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Raspountine - Interview
LF.N: A
la lecture de l’album, on devine aisément que la
recherche et la documentation ont été une part importante.
Comment cela s’est-il déroulé ?
T:
La lecture d’ouvrages spécialisés sur Raspoutine
et sur la Russie a précédé la mise en place
de l’histoire. En effet, pour construire ce type de récit,
il faut avoir une vision globale de ce qui s’est passé
durant toute la période concernée. Le plus important
pour nous était de mettre en valeur la psychologie de certains
personnages et la recherche du manuscrit (aspect fictif du récit).
Le cinéma est une source d’inspiration pour les ambiances,
mais ne rentre pas dans ma documentation. Certains documentaires
m’ont apporté des précisions sur mes lectures
et, en particulier, un reportage de la BBC sur l’assassinat
de Raspoutine. J’ai travaillé sur sa mort à
partir de sa biographie ainsi que des éléments plus
récents, apportant un regard différent que l’on
retrouve dans le tome 3.
Une fois cette recherche faite, je commence à rédiger
le synopsis de toute l’histoire puis je me mets à
écrire (texte et dialogues) le scénario. Il m’arrive
parfois de refaire des recherches pour éclaircir un point
ou pour apporter des visuels à Vincent.
En règle générale, les dessinateurs avec
qui je travaille réalisent leur propre story: nous en parlons,
j’apporte des précisons au moment de l’écriture
si je pense qu’un plan est important, sinon ils sont libres
! Le récit est plus dynamique de cette manière.
VP: J’ai potassé ce que l’on peut trouver en
livre et illustration sur le sujet (St-Petersbourg, Russie, costumes,
photos d’époque…). Cette période du
début du XXème siècle est heureusement abondante
en documentation. Le plus intéressant étant de retrouver
en DVD des films d’époque rares sur le Tsar et sa
vie intime, des séquences allant de la vie de tous les
jours aux grands événements.
LF.N: Tarek,
ce n’est pas ta première série à tendance
historique. D’où te vient cette passion pour l’histoire
?
T:
Depuis mon enfance... J’ai commencé par lire des
livres d’histoire bien avant des bandes dessinées.
Par la suite, j’ai fait des études d’histoire
médiévale à la Sorbonne et pourtant, à
ce jour, je n’ai pas encore écrit de scénario
sur cette époque. J’y pense sérieusement depuis
quelque temps… En 2008, une série dessinée
par Eddy Vaccaro sur le sultan mamelouk Baybars
sortira dans la collection Trilogie chez EP éditions: Le
sultan Baybars. Ce récit qui se déroule
en orient au Moyen âge est avant tout une geste populaire
mettant en avant le personnage de ce sultan.
J’ajouterai que mon parcours m’a permis d’aborder
des genres différents sans pour autant être le socle
des histoires que j’écris. Mes études me permettent
d’être plus précis, plus concis et surtout
d’accéder à des ouvrages qui rebuteraient
le lecteur lambda. À l’avenir, je vais écrire
des scénarii sur cette longue période, mais je préfère
prendre mon temps pour bien faire.
LF.N: Par
contre, Vincent, après une première série
de SF, il s’agit de ta première série contemporaine.
Comment la transition s’est-elle faite ? Te sens-tu plus
à l’aise dans un univers réaliste ou bien
imaginaire ?
VP:
Clairement, la couleur directe et les mondes de SF / Fantastique
m’attirent depuis toujours. Je peux m’y exprimer naturellement
et construire des mondes avec leur logique, ce que j’aime
pour beaucoup de raisons. J’y reviendrai bientôt,
les albums de la collection carrée n’étaient
qu’un prélude à tout point de vue.
Maintenant je n’ai jamais eu de goût unique et je
me rappelle que lorsque j’étais à l’école,
j’explorais beaucoup, passant de la peinture à la
gouache épaisse à la ligne claire. Et justement,
un de mes travaux important de cette époque était
une petite BD en noir et blanc avec un trait délié,
ancêtre de ce que l’on voit dans Raspoutine.
Cette trilogie m’a été bénéfique
car elle m’a fait travailler différemment et j’y
ai appris pas mal de chose sur la gestion du métier. Le
changement en dessin, je le comparerais au labour de la terre,
qui régénère le sol.
LF.N: Vincent,
tu es aussi coloriste. Pourquoi as-tu passé la main pour
cette série ?
VP: Cela s’est décidé alors que le projet
était en cours. Tarek trouvait que les planches N/B collaient
plus à l’univers, avec une colorisation plus classique
et des aplats rehaussés dans des tons plus ou moins monochromes.
Un peu sceptique, certains essais m’ont convaincu de cette
idée, donnant une narration fluide, proche de la simplicité
d’un Tintin, par exemple.
LF.N: L’élément
fantastique est plus en retrait dans ce deuxième tome.
Pourquoi ce choix et quel sera l’orientation du troisième
et dernier tome ?
Tarek:
En fait, c’est l’élément ésotérique
qui est plus en retrait dans le second tome. Nous devions montrer
l’ascension de Raspoutine dans ce second volet pour que
les lecteurs s’approprient le personnage et comprennent
ce qui va lui arriver dans le dernier tome. Le dernier opus traitera
de la fin de ce sinistre personnage avec bien sûr un long
passage sur son assassinat… En dire plus, ce serait trahir
nos lecteurs qui attendent la fin.
VP: je pense que le point de vue de Tarek est celui d’une
histoire vue par les espions. Cette façon de raconter comme
une chronique permet de prendre de la hauteur et de voir l’effritement
du pouvoir en place. Il n’a pas cherché d’effets
spectaculaires, privilégiant un regard sur un moment d’histoire
en plein remous, dont Raspoutine est le catalyseur, avec sa trajectoire
unique. Cet album s’attache donc plus à montrer les
doutes et le marasme d’une autocratie qui ne comprend pas
ce qui se passe.
Le troisième tome sera beaucoup plus sombre à tout
point de vue, puisque la guerre éclate et que les indécis
choisissent leur camps. Raspoutine quant à lui sera toujours
nuancé mais on verra de lui un côté fantastique,
avec une dimension proche d’un Frankenstein.
LF.N: Quels
sont vos autres projets ?
Tarek: Fin septembre, sortent respectivement le tome 1 de Lawrence
d'Arabie avec Alexis Horellou et
le tome 2 de Tengiz avec Aurélien
Morinière. En octobre, le tome 3 de Les
chaussettes trouées avec Batist
est prévu. Sans oublier le tome 3 de Raspoutine
courrant 2008 !
VP: A l’avenir mes projets sont en couleurs directes avec
d’abord un one-shot sur les corsaires, toujours avec ce
gredin de Tarek…
Propos recueillis par Christian Simon
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