
l'incarnation même de la rédemption, un final (trop?) proche de
celui de Terminator 2, mais qui se
permet de faire réfléchir
le spectateur déjà trop goinfré de productions
insignifiantes.
L'équipe
|
La
scène
inoubliable |
Alien 3 (1992,
U.S.A.)
Réalisé par
David Fincher
Scénario de David Giller, Walter Hill et Larry
Ferguson
Histoire de Vincent Ward
Musique de Elliot Goldenthal
Produit par Gordon Carroll, David Giler et Walter
Hill
Avec Sigourney
Weaver, Charles Dutton, Charles Dance, Paul McGann, Brian
Glover, etc.
|

Le sacrifice d'Ellen Ripley |
|