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Interview de Didier Poli et Manuel Bichebois
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Dans le
tome 2 vous accentuez la différence entre la République,
beaucoup plus industrielle, et le Royaume, peut-être plus
médiéval...
DP: Oui, clairement. Il y a un vrai contraste
qu'on a voulu même visuellement. La République de
Frätt est vraiment plus industrieuse, c'est toujours le côté
un peu plus saxon, allemand. C'est une république en guerre.
Tout est orienté vers la guerre et vers l'industrie. Alors
que le Royaume d'Onfidhen est plus chevaleresque. C'est aussi
pourquoi il y a un roi. C'est beaucoup plus l'aspect "Renaissance".
Dans l'architecture, j'ai essayé qu'on voit ce contraste.
Je me suis beaucoup plus basé sur les Renaissances italiennes
ou autrichiennes dans l'architecture. Alors que la république
de Frätt est plus organique dans le sens industrielle des
choses, orientée dans la production industrielle des choses.
C'est très froid, très sombre, très pollué.
C'est pour ça que ces deux mondes sont en conflit car c'est
deux manières de vivre complètement différentes.
MB: C'est deux façons de voir les choses.
DP: C'est aussi pour ça on découvre
Frätt sur le tome 2 et pas sur le tome 1. Dans ce tome 2,
on comprend mieux l'état d'esprit d'un personnage comme
Algärd par exemple, très froid, très calculateur.
C'est parce qu'il vit là. C'est
le royaume de l'argent.
Au
niveau du dessin, préférez-vous autant dessiner
les animaux que la ville ou les machines?
DP: J'ai une préférence pour les
personnages. Ca vient du fait que je viens du dessin animé
où tout est focalisé sur le personnage. On travaille
sur la dynamique, sur le cadrage. C'est vrai que le décor
est moins naturel pour moi, même si je prends beaucoup de
plaisir à dessiner les décors ou les machines. Je
sors les personnages beaucoup plus facilement. Maintenant c'est
vrai que je travaille beaucoup les machines pour trouver une esthétique,
une forme. Je me documente aussi sur cette période "Jules
Verne", victorienne, Steampunk... L'univers de "Steam
Boy" d'Otomo est assez proche de ce que se sera.
Vous avez
travaillé dans l'animation chez Ubisoft avant d'entrer
chez Disney. Vous avez fait du storyboard chez Dupuis. Vous avez
aussi touché au jeu vidéo chez Kalisto avant d'entrer
chez Rackham. Que vous ont apporté ces différentes
expériences?
DP: De la rigueur.
Mon expérience chez Disney m'a appris une rigueur de travail
dans la construction de l'image, du personnage, qui est vraiment
très fort. Le travail est harassant mais c'est une très
bonne école. Chez Rackham, j'ai appris à anticiper
le volume. Vu que les dessins servaient après à
faire des figurines en 3D, il fallait que j'anticipe les problèmes
de la 3 dimensions. C'est vrai qu'on a tendance, en tant que dessinateur,
à avoir des archétypes, des petits tics de dessins,
avec des tricheries graphiques qui ne pardonnent pas en 3D. Il
faut travailler beaucoup plus sur la profondeur. Je pense que
ça m'a fait évoluer énormément. Mon
expérience dans le jeu vidéo m'a surtout servi techniquement
sur les outils informatiques, sur la manière de travailler
avec les nouvelles technologies.
Dans
l'animation, on vise plutôt la simplification des détails,
ce qui compte le plus, c'est la silhouette d'un personnage. On
voit cet apport de l'animation, surtout dans le T.1 où
vous usez beaucoup de plans rapprochés...
DP: En fait, sur le T.1, j'étais un peu
pris de cours. Je faisais ça en plus de mon travail le
soir. Je privilégiais ce qui allait vite pour moi. C'est
vrai que les perso, je les descends très très vite
et un gros plan, c'est vite fait. Sur le tome 2, j'ai beaucoup
plus travaillé la narration, les cadrages, le décor.
Les décors sont beaucoup plus fouillés. Les images
sont beaucoup plus travaillées dans l'ensemble. C'est vrai
que ça prend plus de temps. Là, j'étais à
plein temps sur le T.2. Je pense que le contraste se voit.
Vous avez
décidé de vous consacrer exclusivement à
la BD?
DP: Oui et non. C'est-à-dire qu'il y a
un impératif économique. Pour vraiment en vivre,
soit on vend très bien et on peu en vivre correctement.
Dans mon cas, par rapport au niveau de vie que j'avais avant,
je suis bien en dessous. Je suis obligé de rééquilibrer
avec d'autres travaux à côté, j'ai d'autres
projets, d'autres métiers. Mais c'est vrai que la BD prend
une grosse partie de mon temps parce que c'est un boulot presqu'à
plein temps.
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