Interview de Vincent Pompetti (Planète Divine) (2)
L’aquarelle
confère une ambiance poétique et onirique au récit.
Est-ce pour cette raison que vous avez opté pour cette
technique de mise en couleur ?
V.P.: Oui, mais il y en a d’autres. Je
voulais donner au lecteur la sensation d’un dépaysement,
qu’il se sente vraiment sur un autre
monde mais aussi, qu’il ait une autre vision du monde. Si
j’avais opté pour une technique plus réaliste,
le lecteur aurait eu un regard plus terre à terre. Une
autre raison est que mon histoire traite de concepts métaphysiques
assez inhabituels et pas toujours évidents à comprendre.
Je voulais donc que la mise en couleur mette le lecteur dans une
ambiance propice à la compréhension de ces concepts.

On a l’impression
à la lecture de ces 2 tomes, que vous avez opéré
une sélection de caractéristiques parmi différents
courants philosophiques, religieux et culturels pour en arriver
à un univers original et cohérent…
V.P.: C'est exactement cela. J'ai eu un peu une
démarche d'ethnologue. J'estime qu'une histoire vaut par
le senti. Il faut que l'on aie l'impression d'une authenticité,
comme si ce monde existait réellement quelque part.
Les envahisseurs
Absalones ressemblent beaucoup aux conquistadores espagnols, notamment
au niveau des costumes, du look des personnages et de leur politique
expansionniste alors que les Siluriens, eux, s’ils vivent
dans des décors plutôt pré-colombiens sont
plus proches de la pensée bouddhiste…
V.P.: Oui. Pour les Absalones, il y a également
des influences antiques. Les philosophies hindoues sont aussi
présente pour ce qui est de l'ordre cosmique. Brahman est
le dieu créateur. Mais quand on regarde de plus près
les mythologies du monde, de l'Egypte à l'Amérique
précolombienne en passant par l'Europe, on peut y voir
un formidable potentiel de richesse.
Il y a des différences, voire même des caractéristiques
uniques, mais il y a aussi de grandes similitudes. Tout cela ouvre
des perspectives intéressantes…

Il est beaucoup
question dans votre histoire d’évolution spirituelle,
d’un chemin qui mènerait à la Planète
Divine. Les Siluriens suivent ce chemin par la méditation,
l’introspection, le développement de la pensée
et la créativité alors que les Absalones veulent
atteindre la Planète Divine par la force et la guerre…
C’est l’éternelle opposition de la spiritualité
et de la matérialité. Dans notre monde actuel, regrettez-vous
le côté prépondérant des Absalones
?
V.P.: Oui et non, car pour moi, matériel
et spirituel ne sont pas forcément opposés. Dans
l’Art, l’équilibre vient souvent de deux attitudes
opposées : il faut être à la fois rigoureux
et spontané. Pendant des siècles les chrétiens
ont opposé la chair à l’esprit, et cela n’a
pas donné que de bonnes choses. Les grandes philosophies
parlent plutôt de transcender le matériel, partir
du monde tel qu’il est, pour l’améliorer.
Borumand,
l’Absalone, veut que son peuple soit le seul à être
« élu », le seul à pouvoir rejoindre
la Planète Divine. Pour se faire, il est prêt à
m entir à son peuple quant à l’existence d’autres
peuples comme les Siluriens qui eux aussi ont été
« élus »… Est-ce un des dangers inhérents
à toutes les croyances qu’un seul individu puisse
ainsi détourner une vérité à son seul
profit ?
V.P.: Oui. Le vieux truc du borgne roi des aveugles
marche toujours. Mais si les aveugles recouvrent la vue...

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