Gabriel Delmas: l'interview (2)
LF.N Comment
est né le personnage central du psychopompe : le Comte
Gusoyn ?
GD. Au tout début, il était mon double. Comte Gusoyn
était mon nom sataniste quand j'avais dix-huit ans, en
1991. Le personnage du "Comte Gusoyn" correspondait
aux fantasmes de l'adolescence. J'écrivais son histoire
toutes les nuits. Je ne dormais presque plus. C'était il
y a longtemps maintenant. Au départ, il était plus
beau que ce qu'il est aujourd'hui. Mais en vieillissant j'ai compris
qu'il fallait que ce per sonnage
soit laid, totalement effrayant. Et quand dix ans après
j'ai décidé de faire "le psychopompe"
en bande dessinée, je l'ai dessiné comme ça,
avec tout son attirail de chevalier noir "sm" et "black
metal".
LF.N Le
psychopompe décrit une guerre entre plusieurs clans de
démons et la recherche de l'antéchrist. Depuis quand
vous intéressez-vous à la démonologie et
au satanisme ?
GD. Depuis très longtemps. Je viens d'avoir vingt neuf
ans, et je m'y intéresse vraiment depuis que j'ai quatorze,
quinze ans. Je lisais tout ce qui était consacré
aux démons et au diable. J'étais capable de passer
des après-midi entières dans les rayons d'obscurs
bouquinistes pour trouver certains livres. Au fur et à
mesure, j'ai fait des rencontres intéressantes, et d'autres
plus étranges. En matière de livres aussi. Il y
a de tout sur le diable et les démons. Je voulais savoir
s'ils existaient vraiment. J'ai toujours eu une grande fascination
pour ceux qui étaient du mauvais côté. Pourquoi
un côté est-il mauvais? ... Difficile... Cette simple
question en appelle beaucoup d'autres. Mais comme toujours, je
voulais aller de l'autre côté... La démonologie
n'est en soi pas quelque chose de très intéressant.
Tout le monde y va de son fantasme et de son imagination autant
dans les noms que dans l'apparence que les démons doivent
avoir. Pour "le psychopompe", j'ai créé
ma propre hiérarchie infernale en empruntant ça
et là, selon mes désirs. Là aussi je me suis
moqué des démonologues qui d'une manière
sérieuse vont jusqu'à compter le nombre de démons
ainsi que les titres que ceux-ci portent. Compter les démons,
voilà bien une idée farfelue. Si "Le psychopompe"
est un livre démoniaque c'est bien parce qu'il se moque
de toutes ces sciences occultes qui n'apportent rien et exploitent
le désespoir de quelques uns. Mais ce n'est pas parce que
je me moque que je ne reconnais pas le pouvoir de certains livres.
Mais évidement, les livres dangereux, on ne les trouve
pas dans les rayons de la fnac. Par contre, de ces livres rares,
je m'en suis servi directement pour la composition du "psychopompe".
Le satanisme est la seule idéologie qui se nie elle-même.
LF.N Quelle
est votre position personnelle vis-à-vis des religions
?
GD. Les religions sont des inventions de quelques uns pour dominer
les autres. Celui qui ne peut dominer les autres
ni par sa force, ni par son intelligence, ni par sa richesse,
ni par sa beauté, ni par ses qualités, ses dons,
son travail... Se réfugie dans la religion où il
en appelle à quelque chose de plus grand que lui, dont
il serait le messager et l'intermédiaire pour avoir du
pouvoir. Les religions inventent tous les jours des mensonges
pour maintenir des systèmes illusoires. Certains diront
qu'elles font progresser l'humanité. Personnellement, je
pense qu'elles briment et enchaînent les individus dans
un monde viril soumis au pouvoir psychologique du père.
Où la femme est soumise et absente en tant que corps, et
être. La religion est le plus grand mensonge adressé
à l'humanité. Faire croire qu'il existe un Dieu.
Et le christianisme est encore plus fou, plus pervers que les
autres: il fait croire que Dieu aime les hommes.
LF.N On
ressent dans votre récit comme un sentiment de révolte
par rapport au monde actuel... Pouvez-vous nous donner votre position
par rapport à ces quelques phrases tenues par le Comte
Gusoyn ou certains de vos personnages :
A - p.8 - "J'ai un compte à régler avec
l'éternité..."
GD. Oui, mais il faudrait les reprendre dans leur contexte. Mais
ce que je veux dire avec cette phrase c'est : quelle est cette
promesse de vie éternelle, de réincarnation etc..
que l'on nous fait ? Il n'y a rien après la mort, nous
le savons tous à l'intérieur de nous, même
si nous ne pouvons pas l'accepter. Pourquoi ne pas vivre ici,
sur terre d'abord au lieu de croire que le bonheur sera pour après
et de nous laisser maintenir par les autres dans ces frustrations
et ces esclavages. L'après vie ce n'est rien. Du néant,
de la mort, l'Enfer si vous voulez, puisque ça n'existe
pas. Alors révoltez-vous ! Hurlez si vous n'êtes
pas heureux ! Mais ne vous laissez pas dominer. Gusoyn est le
symbole de la révolte absolue, de la révolution
permanente.
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