Interview de Nicolas Jarry (2)

LES BRUMES D'ASCELTIS

LF.net : Jean-Luc Istin est également scénariste. N’a-t-il pas eu envie d’intervenir sur le scénario? Au fait, comment l’avez-vous rencontré?
NJ: La plupart du temps Jean-luc n’intervient que sur la forme, pas sur le fond. Il a assez de boulot comme ça sans vouloir réécrire mon scénario! Par contre, il ne se prive pas de m’envoyer un petit mot du style « Bof, tel passage est un peu nul ». Ainsi je sais à quoi m’en tenir et je peux rediriger le tir.
On s’est rencontré dans votre belle ville de Bruxelles, au festival du film fantastique (il y a deux ou trois ans, je ne sais plus trop). Il était alors directeur de collection chez Nucléa et je l’ai « agressé » avec mon projet de polar. Plus d’un an après (nous nous sommes revus une fois entre-temps) il m’a passé un coup de fil pour me dire qu’il avait bien aimé mon bouquin et m’a demandé si ça m’intéressait de lui scénariser une série…

LF.net : Dans Asceltis, on y décèle nombre de créatures et peuples différents. Comment avez-vous procédé pour définir chaque race, chaque créature?
NJ: Déjà, je n’ai pas encore défini toutes les races qui vivent sur Asceltis et loin s’en faut (on en découvre deux nouvelles dans le prochain tome). Quand je veux créer un nouveau peuple, je me demande ce qui le distingue des autres, ce qui en fait une race à part entière. Je rédige alors un court historique sur lui, je cherche les traits physiques et psychologiques les plus marqués et après c’est au dessinateur de lui donner vie (et à partir de son dessin, j’affine ma vision de ce nouveau peuple).

LF.net : "Les Brumes d’Asceltis" développe un univers par certains côtés fort proche du Seigneur des Anneaux. Les Naadir marchent pieds nus comme les Hobbits; le Djarwok est une créature très proche du Balrog; les Cathédrales de Drüz font immédiatement penser aux Mines de la Moria. Acceptez-vous ces rapprochements? Que pensez-vous de l'univers de Tolkien?
NJ: Pour le côté graphique (pieds nus, cathédrales de Drüz, Djarwok) c’est à Jean-luc qu’il faudrait demander. Maintenant, je n’ai pas du tout écrit les Brumes en pensant à l’univers de Tolkien (même s’il est vrai que je n’ai sans doute pas besoin d’y penser pour être influencé). Si je devais rapprocher les brumes d’œuvres existantes, je parlerais plus du "Pouvoir du Chninkel" et de "La quête de l’oiseau du temps".
Maintenant je n’interdis à personne d’y voir un côté Tolkien (on a tous un côté Tolkien, surtout ces derniers temps… allez savoir pourquoi).
J’avoue que j’ai de plus en plus de mal à parler de l’univers de Tolkien pour la simple et bonne raison que je ne sais plus si je dois me référer au livre, au film, au phénomène de mode ou au mythe. C’est un véritable sac de nœuds.
Tout ce que je sais, c’est qu’écrire de la Fantasy après avoir lu le Seigneur des Anneaux, c’est un peu comme vouloir chanter sur scène après le passage de Johnny. C’est douloureux pour l’ego…

LF.net : Le découpage d’Asceltis est parfois très serré. Les planches 40 à 44 par exemple montrent une grande série de petites cases. Quel est l’effet recherché? Une impression de précipitation des héros, un rythme plus rapide? Ou un manque de place pour tout raconter?
NJ: C’était ça ou faire un 96 pages… Il faut dire aussi que Jean-luc travaille sur grand format, ce qui lui permet de faire des découpages serrés et donc de rajouter des petites scènes bonus.

 

 
 
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