Interview de Roberto Ricci

Roberto Ricci est né à Rome le 21 septembre 1976. Fan de Hard Rock et de BD, il dévore passionnément Heavy Metal. A onze ans, il découvre Moebius au travers d'Arzach et cela le frappe comme une révélation. Sa rencontre virtuelle avec Saimbert sur le réseau appelé Internet, le mène à construire un univers obscur et cruel. Pour s'inspirer, il pense à 1984, Dune, Alien et à l'architecture gothique. Rencontre avec un dessinateur italien plutôt doué.

LeFantastique.net: Le scénario que vous a présenté Saimbert correspondait-il à votre univers?
ROBERTO RICCI: Lorsque Phil me dévoila l'idée générale pour les Ames d'Hélios, j'en fus très heureux. Cela correspondait, visuellement, à une idée que j'avais en tête depuis un certain temps et que j'aurais aimé développer. C'est pourquoi nous fumes très vite sur la même longueur d'onde et les études de l'architecture et des décors furent assez faciles. Les problèmes arrivèrent avec les personnages. Nous avons du travailler dur pour comprendre ce que nous désirions vraiment.

Cet esprit du chaos préexistait-il chez vous ou avez-vous dû vous adapter, faire des recherches, etc.?
RR: Helios est mon premier projet à longue échéance. Avant je n'avais réalisé que des histoires courtes pour Heavy Metal. Quand on travaille sur ce genre de projet, la recherche et la documentation sont des éléments essentiels. J'ai visionné nombre de films, étudié l'architecture, lu des bouquins, etc. Je me suis imprégné des imaginaires d'Asimov, Dick, Gibson, Herbert, Tolkien, etc. Je suis vraiment un grand fan de Sf et de Fantasy, Hélios est la fusion de ces deux genres et cette passion m'a beaucoup aidé à explorer les faces cachées de ce monde.

Puisque vous êtes un passionné de Hard-Rock, peut-on dire que les Ames d'Hélios ont leur place dans un univers "Heavy-Metal"?
RR: C'est vrai, dans ma vie la musique a toujours joué un rôle important. Le Métal avant tout. De mon subconscient la musique s'infiltre au travers de mon dessin avec toute sa puissance. On peut dire que la musique inspire mes "visions".

Quelle musique conseilleriez-vous d'écouter pendant la lecture des Ames d'Hélios?
RR: L'atmosphère d'Hélios est très proche de la musique de NIN, Moonspell, Fear Factory et SOAD, mais c'est celle de Mike Patton (Faith No More, Mr. Bungle, Thomahawk fantomas, etc.) qui m'a accompagné tout au long de la réalisation du premier tome. Je lui dédicace donc en partie mon travail.

Pour en arriver à l'aspect physique d'Ylang, quelles recherches et choix avez-vous effectués?
RR: S'il y a bien quelque chose que j'ai du mal à dessiner, ce sont les femmes! Pour moi c'était un réel cauchemar d'avoir une jeune fille comme héroïne. En même temps ce fut un beau challenge à relever.
Il a fallu de nombreux croquis et essais avant d'arriver à cerner Ylang et encore, ce n'est réellement que lorsque tu dessines des planches entières que tu peux dire si le personnage est vraiment adapté. Ylang est certainement différente de la première planche à la dernière. En tous cas c'est ce que je ressens et elle évoluera encore sûrement. Navis de Buchet (que j'admire beaucoup) m'a bien aidé à développer, en partie, les expressions corporelles d'Ylang.

Quels sont vos maîtres à dessiner? Gimenez, Loisel?
RR: Bilal, Loisel, Schuiten, Wrightson, Moebius, Breccia père et fils, Boucq... tous ont contribué au développement de ma "philosophie" du dessin. Mais c'est Gimenez dont j'ai voulu le plus m'imprégner. Un auteur que je place parmi les plus grands de la BD SF. J'adore sa manière de mettre en scène les histoires, sa technique de coloriage. C'est ce que j'ai voulu approcher dans mes travaux. Si Gimenez n'avait pas existé, Hélios aurait probablement été construit d'une toute autre manière. Enfin, je ne peux que remercier mon professeur et ami, Saverio Tenuta pour m'avoir aidé à faire mes premiers pas dans le monde de la bande dessinée.

Vous vous démarquez de la BD italienne en vous rapprochant de la BD franco-belge. Que pensez-vous de la bande dessinée en Italie?
RR: En Italie, la BD est en situation critique. On y vend surtout des Manga parce qu'ils trouvent audience grâce aux séries TV. Nous avons peu d'éditeurs, peu d'intérêt pour la BD…
Alors qu'en France une certaine égalité règne entre un livre et une BD, pour un italien mettre 12 ou 13 euros dans une BD est presque impensable. Bonelli par exemple (le seul grand éditeur de BD) publie des BD (N/B, 96 pages) vendues à 2,50 euros rendant par là la concurrence assez difficile. Si un éditeur veut faire de la BD il se tournera aussi vers l'achat de droits étrangers plutôt que payer un artiste italien car c'est trop cher. C'est d'ailleurs comme ça que les Ames d'Hélios ont pu être publiées en Italie. Avec cette situation, beaucoup d'artistes italiens partent à l'étranger.

On retrouve beaucoup de symbolique au travers du dessin (l'illustration de la page de garde avec l'ombre d' Ylang, la première planche avec l'oiseau, la couverture, etc.). Cela vient-il de vous ou est-ce Saimbert qui a imposé ces idées à transmettre par le dessin plutôt que par les dialogues ou l'histoire?
RR: Phil et moi nous nous sommes beaucoup influencés mutuellement. Il est vrai qu'étant le dessinateur, j'ai peut-être plus influencé le visuel et lui plus le récit mais nous pouvons dire que nous avons véritablement travaillé ensemble sur Hélios.

Parlez-nous un peu de votre technique?
RR: Il faut poser la question à Gimenez (rires). Je ne suis qu'un modeste copieur (rires). Après les crayonnés, j'encre les décors au marqueur et les personnages au pinceau pour leur donner plus de douceur. Je laisse quelques détails crayonnés pour donner plus de profondeur avec plusieurs couches. Ensuite je colorise le tout à l'écoline, cela fonctionne comme l'aquarelle avec des couches successives. Parfois je fais quelques corrections en utilisant l'acrylique.

Vos projets à venir?
RR: J'ai deux projets que j'aimerai concrétiser. Le premier est une histoire pour enfants contre la violence à l'encontre des animaux. L'autre est une BD situés dans l'Amérique des années 40, un récit de relation triangulaire au dénouement spécial. Mais ces projets ne verront probablement pas le jour tout de suite vu mon implication dans Hélios. On verra bien!
En même temps je bosse comme prof à l'école internationale de bande dessinée à Rome, et j'exécute quelques commandes. Je vous invite d'ailleurs à consulter mon site.
J'aimerais également réaliser des couvertures de livres SF ou Fantasy ou pourquoi pas travailler sur des storyboards de films!

Pour en savoir plus sur les dessins de Roberto Ricci, découvrez son site:
www.riccirob.com

Propos recueillis par Christophe Van De Ponseele
Toutes les images illustrant cet entretien sont © Saimbert/Ricci/Delcourt

Les Âmes d'Hélios:
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