Interview de Didier Poli et Manuel Bichebois (2)

Dès le premier tome, on parle de la légende d'un Roi et il y a un mystère autour de la naissance de Laïth et des pierres. Allons nous en apprendre un peu plus à ce sujet au fil des albums où allez -vous tenir le secret sur cette naissance jusqu'à la fin?
DP : En fait, le véritable enjeu de la série est de savoir qui est ce roi et qui est le narrateur. Tout repose là-dessus. Ce n'est pas forcément ce que l'on croit... C'est-à-dire que sur le tome 1, on a voulu un départ assez classique où les lecteurs sont persuadés d'avoir acquis certaines choses. Et en fait, pas forcément. Dès le tome 2, on casse les archétypes parce que dès les premières planches, il y a une grosse surprise. On ne va pas hésiter non plus à faire disparaître des personnages d'une page à l'autre. On est parti d'une base très classique et linéaire pour pouvoir surprendre un petit peu. Par la suite ça va prendre une dimension beaucoup plus importante... Je pense que si on était parti sur des choses trop complexes dès le départ, on aurait noyé le lecteur, il aurait été perdu. Là, on a posé les problématiques de chaque personnage. Ils ont des trames différentes. Je vais donner une image un peu forte mais ils vont se croiser un peu comme dans un Lelouch : les personnages se croisent et ont des vies parallèles sans savoir qu'au final, ils ont la même problématique.

Laïth semble avoir un don, un pouvoir. Il le vit plutôt comme une malédiction...
DP: Alors, ce n'est pas un pouvoir. Manuel a tendance à défendre ça... C'est une espèce de maladie.
Manuel Bichebois : C'est plus une malédiction, une tare génétique.
DP: On ne veut pas qu'il soit connoté "super héros", quelqu'un qui lance des éclairs et tout ça. C'est quelque chose qu'il ne maîtrise pas pour l'instant. C'est plus une malédiction pour lui, il a des spasmes et il est dérangé lorsque ça devient orageux. C'est quelque chose qui devient désagréable pour lui... Il n'y a que les protagonistes de l'histoire qui y voit un intérêt. Lui n'y voit qu'un désavantage car il devient complètement incontrôlable quand vient l'orage. Donc, ce n'est pas un pouvoir en soi...
MB: Peut-être que ça deviendra un don par la suite mais pour l'instant ça reste une malédiction. Pour l'instant, lui le vit négativement et seules les forces qui tournent autour de lui y voient quelque chose d'intéressant. Que ce soit Algärd, Fïnrhas...
DP: Fïnrhas, lui, a reconnu quelque chose qu'il avait déjà croisé...
MB: Dans le tome 2, il reconnaît quelque chose qui n'est pas étranger à son passé et ce sera développé dans les tomes suivants.
DP: on amène des brides de solution à chaque tome bien sûr, mais c'est vrai qu'on éclaircit doucement. Les personnages prennent de l'ampleur au fur et à mesure des albums. Sachant qu'il y a des personnages qui peuvent disparaître d'une page à l'autre alors qu'on était persuadé qu'il avait un rôle important. Donc, c'est vraiment important de regarder chaque détail. Des choses anodines sont importantes pour la suite.
MB: C'est vrai que le récit est assez dense par rapport à d'autres récits. On donne minimum une information par page par rapport aux personnages.
DP: La série est prévue en 6 tomes, deux cycles de 3 albums. Il va y avoir une scission temporelle entre le tome 3 et le tome 4.
MB: Dans le tome 3, on va entamer cette transition... une ellipse, un bon dans le temps...

Laïth signifie "lumière de ma vie". Quelle est l'origine des noms donnés aux personnages, aux peuples?
MB: "Light" signifie éclair en anglais. C'est la lumière, l'éclair... Les origines des noms, c'est plus un problème de consonances pour rappeler certains pays ou civilisations. Par exemple pour Frätt, il y a beaucoup de "r". La consonance est plus germanique, "saxe" de manière générale. Alors qu'avec Fïnrhas par exemple, la consonance est plus celte. Et dans le tome 2, arrivent des consonances plus africaines. C'est plus des problèmes de consonances.

Ce qui caractérise aussi la série, c'est ce mélange entre un univers Fantasy et des technologies pas habituelles pour le genre...
MB: C'était un choix pour ne pas être catalogué dans l'univers Héroïc Fantasy en fait.
DP: Moi je pense qu'il y a beaucoup de choses qui ont été faites dans l'Héroïc Fantasy. On y revient forcément un petit peu mais on va essayer de se rapprocher plus du Steampunk, sans tomber dans le Steampunk victorien de Jules Verne etc.
MB: Nous, nous disons plutôt de la "Steam Fantasy".
DP: Voilà, ça c'est vraiment le milieu ! Dans le tome 1, ça peut se rapprocher de la Fantasy dans le sens où on est "à la campagne". Donc forcément, les personnages ont accès à une technologie moins évoluée. Mais plus on va avancer dans la série et plus on va s'orienter vers ça. On va découvrir plus de mécaniques, des choses à base de vapeur, de machineries incroyables un peu à la "Steam Boy". Je pense que ça va s'orienter dans ce sens là pour justement sortir de ce créneau Héroïc Fantasy. Ce n'est pas de l'Héroïc Fantasy dans le sens où il n'y a pas ses archétypes: il n'y a pas de dragons, de gobelins, de fées, de magie, de légende... C'est plus une quête initiatique. On voudrait sortir de ce créneau-là.

Une façon de ne pas rester enfermé dans des codes?
DP: Voilà. Et une façon de ne pas rester enfermé dans des archétypes parce que les lecteurs d'Héroïc Fantasy ont une certaine attente... Les barbares, les méchants etc.
MB: Peut-être qu'à un certain moment, on s'apercevra qu'il y a une frontière un peu plus tenue entre la méchanceté et la gentillesse.
DP: Je pense que ce sera plus intéressant car ça nous laisse plus de liberté de sortir de ce créneau de l'Héroïc Fantasy où les codes sont déjà très ancrés dans le conscient collectif. Là ça nous laisse la liberté d'apporter une technologie plus avancée.

 
 
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