Tarek - Interview

Lefantastique.net: Quel a été votre parcours avant d'en arriver à la bande dessinée? J'ai entendu parler d'un livre sur les graffitis? Pourquoi avoir publié sur ce sujet?
Tarek: Après des études d’histoire médiévale (essentiellement sur le monde arabo-musulman et Byzance) et d’histoire de l’art à la Sorbonne, j’ai passé un an et demi à l’université de Tunis 2 en Tunisie pour parfaire mon niveau d’Arabe classique puis j’ai vécu deux ans à Damas en Syrie pour y accomplir ma coopération en tant que professeur de Français et animateur culturel.
Durant ces longs séjours, j’ai voyagé dans plusieurs pays, de la Turquie à l’Algérie, me permettant ainsi de mieux connaître la Méditerranée et le Moyen Orient. J’ai également parcouru l’Europe du Nord et du Sud… J’adore l’Italie et la Crète!
Devenir scénariste de BD est tout simplement dû à mes rencontres (Cromwell, Gratien et Kheredine) et mon envie de raconter des histoires!
Après avoir signé deux séries chez Vents d’ouest l’une avec Kheredine (elle n’est jamais sortie car le dessinateur est tombé gravement malade) et l’autre avec Ivan Gomez Montero (Le prophète de Tadmor), je me suis lancé à fond dans la bande dessinée. Et comme je n’aime pas faire les choses à moitié, je suis devenu scénariste à temps complet dès la signature de ces deux séries.
Je suis scénariste de bande dessinée depuis 1999 mais j’avais déjà publié un livre d’art en 1991 (Paris Tonkar) alors que je n’avais que 19 ans. Le projet sur les graffitis est né d’une envie de faire un livre sur un sujet encore inconnu en France car j’ai découvert ce phénomène à Londres en 1986. A cette époque, il a connu un grand succès, passant au JT de 20 heures d’Antenne 2 et dans plusieurs émissions des chaînes hertziennes. Le Figaro en a même parlé et j’ai co-organisé une grande exposition avec des peintres américains: Futura 2000, Jonone, etc…
Mon livre sur les graffitis est devenu une référence en la matière: thèses, colloques et conférences le citent comme exemple et source d’informations. Cette première expérience avec l’édition me sert encore car Florent Massot m’a appris beaucoup de choses. Ce livre était un aboutissement après deux ans de travail et j’en garde un souvenir quelque peu nostalgique.
J’ai également une passion pour la photographie et à l’heure actuelle, je possède la plus grande banque de données photographiques sur les Tags (1985 à 1992), Damas, et la Syrie du Nord… Ainsi, il m’arrive de penser qu’il serait temps de sortir d’autres ouvrages avec des photos et des textes! Et pourquoi pas une réédition de Paris Tonkar?

LF.net: Etes-vous un grand amateur de jeux de mots? Rien qu'à voir les titres de vos séries, on peut y penser... Tadmor, Chamouraï, Demon Yäk...? Pourquoi ces constructions?
T: J’adore les jeux de mots mais pour les titres de mes séries il était surtout important de trouver un mot ou une phrase qui résume l’histoire sans trop donner d’indications. Ainsi, Chamouraï est un chat samouraï mais l’histoire n’est pas dévoilée pour autant! A cet égard, je voudrais dire que ce titre a été trouvé en discutant avec le dessinateur. Tadmor n’est tout simplement que le nom arabe de la ville de Palmyre (Syrie) et il est vrai que le mot sonne bien. Dans le tome 2 le héros rencontre le Patriarche dans cette ville…
Demon Yäk est le seul vrai jeu de mot: Yäk est un mot polonais et Demon est un prénom anglais et les deux ensembles donnent un mot français qui résume l’histoire mais pas le personnage.
En règle générale, je pense que le titre doit donner envie de l’histoire mais doit surprendre le lecteur en le perdant ou en lui donnant une clé qu’il ne comprendra qu’à la fin de la lecture.

LF.net: La collection Soleil Kids a été inaugurée par Le Roi des Singes. Peut-on y voir un tournant de votre carrière, plus orientée BD pour enfants? Comment cette collection a-t-elle vu le jour et comment avez-vous été choisi pour son lancement?
T.: En effet, Le Roi des Singes est le premier titre de la collection Soleil Kids car il a été signé en premier tout simplement et pourtant il n’était pas encore terminé comme Cyrill et ombres du bois cendré et le Petit Bûcheron. Ce n’est pas un tournant mais plutôt une nouvelle expérience. Ce titre tout comme les deux autres avaient été signés chez Pointe Noire à l’origine et s’inscrivaient dans la collection jeunesse de cet éditeur dont j’avais la charge. Trois de mes albums (deux tomes de Chamouraï et Le Professeur Stigmatus) étaient sortis chez Pointe Noire. Donc j’avais commencé la jeunesse alors même que je faisais de la science fiction et du polar.
Soleil Kids a vu le jour car les albums jeunesse dont j’étais scénariste devaient passer chez Soleil. Chamouraï a été signé puis annulé par l’éditeur sans aucune raison et le professeur Stigmatus devait être repris et je n’ai jamais reçu de réponse précise. Cependant Le Roi des Singes, Cyrill et ombres du bois cendré et le Petit bûcheron sont sortis et c’est pourquoi est née cette collection qui dans les faits regroupe mes séries jeunesses. Seul Monsieur Lune avec Aurélien a été signé par Soleil et n’appartenait pas au catalogue non édité de Pointe Noire. Je pense même que c’est le seul titre que l’éditeur a signé sur projet dans cette collection.

 

 
 
 
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