Interview de Saimbert (les Âmes d'Hélios)

C'est à Pau en 1962 que le petit Saimbert voit le jour. La bande dessinée l'appelle d'abord sous les traits de Bob Morane, ensuite au travers Sin City, Ranxerox, mais également les œuvres de Bruce Jones et de Cothias. Il entend cet appel et signera en 2002 avec Séra la série fantastique Les Processionnaires (Albin Michel).
C'est sur un fil de la grande toile qu'est Internet que Saimbert croise le chemin de Roberto Ricci. Ensemble, ils élaborent un univers sombre à souhait... Les Âmes d'Hélios...

LeFantastique.net: Hélios nous plonge dans un univers obscur. Le "Mal" semble être la force à l'état brute légitimée par un pouvoir politico-religieux. Dans cet univers, il fait bon être blanc et de sexe masculin. Pourquoi ce choix "occidental"?
SAIMBERT:Effectivement, dans mon univers, il n'y a pas de métissage des races quant au partage du pouvoir. Le fait que j'ai construit mon univers à partir de la secte des chevaliers de l'Ordre du Temple Solaire (OTS) n'est certainement pas étranger au fait que la race blanche soit la race dominante sur Hélios. En ce qui concerne le sexe féminin, vous verrez que dans le second épisode, les femmes appartenant à l'ordre des écussons rouges ont bien plus de privilèges que celles des castes inférieures. Comme dans toute société coercitive, une minorité d'apparatchiks s'autorise ce qu'elle interdit à la masse.

On ressent bien la fragilité du système social et malgré l'injustice intolérable, on devine que seuls les Cardibans, dirigeants religieux, sont capables de maintenir l'équilibre de ce système. De plus, le système des castes ne semble pas donner l'espoir d'un changement viable. Dans ce contexte, la dictature serait-elle un mal nécessaire?
S.: Le système social est au bord de l'implosion. La rouille omniprésente est le symbole de la décomposition morale, sociale et idéologique de cette société malade. Et bien sûr seule la répression féroce instaurée par les cardibans arrive à maintenir un semblant d'ordre. Hélios est une parabole autour de toutes ces sociétés gangrenées par le fanatisme religieux et dont le régime ne tient que par la terreur et la violence. Il n'y a qu'à voir comment se sont effondrés ces genres de régimes en Afghanistan, en Roumanie et en Irak (quoiqu'en Irak, je me demande si la dictature "laïque" de Saddam Hussein ne va pas être remplacée par un fondamentalisme religieux tout aussi intolérant).

Le terme "Cardiban" provient de la contraction des mots "Cardinal" et "Taliban". Une manière de ramener toutes les religions sur un même pied? Un message universel?
S.: Il serait bien prétentieux de ma part de vouloir faire passer un "message universel". Je ne sais plus qui a écrit: "On reconnaît le degré de civilisation d'un monde au nombre de ses drapeaux". Je me demande si, pour paraphraser cette citation, on ne reconnaît pas également ce "niveau de civilisation" au nombre de ses prophètes. Toutes les religions prônent l'amour et la tolérance mais les chapelles extrémistes de tous bords viennent toujours pervertir ces idéaux.

La scène de la seconde planche (la maman d'Ylang se prostituant et étant humiliée sous les yeux de sa fille), a provoqué pas mal de commentaires de la part des lecteurs. Ils vous reprochaient d'avoir joué d'entrée de jeu les cartes "sexe" et "violence" afin d'attirer le public... Qu'en est-il exactement?
S: En aucun cas, je n'ai voulu jouer cette carte. En fait, Roberto et moi-même tenions à préserver la noirceur, la violence, l'âpreté du propos. Cette scène est essentielle à mes yeux pour planter l'atmosphère, l'univers d'Hélios. Et je puis vous assurer que si nous avions voulu "attirer le public", nous aurions édulcoré nombre de scènes. Mais il est vrai qu'à l'heure actuelle, il est de plus en plus périlleux de franchir certaines limites. Je discutais il y a quelques mois de cela avec un responsable éditorial qui me disait que "de nos jours, il serait périlleux voire impossible de sortir certains albums ou films": il ne faudrait pas que la censure et le "politiquement correct" viennent gangrener la liberté d'expression. Ceci dit et pour conclure, je crois quand même que la télévision nous montre tous les jours des images bien plus choquantes.

 
 
 
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