LE FLEAU DES DIEUX: interview (2)

En fait, en se cachant leur propre histoire, les Romains se sont attirés les pires ennuis…
VM: Oui, c'est ce que j'essaie d'expliquer. L'Orbis se veut comme un monde parfait, extrêmement raffiné, riche, où tout le monde serait heureux, etc. En fait, ils se sont complètement bloqués, coupés de l'histoire et de la science, complètement arrêtés. Ils ont refusé d'évoluer, c'est là leur problème. En plus, ils ont refusé la guerre depuis mille ans, ils ne savent plus quoi faire face à ces sauvages qui arrivent, leur sautent dessus en massacrant tout le monde. Même les légions sont perdues, ces soldats n'ont jamais combattu!

Lorsqu'on lit différents livres d'histoire, on se rend compte que l'Histoire avec un grand H diffère souvent selon l'historien. Dans votre cas, où se situe la limite entre l'historienne et l'écrivain?
VM: En fait, la limite est assez floue… Je voulais d'abord faire quelque chose de très fidèle à l'histoire, puis d'idée en idée ça s'éloignait de plus en plus. J'ai voulu partir du fait que cet empire galactique recrée le premier empire romain, mais 10 000 ans plus tard, donc tout ne peut forcément pas être pareil: il y a des vaisseaux spatiaux par exemple. Ça a forcément un impact sur l'histoire, et puis tout ne peut pas se reproduire de la même façon.
J'essaie d'organiser l'histoire pour qu'elle ait un sens, comme je le disais plus tôt, cet empire qui s'est bloqué à un moment donné est perdu à cause de ça. J'ai voulu donner aux personnages des actions allant dans ce sens là. Ça m'a amené à me décaler progressivement de l'histoire réelle. Traiter ce thème m'a paru finalement aussi important que traiter l'histoire d'Aetius et d'Attila.

Justement, Aleksa, ces vaisseaux, les décors, vous les créez ensemble ou seul?
Aleksa Gajic: Non, elle ne me dit rien. Je fais les premiers dessins, au début Valérie corrigeait certains trucs mais maintenant je fais tout moi-même, je vois ce qu'elle veut et on se retrouve dans nos idées. On travaille donc assez vite, il n'y a pas trop de discussion là-dessus.

Mélanger le composant romain avec un univers SF, est-ce un challenge ou au contraire, cela vous impose trop de contraintes?
AG: Non, justement, j'aime ce composant historique, ça ajoute une touche de réalisme. J'étais content quand j'ai appris que le projet ne serait pas de la pure fantasy, mais de la Science-Fiction. J'aime bien avoir quelque chose sur lequel je peux "construire" mon art. Dans ce cas, c'est l'art romain et l'art barbare. Mais non, ce n'est pas limitatif, au contraire.

Quelle partie préférez-vous dessiner? Les costumes, les vaisseaux… ?
AG: Mon but, c'est de me plaire dans ce que je fais, j'essaie donc de trouver du plaisir à faire tous les dessins, même les détails des costumes, les maisons à l'arrière plan… C'est parfois difficile mais j'aime bien cette histoire, car c'est quelque chose de nouveau. Avant, je me disais parfois que les gens ne verraient pas toutes les petites erreurs, et j'en laissais, mais maintenant tout doit être parfait.

Est-ce que, à l'instar d'autres auteurs yougoslaves comme TBC ou Bilal, la guerre en Yougoslavie a influencé votre travail?
AG: Non, pas vraiment. J'ai une vie assez "hermétique", comme beaucoup d'artistes et dessinateurs, pas seulement de BD. Et tant mieux. Pour moi, c'est bien d'avoir cette vie hermétique et de ne pas regarder ce qui se passe dehors. Je ne m'intéresse pas vraiment au sport, la politique et le reste, je m'occupe juste de Romains et de Barbares (sourire). Pendant le boulot, le monde extérieur n'existe pas, ça ne change rien qu'il y ait la guerre ou pas.
Les auteurs comme TBC et Bilal construisent leurs histoires à partir de l'actualité, dans notre cas, c'est tout à fait séparé de ça. Et ça me convient, comme je disais, je n'aime pas la politique. Avant, quand j'étais jeune – enfin, je suis toujours jeune, donc quand j'étais très jeune - j'ai fait une sorte de BD politique. Puis, je me suis rendu compte que c'est un monde cruel, et je préfère vivre dans un monde imaginaire, c'est mieux pour moi.
Cela dit, peut-être qu'un jour on me proposera une histoire géniale, à propos de politique, et peut-être que j'accepterai, je ne sais pas. Mais pour l'instant, non.
Pour mon prochain projet, l'histoire se passe sur terre, dans un futur lointain, ce qui me donne la possibilité de faire du design et de l'architecture Hi-Tech. Là c'est mon univers, plus que la fantasy, avec les nains, les guerriers, etc.


 

 
 
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