Erkol, Simon et Pilotta - Interview

Lefantastique.net: Puisqu'il s'agit ici d'un premier album, en excluant l'expérience de Franco Pilotta sur les Légendes de Wallonie, pourriez-vous chacun nous dire brièvement ce qui vous a plongé dans la BD ?

Fuat Erkol : Comme tous les enfants, j’ai été plongé dans les aventures de Tintin et de Bob et Bobette. Puis vers onze ans, je suis passé à toute autre chose : les romans d’espionnage adaptés en BD poche et bons marchés tels Coplan, OSS117, etc. C’était des BD pour adultes. Je ne comprenais pas tout, mais j’étais fasciné par l’ambiance et le monde des espions. Puis à douze ans, je suis revenu à la BD classique en échangeant avec un camarade de classe, mes BD d’espionnages contre des Chevalier Ardent. Là ce fut le choc et cela m’a poussé à découvrir d’autres grands classiques de l’époque (Bruno Brazil, Jérémiah, Thorgal…). Quant à mon désir de faire de la BD, cela remonte plus ou moins à la même époque. Ma rencontre avec Mohamed El Bairi fut décisive. Nous étions fait pour nous entendre, il voulait devenir dessinateur de BD et moi scénariste. Ensemble, nous avons créé des projets, lui au dessin et moi au scénario, que nous avons envoyés aux éditeurs avec le grand rêve d’être édité… mais les refus nous ont bien vite ramené sur terre. Aujourd’hui, alors que je sors mon premier album, Mohamed travaille sur une adaptation d’Agatha Christie pour les éditions Emmanuel Proust.

Christian Simon : Moi aussi mon enfance a été marquée par Bob et Bobette, Boule et Bill, Gaston Lagaffe, Astérix, Tintin… Mon adolescence, par contre, a été plutôt littéraire et je ne suis revenu à la BD que bien plus tard lorsqu’un copain m’a prêté sa collection de Thorgal. J’ai beaucoup aimé et j’ai profité de mes heures de fourche durant mes études universitaires en Communication pour aller lire à la Fnac des séries comme "La complainte des landes perdues" de Dufaux/Rosinski, les Druuna de Serpieri, la survivante de Gillon… En deuxième licence (NDLR: Maîtrise en France), on avait le choix de l’orientation et j’ai choisi la section cinéma. C’est là que j’ai fait la connaissance de Fuat Erkol. Comme c’est un passionné de BD, il m’a fait découvrir plein de séries indispensables à ses yeux comme "Le grand pouvoir du Chninkel", etc. Au cours de scénario, on a écrit ensemble un scénario de court métrage du genre fantastique. On a beaucoup aimé cet exercice et on s’est rendu compte qu’on aimait raconter le même genre d’histoires. Fuat m’a alors proposé d’écrire des scénarii de BD avec lui et j’ai accepté. Tout cela doit remonter à il y a sept, huit ans maintenant et depuis, on continue sans se décourager même si, hélas, nous avons plus de scénarii dans nos tiroirs que sur les étagères d’un libraire.

Franco Pilotta : J’ai commencé à dessiner et à peindre vers 20 ans, par plaisir sans jamais suivre de cours. J’ai découvert la BD plus tard, vers 25 ans avec les premiers "Métal Hurlant"… mais ça ne m’a pas vraiment intéressé. J’étais plutôt fan de peinture et d’illustrateurs comme Frazetta, San Julian, Boris Vallejo, etc. Ce sont des illustrateurs comme Barry Windsor-Smith et Bernie Whrighston qui m’ont ramené vers la BD car ils faisaient les deux : illustration et BD. Et là j’ai découvert Moebius et Bisley (Slaine). A cette époque, j’avais envie de faire des illustrations, pas de la BD. L’envie de faire de la BD m’est venue grâce à un ami qui écrivait des histoires et qui m’a proposé de dessiner un de ses scénarii. On a monté un dossier, avec quelques études de personnages… et 35 pages crayonnées ! Mais je n’avais pas encore la maturité et le projet n’a pas trouvé d’éditeur. J’ai ensuite rencontré Hugo Maron avec qui j’ai travaillé sur deux scénarii à la fois : un de SF et un d’ Héroïc-Fantasy. Comme j’ai encore essuyé deux refus, j’ai décidé d’arrêter la BD. Quelques années plus tard, Noir dessin m’a contacté et j’ai réalisé six pages aquarellées pour illustrer la légende de Gilles de Chin ("Wallonie Terre de légendes"). Un an ou deux après, j’ai mis une annonce dans plusieurs librairies liégeoises pour rencontrer des scénaristes et je suis tombé sur Fuat Erkol et Christian Simon.

LF.net: Comment vous êtes-vous rencontrés tous les trois ?

C.S. et F.E. : Au départ, nous n’envoyions que des scénarii seuls (synopsis et découpage écrit des premières planches). Les éditeurs nous ont bien vite fait comprendre que, même si nos scénarii avaient des qualités, c’était à nous de trouver un dessinateur pour les illustrer… et que sans dessinateur nous n’avions quasi aucune chance de placer un de nos projets. Nous nous sommes donc mis en quête d’un dessinateur. Nous connaissions le travail de Franco via "Wallonie terre de légendes" sans le connaître lui-même. Après cet album, Franco était à la recherche de scénaristes et il avait mis des annonces chez quelques libraires liégeois. C’est ainsi que nous avons contacté Franco et qu’il a été le premier dessinateur à collaborer avec nous. Nous lui avons proposé un de nos premier scénario, un thriller fantastique contemporain intitulé "Les désaxés". Ce projet suscita pas mal d’enthousiasme chez les éditeurs mais n’aboutit pas : certains éditeurs appréciaient le dessin mais trouvaient le scénario trop complexe… A l’inverse, d’autres éditeurs trouvaient le scénario très intéressant, mais jugeaient le dessin trop classique, trop sage pour le type d’histoire proposée.

LF.net D'où est né le concept de la série? Une idée très précise dès le départ ou un long cheminement sujet à nombre de changements ?

C.S. et F.E. : Après le semi-échec de notre premier projet, Franco est revenu nous voir quelques mois plus tard avec l’envie de travailler sur un tout nouveau projet. Il voulait faire quelque chose de totalement différent tant au niveau graphique que dans le genre d’histoire. Il avait dans ses cartons, des croquis de personnages, des ébauches de décors pour un univers d’Héroic-Fantasy et une idée de départ pour le scénario : "Dans des montagnes enneigées peuplées de barbares, le héros subit, pour une raison inconnue, une lente métamorphose en monstre". Il s’était également essayé à une technique de mise en couleur inédite pour lui : la couleur directe à l’acrylique. Nous avons directement été conquis par sa nouvelle approche graphique et nous nous sommes mis à écrire une histoire à partir de son idée de base.

 
 
 
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