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Thorinth - Interview de Nicolas Fructus
Nicolas
Fructus a développé son talent créatif
dans les domaines des jeux vidéos, des dessins animés
et de l'illustration avant de s'attarder à la bande dessinée.
Ses diverses expériences professionnelles l'ont amené
à côtoyer des personnalités telles que Moebius
ou encore Philippe Druillet. C'est ensuite qu'il travaille avec
François Boucq sur les couleurs du Bouncer, ce superbe
western édité par les Humanos. Ce bagage important
lui permet aujourd'hui de sortir Thorinth,
une série sur laquelle il travaille en solo. Et, pour sa
première réalisation, le résultat est impressionnant
: le style est précis, les traits puissants, les couleurs
riches et flamboyantes et le scénario intéressant.
Rencontre avec l'auteur à l'occasion de la sortie du deuxième
album...
LeFantastique.net:
Comment est né l'univers de Thorinth?
Nicolas Fructus: Le projet est né en 1997,
alors que je voulais développer une série d’animation,
un mélange 3D et décors maquette. Le problème
était que Thorinth s’avérait être un
univers trop adulte, et pas adaptable sur ce support. Alors j’ai
attendu, continué à travailler dans le jeu vidéo,
et j’ai pris en 2000 la décision d’arrêter
mes autres activités et de ne me consacrer qu’à
la Bd.
Quant à l’univers lui-même, il est simplement
la réunion de nombreux éléments qu’il
me plaisait de mettre sur papier.
LF.: Quelles
sont les œuvres qui vous ont éventuellement inspirées?
NF.: Aucune spécifiquement. Ce sont plus
des impressions ou les forces intrinsèques à une
œuvre qui m’attirent et m’inspirent, plus que
leur logique ou ce qui est analysable dans un travail. J’ai
une attirance toute particulière pour des auteurs comme
Frank Herbert ou Philip K. Dick, plutôt orienté fiction,
mais un Lautréamont ou un Balzac m’apportent autant
de visions.
Graphiquement, tout. Difficile de dire pire, mais je ne sens rien
de dominant dans ce qui m’attire. Tout relève d’une
intelligence particulière qui ne m’appartient pas,
alors il est toujours passionnant d’en découvrir
les arcanes!
LF.:
Thorinth provient apparemment de la contraction des mots "tour"
et labyrinthe"... Ce choix d'images a-t-il une signification
particulière?
NF.: Ouiouiouiouioui…
La tour a toujours été la représentation
de mégalomanies humaines, cet espèce de "toujours
plus haut, plus grand, plus fort". Hé bien oui, c’est
fascinant. Et c’est d’abord ça, Thorinth. La
mégalomanie par procuration d’un docteur (Amodef)
qui croyait dominer les outils qu’il se créait. Et
le labyrinthe est la structure interne de la tour ; au-dedans
du plus grand, du plus fort, sont les méandres de toute
puissance. Un combinat étrange de structures chaotiques
qui échafaudent une structure plus rationnelle quand on
la regarde de dehors. Mais tout cela n’est pas un gage de
stabilité. C’est plutôt une marque de vie,
Un équilibre très humain, somme toute…
LF.: Le
fonctionnement du cerveau humain, la télépathie
etc. sont des thèmes abordés dans la BD, notamment
avec les Pellegen qui sont des docteurs en conscience. L'étude
du cerveau a-t-elle un attrait particulier pour vous?
NF.: C’est tellement vaste… J’aime
parler du cerveau, c’est vrai, et ça nous dépasse
tous tellement… En fait, les pouvoirs que sont supposés
développer les cerveaux sont la frustration de ne pouvoir
le faire soi-même!
Mon plus grand rêve serait de répartir tout ce qui
se passe sous mon crâne dans deux corps, voire plus, pour
sous-traiter tout ce qu’il y a à faire!
Je suis loin d’être le seul dans ce cas, et je pense
que la télépathie, la clairvoyance et autres petites
facéties cérébrales sont des jalousies de
nos cerveaux brimés, sans doute encore bridés dans
leur évolution.
L’étude de la folie par les Pellegen recouvre un
peu du même principe.
Je n’ai aucune envie de parler psychanalytiquement de la
folie (j’en suis déjà bien incapable) mais
plutôt de montrer qu’au travers des folies de certains,
ce ne sont que des actes amplifiés de ce qui nous entoure
quotidiennement, et que le principe de folie n’est bien
trop souvent que l’incompréhension de l’univers
développé par autrui, entrant en collision avec
son propre univers de pensée.
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