Tarek - Interview (2)

LF.net: Nous avions pu lire dans Lanfeust Mag, le début de Cyrill. Ensuite l'album sort, mais non dans la collection Soleil Kids. Pourtant, Cyrill est une BD pour enfants, non?
T: Cyrill et ombres du bois cendré est un album jeunesse et s’il n’est pas dans cette collection ce n’est que pour des questions de maquette et de direction de collection. A partir du tome 2 il passe en 46 planches… et en Soleil Kids les BD sont en 30 planches pour les séries à suivre.

LF.net: Les formats de vos albums pour enfants ont 30 pages. N'est-ce pas difficile d'écrire une histoire en ce nombre de planches?
T: Ecrire en 30 planches requiert une exigence de concision et le dessin est présent pour combiner un texte et une narration visuelle efficace. Ivan et Aurélien maîtrisent le médium et réussissent à dire l’essentiel en images. Le travail est donc plus agréable et le but est de faire rêver les enfants!

LF.net: Votre première série, Le Prophète de Tadmor a été très bien accueillie par les critiques et le public. Comment accueille-t-on un tel engouement positif? Est-ce difficile à gérer?
T: Oui, parce que nous avions un certain recul avec notre travail et les aléas de la couleur (le coloriste de cette série était celui de l’éditeur et il n’a pas respecté nos consignes!) ont fini par nous donner un regard plutôt critique sur les deux tomes. La critique était positive avec un album dont nous n’étions pas fiers et nous aurions préféré les mêmes critiques positives avec les couleurs de Sébastien.
Cependant, cette expérience fut bénéfique car nous avons travaillé avec Alain David et nous avons appris à mieux comprendre le médium bande dessinée. Dans les pires situations, il ne faut garder que le meilleur et il me semble que nous avons digéré les choses essentielles, à savoir être maître de son travail à toutes les étapes de la création et surveiller la réalisation finale!

LF.net: Le Prophète de Tadmor est plongé dans un contexte à la fois futuriste mais sans être pour autant très technologique et à la fois arabe. D'où vous est venue cette idée de mélange surprenant?
T: La science fiction exclue de facto l’Afrique et le monde Arabe car elle est écrite par des occidentaux et ce n’est pas surprenant puisque cette littérature est née en France et au Royaume Uni au XIXe siècle. En discutant avec Ivan nous avons eu l’idée de raconter une histoire dans ces régions avec comme trame de fond l’avènement d’un prophète salvateur.
Le tome 2 est sorti le 11 septembre 2001! Je pense que l’éditeur n’a pas fait de promo car nous traitions du fanatisme dans ce tome et il y avait un double attentat moins spectaculaire mais bâtit sur le même schéma.

LF.net: On a beaucoup rapproché la série le Prophète de Tadmor, et son intrigue autour du trafic d'épices, de l'oeuvre de Frank Herbert, Dune, qui aborde également les épices. Y a-t-il effectivement un clin d'oeil ou un hommage?
T: Ivan avait lu Dune. Moi non! Mais Herbert est influencé par la culture arabo-persanne. Ces reproches ne me touchent pas car cette culture est aussi la mienne tout comme la culture française. Je suis étonné de voir que les lecteurs de Tadmor qui nous ont fait le reproche de prendre les épices à Dune n’aient pas pensé un instant que je suis né dans une culture où les épices sont la base même de l’alimentation.
Le Safran est l’épice la plus chère et c’est la raison de sa présence dans la Tradition des hommes de cette confrérie. L’hommage est donc inconscient et certainement pas voulu.

LF.net: Chamouraï est inscrit également au sein d'un univers oriental. Bien que typé japonais, les histoires se rapportent aux contes des mille et une nuits, ce qui nous ramènent une fois de plus à la culture arabe. Etes-vous féru de culture arabe et est-ce là une envie de teinter vos scénarios de façon originale? De dénoter avec la tendance actuelle plus portée vers l'occident?
T: Cette question croise la précédente puisque les 1001 nuits ont bercé mon enfance. Ma tante me racontait des contes berbères, des contes tunisiens et des contes persans (souvent des déclinaisons des 1001 nuits, l’érotisme en moins et l’aventure magique en plus!).
J’ai une double culture et je trouve déplacé que l’on considère qu’un auteur ne puisse pas s’inspirer de ses souvenirs et de ses acquis. Un critique m’a reproché de faire de l’orientalisme. N’est-ce pas le comble du ridicule? Haroun al-Rashid et ses nuits passées à écouter des histoires racontées par la belle Shérazade sont constitutifs de mon imaginaire bien plus qu’un autre et pas plus que tout le monde!
La culture occidentale est également quelque chose qui m’attire et mes projets futurs sont plutôt tournés vers la culture européenne.

 

 
 
                                                   Best view with IExplorer 5 @ 800x600.   © 2002-2004 Anthesis. Tous droits réservés.