Interview Thierry Robin (Rouge de Chine - Koblenz) (3)

Dans un autre registre, vous avez fait "Petit Père Noël", qui est plus orienté vers les enfants…
Là c'est une tout autre histoire, là je suis juste dessinateur, c'est Lewis Trondheim qui a écrit le scénario. En fait j'avais fait pour la Poste française un timbre il y a bien 10-15 ans avec ce Père Noël, puis Lewis me voyait faire ça, on travaillait en atelier ensemble, et de fil en aiguille on en a fait une histoire, et ça a été publié chez Dupuis. Ça a démarré à 300 à l'heure et voilà. C'est beaucoup plus rapide qu'un Koblenz à faire et c'est extrêmement agréable de faire une histoire pimpante, agréable, joyeuse entre deux histoires sinistres, désespérées, en tous cas plus sombres. Et je fais les deux avec beaucoup de plaisir.
Le deuxième se passe à Halloween. Alors est-ce qu'on ne récupère pas le commercial d'Halloween? En tous cas Lewis et moi on a fait des fêtes pour nos enfants et ils aiment Halloween. Ce sont aussi des histoires pour nos enfants en priorité. Et là encore, ce n'est pas tout à fait gratuit: là le but était d'opposer les monstres d'Halloween, laids, avec des pustules, face au monde tout rose de Petit Père Noël et montrer que ces gens sont différents mais peuvent vivre ensemble, sur le même petit coin de terre. Il y a une petite morale…

Comment expliquez-vous que les enfants soient aussi de plus en plus attirés par ces monstres, le fantastique, surtout quand on voit Harry Potter qui crève l'écran?
Il y a des trucs comme les effets spéciaux, qui sont moins chers à faire. Moi quand j'étais gamin je voyais quelques épisodes de Star Trek et j'étais absolument fan. Peut-être qu'en France ce n'était pas prisé parce qu'on a jamais vraiment aimé l'imagnaire, la SF, les choses comme ça. Quand je me souviens des premières scènes de King Kong j'étais sidéré, c'est toujours un de mes films favoris. Maintenant il y a en effet une plus grande production. Les Américains ont pénétré le marché avec leurs gros sabots et tout le monde aime ce qu'ils font (rire). Et le fantastique ça va avec.

"Les conseils de Thierry Robin"

- BD?
Ben, Franquin évidemment! Je suis né avec et je mourrai avec. Je lisais Spirou enfant.. Peyo, Macherot, Deliège… C'est mes idoles. Je suis absolument fan de Deliège. Je sens un côté noir derrière toutes ses histoires qui en fait un vrai auteur. Mais le seul conseil que j'aurais à donner, c'est d'aller en librairie, il y a un choix énorme, et discuter avec le libraire, de ses goûts, de ce qu'on aime, de ce qu'on veut découvrir - ne pas rester toujours dans ses mêmes sillons - et puis il va sortir de derrière ses bacs des choses nouvelles… Maintenant on est presque sûr de trouver des choses qui nous ressemblent…

- Livre?
Je lis très peu … Quand j'ai fait le tome 2 de Koblenz j'ai lu Salammbô de Flaubert naturellement, mais sinon c'est plutôt de la doc. Le prochain Koblenz va traiter de l'anarchie donc je lis un bouquin sur l'anarchie pour un peu enrichir le propos…

- Musique?
Je suis fan terrible des Nits, un groupe hollandais. Le deuxième tome de Rouge de Chine (Masques) leur est dédicacé parce qu'ils ont fait une chanson qui s'appelle "Mask".. J'aime beaucoup un musicien indien qui s'appelle A. R. Rahman et qui est un formidable mélodiste. Sinon j'écoute aussi beaucoup de musique de film, souvent des années 30 des gens comme Korngold, Max Steiner, Franz Waxman, et puis des musiques de film même récents dont je me garde bien de voir les films.

- Ciné?
De temps en temps je fais ma liste de top 10, qui ne bouge pas trop. Le seul film en couleurs de mon Top 10 c'est BenHur, parce que je trouve que c'est un des films les mieux dialogués du monde. Y a Mankiewicz: j'adore Eve, et L'aventure de madame MuirLa fiancée de Frankenstein - un pur chef d'œuvre. Les Sept Samouraïs… Voilà, des choses comme ça. Des film d'auteurs. On voit dix minutes de tel ou tel film et on sait tout de suite quel réalisateur l'a fait. Regardez 10 minutes d'Harry Potter ou d'X-Men et pas moyen de savoir qui l'a fait, ça peut être Machin ou Tartempion c'est la même chose.

- Contes?
Quand j'ai fait Rouge de Chine, j'ai lu beaucoup de contes chinois, avec les femmes renard… C'était chouette mais j'ai tout oublié :-)

- Le premier conseil à un jeune illustrateur?
Déjà, il faut savoir ce qu'on veut faire, illustration ou BD. En illustration, on est au service d'une idée mais on peut broder autour, c'est le propre de l'illustration. La BD elle est au service de la narration, du scénario, donc il faut être humble par rapport à l'histoire, c'est de l'histoire avant tout et pas du dessin avant tout. Il faut travailler autant la lisibilité, la construction d'une page, la fluidité d'une page que le dessin.

Propos recueillis par Jean-Luc Delghust
Toutes les images illustrant cet entretien sont ©Thierry Robin/Delcourt éditions pour Rouge de Chine et Koblenz
© Thierry Robin/Lewis Trondheim/Dupuis éditions pour Petit Père Noël
(interview réalisée en février 2003)
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