LEO: l'interview
LEO,
ou Luis Eduardo de Oliveira, est né au Brésil en
1944. Après sa formation d'ingénieur, il milite
activement contre la dictature en place, et se voit obligé
de quitter le Brésil en 1971 pour échapper à
la répression. Il séjourne au Chili, puis en Argentine,
avant de rentrer clandestinement dans son pays en 1974, à
São Paulo. Il renonce alors à l'engagement politique
et débute sa carrière d'illustrateur au sein d'une
entreprise américaine, avant de s'installer à Paris
en 1981. En 1991, sa carrière en BD est enfin lancée
avec la publication du premier tome de Trent, sur un scénario
de Rodolphe. Ce qui lui donne la chance de réaliser, en
1993, un vieux rêve: publier le premier tome d'Aldébaran,
saga de science-fiction en 5 tomes. Aujourd'hui, il en est au
troisième tome de Bételgeuse, la suite d'Aldébaran,
tout en continuant les séries Trent et Kenya, et est l'auteur
du scénario de Dexter London, une nouvelle série
avec Sergio García au dessin. Lefantastique.net a rencontré
ce dessinateur et scénariste prolifique, auteur d'histoires
passionnantes et profondément humaines, peuplées
de créatures surprenantes.
Lefantastique.net:
Vous avez commencé par des récits réalistes,
avec d'autres scénaristes (Gandhi aux éd. Bayard;
Trent chez Dargaud). Or, dès que vous vous mettez au scénario,
vous voilà parti dans des mondes totalement nouveaux. D'où
vous vient cette envie de créer des nouvelles réalités,
de vous "échapper" vers la science-fiction et
le fantastique ?
LEO: Disons que le type d'histoires que je préfère,
c'est Aldébaran, ce genre d'histoires fantastiques, un
fantastique assez réaliste. J'essaie de rester quand même
plausible, dans un futur pas trop lointain. Là, c'est mon
naturel, la bande dessinée que j'aimerais faire. Mais quand
j'ai comm encé,
je n'arrivais pas à faire passer mes scénarios,
mes idées.
À l'époque, j'avais des petites histoires, avec
des scénarios à moi, des histoires fantastiques,
de la science-fiction comme ça, dans le même style,
mais je n'arrivais jamais à passer. Dans les maisons d'édition,
on me disait: "ton dessin, ça va, mais les scénarios,
ce n'est pas ce qu'on veut." Et le temps passait, et je travaillais
dans la pub, pour survivre, mais je voulais faire de la BD, jusqu'au
jour où j'ai fait des petites histoires pour Okapi, des
histoires réalistes avec Jean-Claude Forest. Puis, un jour,
Rodolphe m'appelle. Je le connaissais de nom. Il avait vu mes
histoires dans Okapi, et me dit qu'il avait un projet à
me proposer. On se rencontre, et il me propose Trent. Je trouvais
ça sympa: le Canada, à moi aussi ça faisait
partie de mon imaginaire. On a donc commencé Trent, mais
j'avais mon histoire à moi en attente. On en était
au troisième tome de Trent, et je commençais à
connaître des gens chez Dargaud, ils étaient contents
de moi avec Trent. Quand je leur ai parlé de mon projet,
de la SF, ils n'étaient pas très sûrs. Puis
quand ils ont vu le projet, ils ont aimé, et voilà.
C'est pour ça que je fais des histoires réalistes:
j'ai fait Gandhi à l'époque, pour l'argent. Puis,
j'ai pu faire ce que je voulais.
Ca ne vous
a pourtant pas empêché de continuer Trent…
LEO: Justement, non, je ne voulais pas arrêter. J'ai continué
à faire Trent bien sûr, parce que j'aimais bien le
faire. Je me disais que j'avais la possibilité de faire
les deux. Même à la limite, après, je me suis
dit que c'était l'idéal. Parce que pendant que je
faisais Trent, j'avais le temps de calmement écrire le
scénario du prochain Aldébaran. Ça me permettait
de prendre du recul. Je continue à faire cela aujourd'hui,
c'est l'idéal. Mais ça explique la question de départ.
Donc, Aldébaran
a toujours existé pour vous…
LEO: Oui, les histoires fantastiques comme Aldébaran, c'est
mon monde.
A
votre avis, qu'est-ce qui différencie Aldébaran
et Bételgeuse des autres séries de science-fiction
en bande dessinée?
LEO: Ce que j'entends dire, je crois, c'est le fait qu'Aldébaran
est une histoire qui se passe dans un futur pas trop lointain,
plus réaliste. Je ne sais pas comment appeler cela. Avec
la science-fiction, on pense toujours à des trucs du genre
Star Wars là, des guerres intergalactiques et des trucs
comme ça. Là, Aldébaran, c'est beaucoup plus
réaliste, plus proche de nous, avec des personnages normaux.
Ce ne sont pas des héros, ils ne font pas de trucs extraordinaires,
ils ne sauvent pas l'humanité contre la menace du mal.
Non, ce sont des gens normaux dans un endroit différent,
mais assez proche de nous. Je crois que ça, il y a un type
de lecteurs qui aiment ça, plutôt que la science-fiction
trop délirante.
On parle
de science-fiction, mais dans vos albums la frontière entre
science-fiction et fantastique est plutôt ténue…
Qu'est-ce que c'est le fantastique pour vous ?
LEO: ça dépend ce qu'on entend par fantastique et
science-fiction, oui. Le fantastique, ça va plutôt
dans un truc plus délirant, plus lointains, plus fous.
Pour moi, mon histoire, c'est plutôt de l'anticipation,
j'anticipe un futur pas trop lointain. Mon histoire dans deux
ou trois siècles maximum. Les choses sont assez proches
de nous encore…
Dans les
cycles d'Aldébaran, la technologie est mise au second plan…
LEO: Oui, ce n'est pas le plus important. Mais il faut quand même
expliquer, par exemple, comment ils sont arrivés sur cette
nouvelle planète. Alors je cite en passant qu'ils ont voyagé
plus vite que la lumière, mais je ne m'attarde pas dessus.
C'est une "banalité", ça sert à
donner plus de réalité au récit.
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