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Interview de Jean-Michel Ponzio (2)

LF.N : Cette
adaptation, était-ce une demande au départ ou une
proposition des éditions Soleil?
JMP : C’était une demande de ma
part. Cela faisait assez longtemps que je voulais créer
un huis clos, et "orbite piégée" est arrivé
à point nommé. J’ai fait des tests pendant
un week-end, créer le personnage de "Mike" (Bela
Hicks dans le roman), élaboré quelques décors,
et j’ai envoyé le projet aux éditions Soleil
qui avaient déjà édité mon premier
album. Je pense qu’ils ont bien accroché tout de
suite, et c’est ce qui est génial avec cette maison
d’édition, très ouverte sur les nouvelles
technologies, même si "Kybrilon" n’a pas
d’équivalent visuel.
LF.N : "Kybrilon"
est un one-shot. Un album, est-ce suffisant pour échafauder
l’univers décrit dans le roman?
JMP : Je pense qu’en faire une série
n’aurait pas été une bonne idée, il
est déjà difficile de ne montrer qu’un personnage
dans tout un album, et d’éviter d’écrire
tout ce qu’il pense.
La difficulté était aussi de faire en sorte que
l‘on ne s’ennuie pas et que l‘on puisse s‘attacher
à cet anti-héros qui, tout au long de l‘histoire,
cherche à percer l‘identité de son bourreau.
N‘avoir qu‘un seul "acteur" peut sembler
une économie de moyen, mais c‘est, en fait, une source
de problèmes quand il s‘agit de trouver des astuces
graphiques pour laisser respirer le personnage, prendre du recul
sur lui. C’est vrai que la station spatiale constitue un
personnage à part entier, mais je ne pense pas que cela
intéresse véritablement le lecteur, de ne voir que
des coursives, et des tableaux de bord.
LF.N : Quelles
ont été vos recherches de travail ?
JMP : Mes recherches de travail ont été
très succinctes en matières de références,
puisque je suis parti de rien pour créer l’ensemble
des décors. Généralement, je fais très
peu de croquis, j’aime bien créer mes visuels directement
en 3D, et être le spectateur. C’est le grand intérêt
de l’ordinateur. Je fais quelques photos que je retravaille
pour les rendre utilisables en tant que textures, (aussi incroyable
que cela puisse paraître, l’album utilise très
peu de textures différentes) et je laisse la magie de la
lumière opérer. On peut sauver tout un décor,
qui peut sembler raté de prime abord, en l’éclairant
correctement. Il y a eu aussi un travail sur les personnages,
les mettre en scène et les intégrer dans les différents
lieux.

LF.N : Kybrilon est une
station spatiale désaffectée. Pouvez-vous nous en
dire un peu plus sur cet univers et ses personnages ?
JMP : Kybrilon est donc une plate-forme d’extraction
atmosphérique, qui est arrivée en fin de parcours.
C’est la raison pour laquelle elle est abandonnée
au début de l’histoire, un peu comme on laisse de
côté ces énormes machines qui creusent des
tunnels, bien trop coûteuses à récupérer.
Elle est conçue à la base comme une véritable
grue, capable de traîner, depuis l’espace, d’immenses
manches à air pourvues de filtres servant à écoper
les molécules carbonées de la haute atmosphère.
La récolte, sous forme liquide, remplis des tankers automatiques
géants. De l’extérieur, elle a l’aspect
d’une toupie d’un kilomètre de long, formée
de compartiments pressurisés, de réservoirs. Six
pousseurs à gaz de grande puissance sont soudés
sur le pourtour. L’équipage a un tout petit rôle
dans l’histoire puisqu’il disparaît assez vite.
De ce fait, on n’a pas énormément d’informations
sur lui, c’est une équipe comme on peut en rencontrer
dans bien des activités quelque peu extraordinaires.
Mike est donc le personnage principal, et il est véritablement
un anti-héros. Capitaine, il n’apprécie pas
vraiment son équipage. Il n’est ni bon, ni mauvais,
tout comme la personne qui le met dans cette situation particulière.
Et c’est ce qui rend l’histoire très intéressante,
parce que l’on peut s’identifier autant en la personne
du "bon", qui ne l’est pas vraiment, qu’en
celle du "méchant" qui le devient, comme n’importe
qui dans certaine situation.
LF.N : Chaque
case dégage un sentiment d’angoisse ou de claustrophobie…
Comment arrivez-vous, par le dessin, à créer de
telles impressions ?
JMP : Comme au cinéma, ces sentiments
sont créés en jouant sur des décors très
exigus, et surtout un gros travail sur la lumière, en clair
obscur. Cadrer les personnages de très près apporte
aussi pas mal.

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