Thorgal: une saga à la croisée des genres (3)

La réunion
Toujours séparé des siens et amnésique, Thorgal-Shaîgan continue à ravager les terres et les océans au côtés de Kriss, mais il commence à avoir des doutes sur sa véritable identité. L'arrivée d'un prisonnier, Galathorn prince de Brek-Zarith, fait éclater la vérité au grand jour. Invoquant les dieux, Thorgal est pris en pitié par la divine épouse du grand Odin. Celle-ci l'arrache à la furie de Kriss et accepte de lui rendre la mémoire s'il parvient à récupérer l'anneau sacré que Geirroed, le roi des Géants, vola jadis... Ce qui livre une nouvelle aventure – quelque peu naïve – de Thorgal dans Asgard. C'est dans La Cage – autre album en demi-teinte – que Thorgal est enfin réuni avec les siens. Une fois de plus, la famille décide de partir trouver son bonheur ailleurs.

Leurs voyages les emmèneront à découvrir d'autres contrées et – malheureusement – à affronter de nouveaux dangers. Se succèdent alors Arachnéa, Le Mal Bleu et Le Royaume sous les Sables, aventures en un tome chaque fois, suite à la volonté des auteurs de ne plus faire d'aventures s'étalant sur plusieurs tomes. Malheureusement, ces albums, tout en restant corrects, ont laissé plus d'un lecteur sur sa faim. On croit sentir un certain essoufflement autant dans le dessin que dans le scénario. Van Hamme a d'ailleurs fait part de sa décision d'arrêter dans quelques années d'écrire des scénarios pour Thorgal, tout en laissant la possibilité à Rosinski de poursuivre la série, éventuellement avec d'autres scénaristes.

Or, si les derniers albums ont parfois déçus, c'est que les auteurs avaient habitué les lecteurs au meilleur. Thorgal a su séduire un large public grâce à la capacité de Van Hamme de surprendre les lecteurs à chaque album. En partant des terres glacées des Vikings, il a emmené son héros sur des terres et des univers à la fois tellement différents – voire opposés – et cohérents, en faisant se côtoyer l'univers des dieux d'Asgard avec celui des sciences futures – un défi qui aurait fait réfléchir à deux fois plus d 'un scénariste. Quant à Rosinski, son trait s'est affiné au rythme des albums pour faire de lui un des plus grands dessinateurs réalistes de la BD européenne. Il suffit de parcourir les pages d'Alinoë, Les Archers ou les albums du cycle de Qâ pour comprendre à quel point son talent est grand. Quand on vous disait que cette saga est incontournable… et bien loin d'être finie!

Jean-Luc Delghust
article paru dans Khimaira 17 - janvier 2003
Toutes les images sont copyright Rosinski/Van Hamme/Le Lombard


 

 
 
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