Interview Eric Liberge (2)

Dans Tonnerre Rampant, le ton change pour faire place à du fantastique pur et dur avec une histoire de lieu hanté. Ici aussi, on retrouve les thèmes de la mort, de l’occulte… Vous évoquez dans l’introduction la rencontre avec une tante danoise passionnée de paranormal. Cet attrait pour l’occulte et l’ésotérisme se remarquait également dans Monsieur Mardi-Gras Descendres (salamandre, mercure…) et dans le Dernier Marduk. Une véritable passion ou un objet de curiosité?
E.L.: Cet attrait pour le mystique est un fait, mais je ne le prends jamais au pied de la lettre. Je m'en sers pour mettre en image du rêve, des angoisses, des issues à notre vie. Les discours qui parlent de cela très sérieusement m'ennuient vite, car encore une fois, je pars du principe que l'on ne sait rien. Personne n'est vraiment revenu de l'autre côté pour nous raconter comment c'est. A cela, je préfère l'angle du rêve, de l'intuition et de l'inconnu. C'est ce qui me fait courir, dans mes albums.

Dans Tonnerre Rampant, votre dessin fait appel à plusieurs techniques. Il tranche alors avec Monsieur Mardi-Gras Descendres ou le dernier Marduk qui étaient en noir et blanc. Pouvez-vous nous en dire plus sur la technique utilisée?
E.L.: Le dessin dans Tonnerre est une première expérience de "sorcellerie" graphique. C'est vraiment comme ça que je l'ai vécu. Je m'amusais à chaque page, plongeant toujours plus loin dans l'inconnu pour retranscrire tel ou tel cas de figure. Tonnerre a été un vrai plaisir à réaliser, et Marduk 2 et métal par la suite. Chaque album doit m'emmener ailleurs...

La lecture de Tonnerre Rampant souligne encore votre amour des Lettres. Que ce soit en les représentant (calligraphies) ou au travers des mots. C’est très bien écrit, alors… vous considérez vous plutôt comme un illustrateur d’histoires ou un « écrivain » de bande dessinée?
E.L.: Les deux sont indissociables. Un bon album se doit d'avoir un bon texte, qui ne paraphrase surtout pas les images. Ce sont deux lignes parallèles qui se conjuguent pour former "l'album" proprement dit. Je me réserve toujours du temps et un très grand soin au texte. C'est comme de la musique qui apporte aussi son lot d'images et d'impressions.

Tonnerre Rampant est également le titre d’une des compositions du groupe dans lequel vous jouiez. J’ai pu lire que le fondateur de Douce Morphine, groupe Metal, avait à son tour été inspiré par Monsieur Mardi-Gras Descendres pour un de leurs morceaux. Votre réaction sur ces échanges musique-BD? Quelle place a la musique dans votre propre univers?
E.L.: Je suis touché de savoir que Mardi-Gras Descendres inspire des musiciens! La musique pour ma part participe aussi au fil créatif de mes albums. Elle apporte son lot d'inexprimable, de sensations enfouies. C'est un appui essentiel.

Tonnerre Rampant par rapport à Monsieur Mardi-Gras Descendres ou votre dernier album Metal, a ceci de particulier que son découpage rend la lecture difficile. Les planches nous bousculent, nous engloutissent. Une volonté de lier le lecteur à ce que subissent les personnages?
E.L.: Il fallait pour ce projet se rapprocher du cinéma et de l'aspiration visuelle qu'il procure. J'ai donc tout fait en "grand large", au risque de maltraiter un peu le lecteur, mais le sens de lecture reste inchangé. C'est la règle à ne pas bouger. Je désirais en fait bâtir cet album entièrement sur l'ambiance.


 
 
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