LE FLEAU DES DIEUX: interview (3)

Et vous, Valérie, avez-vous des projets avec des histoires plus réalistes?
VM: Non, pas pour l'instant. J'ai un projet peut-être plus réaliste, mais ce n'est encore qu'un projet.

D'où vous vient cette préférence pour les univers différents, autres?
VM: Eh bien, d'abord c'est une facilité, parce qu'on peut faire n'importe quoi, puis c'est aussi une contrainte, parce que justement on ne peut pas faire n'importe quoi (rires). C'est ça qui est intéressant dans le fantastique: on peut créer son propre univers pour ensuite le travailler pour le rendre cohérent et lui donner une existence réelle. C'est vraiment un défi. Ça m'a beaucoup plu d'imaginer que les romains reviennent 10 000 ans plus tard, au niveau galactique. C'est impossible mais pourquoi pas? C'est amusant à imaginer et ça ouvre des tas de portes.

Dans Le fléau, ce sont les femmes qui font avancer les choses: Flavia, l'impératrice Galla Placidia… Tandis qu'Attila, lui, voit la guerre comme un défi personnel.
VM: Attila, c'est quelqu'un qui a toujours eu tout ce qu'il voulait, il se prend pour le maître de l'univers au sens propre, rien ne doit rester sur son chemin. En plus, maintenant la déesse est avec lui, donc forcément tout est en ordre pour lui.
Mais si j'ai mis une femme à la tête de l'empire, c'est parce que j'ai gardé la vérité historique de l'époque. Valentinien III était empereur, mais il était totalement dominé par sa mère, Galla Placidia.

Il se trouve que Flavius est devenu Flavia. Je crois que c'est une idée que Denis avait dès le début. Historiquement, ou plutôt d'après la légende, Flavius Aetius était l'ami d'enfance d'Attila: il avait vécu plusieurs années chez les Huns, donc ils se connaissaient. Donc on peut broder sur le fait qu'ils étaient amis. Ça rend tout à fait dramatique leur affrontement postérieur: deux amis qui en sont venus à une lutte à mort, qui doivent s'affronter et se détruire pour défendre leurs patries respectives. C'est une situation très dure. Je pense que Denis voulait, en transformant Aetius en Aetia et en créant une histoire d'amour entre elle et Attila, rendre l'histoire encore plus dramatique. Ce n'est pas un ami qu'ils combattent, mais l'amour de leur vie qu'ils vont devoir tuer ou au moins vaincre pour sauver leur monde. C'est un des pires dilemmes qu'on peut imaginer: devoir affronter celui ou celle qu'on aime.

 

Propos recueillis par Jean-Luc Delghust - Novembre 2002
Toutes les images sont © Gajic/Mangin/Geronimo/Soleil

 
 
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