Interview de Gil Formosa -
Robur

Début des années
'80. Le petit monde de la BD bouillonne et de nouveaux genres
semblent attirer auteurs et public: la SF et l'Héroïc
Fantasy s'apprêtent à déferler sur le monde
francophone... Gil Formosa a continué
son chemin depuis cette époque et la série "La
Légende du Chevalier Cargal" en voguant entre science-fiction,
fantasy et cartoons. Aujourd'hui, Lefantastique.net l'a rencontré
pour deux actualités : la sortie d'un magnifique Portfolio
chez Sémic et le premier tome de Robur (avec, au scénario,
Jean-Marc Lofficier, aux éditions
Albin Michel).
Le
Fantastique.Net: Avec Daniel Pecqueur, vous avez donné
naissance à l'une des premières séries de
fantasy française : La Légende du Chevalier Cargal.
Comment s'est déroulée cette naissance?
Gil Formosa: J'ai rencontré Daniel
en 1978, à l'époque il n'y avait pas encore vraiment
de séries d'héroic fantasy française. Je
venais tout juste de publier quatre histoires courtes dans Pilote,
et l'étape suivante était de réaliser un
album. Autant que je m'en souvienne, j'avais en tête les
aventures de PRINCE VAILLANT et l'idée
de créer un monde fantastique, j'ai présenté
quelques dessins de chevaliers à Daniel et nous sommes
partis dans notre délire. Pour Daniel et moi, ce fut notre
premier album. CARGAL a été
prépublié dans Pilote en 1981, le tome 2, "MANHAWAR"
a été peint en couleurs directes et non plus sur
"bleus", technique plutôt inhabituelle dans ces
années-là. C'est aussi l'usage de ce procédé
qui a marqué les lecteurs. Les années suivantes
nous avons réalisé deux tomes de plus.
Dans les années 80, on assiste au
début d'un engouement pour la fantasy. Comment expliquez-vous
ce phénomène?
GF: La sortie du premier film de Conan
le Barbare me semble être le facteur déclenchant,
le cinéma ayant une réelle influence sur les idées
des uns et des autres... Une de mes satisfactions est d'avoir
créé CARGAL un an auparavant.
De plus, le succès mérité de "La quête
de l'oiseau du Temps " de LOISEL et LETENDRE a ouvert de
nouveaux horizons aux éditeurs.
On
qualifie votre dessin dans Cargal d'hyperréaliste. Pensez-vous
que ce style de dessin, lorsqu'il s'agit de présenter un
monde imaginaire, peut aider le lecteur à entrer plus facilement
dans cet univers?
GF: Je crois que la notion d'hyperréalisme
a beaucoup changé en 20 ans, lorsque je regarde mes premiers
albums de CARGAL, je ne pense plus qu'on
puisse les qualifier aujourd'hui d'hyperréalistes, mais
à l'époque ils avaient un parfum de nouveauté.
Le style de dessin ou les techniques employées ne sont
pas les garants du succès d'une série. Un dessin
"très simple" peut être tout aussi convaincant
qu'un dessin "chargé". On entre dans un monde
imaginaire si le dessin est approprié au sujet et à
ce que l'on veut exprimer. De toute façon, le plus difficile,
mais le plus efficace, est de trouver la meilleure osmose possible
entre le scénario et le dessin.
Aujourd'hui
on vous connaît en France pour avoir travaillé avec
Duval sur des Tex Avery. Expliquez-nous comment s'effectue le
parcours de l'heroïc Fantasy au monde de Tex Avery, de l'univers
de "Conan" à celui de "Droopy"?
GF: Depuis mes débuts, j'alterne ma passion
entre le dessin "cartoon" et l'hyperréalisme.
J'aime essayer des styles et techniques différents. J'ai
commencé ma carrière aux Editions DARGAUD comme
assistant de Morris - je dessinais Lucky Luke pour le merchandising,
les affiches de cinéma, les models sheets pour les dessins
animés, etc...
Je travaille énormément en publicité : création
de personnages, réalisation de films animés publicitaires,
et vidéo clips. J'ai aussi exercé dans le dessin
animé de série. Un autre monde... d'autres règles.
Mon adolescence a également été bercée
par les Comics tels que CONAN, d'où CARGAL.

Vous venez
de sortir un portfolio. Vous avez en effet la double casquette
de dessinateur BD et d'illustrateur. Quelles différences
faites-vous entre ces deux métiers (techniques, reconnaissance,
etc.)?
GF: Une différence essentielle : la BD
est beaucoup plus difficile à appréhender, il faut
maîtriser le découpage, savoir raconter une histoire
en définitive mettre en scène. La BD exige une réelle
discipline et de la rigueur dans son travail et beaucoup de patience.
Il faut de longs mois avant de voir le résultat en album.
L'illustration peut être abordée plus légèrement,
il suffit d'avoir une idée et de la développer graphiquement.
Les couvertures que je réalise pour SEMIC ou MARVEL me
permettent de donner ma vision sur une multitude de personnages
qui m'ont fait rêver lorsque j'étais jeune, c'est
en quelque sorte un hommage rendu à tous ces auteurs.
Le portfolio SEMIC réunit différentes facettes de
mon travail, des couvertures pour les comics MARVEL, SEMIC, des
inédits de l'univers de ROBUR, etc... Le point commun de
toutes ces illustrations est le traité réaliste.
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