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FRAGILE - Interview de Stefano Raffaele

Il est des albums qui touchent,
tellement ils sont beaux. Il en est d'autres qui choquent, tellement
ils sont inhabituels. Quand un même album parvient à
faire les deux, il mérite qu'on s'y attarde quelque peu.
Fragile
T.1: l'amour après la mort, sorti le mois passé
aux Humanoïdes Associés, est un de ces albums. Dans
un monde où les morts, touchés par un étrange
virus, se relèvent pour vivre encore en cadavres ambulants
douloureusement conscients de leur état, Alan et Lynn,
deux "zombies", vont se rencontrer et vivre une impossible
histoire d'amour. Pour cette nouvelle série, sa première
destinée au marché franco-belge, l'auteur italien
Stefano Raffaele, a changé radicalement son style hérité
de son passé dans les comics pour nous proposer une histoire
originale et forte. Interview.
Lefantastique.net:
Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours en tant qu'auteur
de Bandes Dessinées? Vous avez travaillé en Italie
et aux États Unis, entre autres pour des histoires de Super-Héros,
mais avez tout à fait changé de style pour Fragile…
Stefano
Raffaele: Et bien, j'ai commencé en tant que dessinateur
professionnel en Italie en 1994 (en illustrant et en faisant les
couvertures pour la série mensuelle Lazarus Ledd,
chez Star Comics). Puis, en 1995, j'ai commencé à
travailler aux USA, sur plusieurs projets pour Valiant (Eternal
Warrior, X-O, Manowar), DC (Batman, New Gods, Birds of
Prey) et Marvel (X-Factor, X-Men Adventures, Conan The
Barbarian). En 2000, j'ai élaboré et co-signé
Arkhain, un album de 272 pages pour
Marvel Italie.
Au même moment, je commençais à me lasser
de mon style de dessin "super-héros", et j'ai
décidé de me mettre à travailler sur un style
plus fort. Je dessinais surtout des super-héros, et je
trouvais que mon dessin manquait de personnalité, et, de
façon plus importante, d'introspection. J'ai donc arrêté
de dessiner des super-héros et j'ai pris une année
sabbatique. Je voulais aussi commencer à écrire.
J'ai déménagé en Sardaigne, dans une maison
face à la mer. C'était la meilleure période
de ma vie. La plus belle.
La Sardaigne… eh bien, c'était comme retourner à
l'école. J'ai commencé à dessiner d'après
nature, j'ai visionné des centaines de vieux films classiques,
en faisant attention au timing et aux cadrages… Je suis
reparti à zéro pour me construire un nouveau style
(et j'y travaille encore!)
J'ai donc bossé beaucoup, et après un moment j'ai
commencé Fragile (et plus tard
j'ai travaillé sur Hellboy et
Blackburne Covenant pour Dark Horse).
Et voilà! Inutile de dire que chaque fois que je vois un
de mes anciens livres je crie d'effroi! :-) Je veux dire, ce n'est
pas qu'ils sont mauvais, mais c'est comme… comme si quelqu'un
d'autre les avait dessinés! Ce n'est plus mon style.
Fragile
est votre première BD pour le marché franco-belge.
En quoi cela a-t-il changé l'approche pour dessiner l'album,
par rapport aux comics américains?
SR: Avec Fragile, je voulais scénariser
et dessiner une BD introspective, mais en y ajoutant une de mes
plus grandes passions: les histoires d'horreur, et plus particulièrement,
de zombies. Mais je voulais aussi arriver à un dessin puissant
visuellement, et je voulais le dessiner de manière cinématographique.
On pourrait donc dire que Fragile est à mi-chemin
entre l'Europe et les Etats-Unis. Enfin, c'est ce que je voulais.
Les planches
contiennent des grandes cases, même des pleines pages, ce
qui devient de plus en plus rare en BD franco-belge – à
part peut-être chez les éditeurs indépendants.
Est-ce une influence du comics, ou bien cette volonté vient-elle
d'ailleurs?
SR: C'est une influence cinématographique.
Je voulais que Fragile soit vraiment filmique, et c'est
pourquoi j'ai décidé de travailler avec peu de cases
par pages… le premier tome était en quelque sorte
une expérience graphique.
Le deuxième tome a plus de cases par page, et plus de pleines
pages du tout. J'ai appris beaucoup en travaillant sur le tome
1, entre-autres grâce au réactions et commentaires
de Paul Benjamin (mon éditeur aux Humanoïdes Associés),
qui étaient aussi vraiment utiles.
Je sens maintenant que j'ai tous les bons "outils" pour
garder la touche filmique que j'aime tant, tout en dessinant en
même temps des pages détaillées, avec plus
de cases sur chaque page.
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