|
Striges
et autres monstres
dans les croyances antiques (3)
Les
Sirènes (du grec "Seirên") sont filles
du fleuve Acheloos et d’une muse, Melpomène ou Terpsichore.
Leur nom provient de la racine grecque "ser-" signifiant
"attacher, lier". Les Sirènes étaient
vues comme les âmes des morts, des sortes de génies
funèbres, avides de sang et hostiles aux vivants. Ainsi,
on les invoque au moment de la mort et on retrouve leur image
sur les tombeaux. Cependant, la légende les présente
avant tout comme des monstres marins. Dans les représentations,
les Sirènes ressemblent à la description des Striges,
de grands oiseaux à tête de femme, mais leur rôle
est sensiblement différent puisque les Sirènes ensorcellent
les marins pour les attirer vers les rochers et les y faire périr.
Si les Striges étaient redoutées pour leur cri strident,
les Sirènes le sont pour leur chant mélodieux et
trompeur. La mythologie grecque nous donne le nom de quelques-unes
d’entre elles : Aglaophonè, Thelxiépie, Pisinoè,
etc. Dans la mythologie germanique, les Sirènes
sont des femmes-poissons qui hantent les estuaires.
Ulysse, pour
échapper aux Sirènes, enduira les oreilles de ses
marins de cire, afin qu’ils n’entendent pas le chant
maléfique. Quant à lui, il entend avec ravissement
le chant des monstres marins et aurait sans doute succombé,
s’il n’avait pris soin de se faire attacher, au préalable,
au mat du navire (16).
Les Argonautes purent, eux aussi, passer cette épreuve
sans dommage, et cela grâce à Orphée qui "entonna
sur un rythme rapide un air allègre pour brouiller leur
chant en assourdissant les oreilles sous les coups du plectre
: la force de la cithare triompha de la voix virginale."(17)
Issues des croyances populaires
romaines, les Striges sont le résultat extraordinaire d’un
mélange de mythes, de monstres et de légendes, où
l’influence grecque n’est pas absente. Oiseau de nuit,
sorcière, vampire, elles sont aussi devenues dans notre
imaginaire les fidèles servantes de Satan. Assoiffées
de sang, les Striges se délectent de celui des nourrissons
et des jeunes gens…
Attention,
voyageur ! Attention, cher enfant !
Une nuit sans lune. Un vent glacé. Un bruissement d’aile.
Un cri. Et puis…
NOTES :
1 Ces définitions proviennent de la consultation de dictionnaires
latins : Lewis and Short, A latin dictionary, Oxford ; Benoist
(E.), Gaelzer (H.), Nouveau dictionnaire latin-français,
Garnier, 1922 ; Freund (G), Grand dictionnaire de la langue latine
sur un nouveau plan, t.III (traduit en français par N.
Theil) ; Gaffiot (F.), Dictionnaire illustré Latin-Français,
Hachette, 1934. –etc.
2 Bailly (A.), Dictionnaire grec-français, Hachette, 1976.
3 Stace, Thébaïde, III, 510-511.
4 Ovide, Métamorphoses, livre VII, 269 et suivants.
5 Les "Fastes" sont une sorte de calendrier dans lequel
Ovide reprend les fêtes religieuses romaines et en explique
l’origine.
6 Il s’agit ici des Harpyes dont il sera question plus loin
dans cet article.
7 Ovide, Fastes, VI, 131-139.
8 Ibid., 141-142.
9 Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, Livre XI, 95, §232.
10 Pétrone, Satiricon, 63, 2.
11 Pétrone, Satiricon, 63, 4-10
12 D’après Guirand (F.), Schmidt (J.), Mythes et
mythologie, Larousse-Bordas, 1996, pp. 198 ; 602 ; 677 ; 742.
13 Appolonios de Rhodes, Les Argonautiques, II, 176-530. (3e siècle
avant Jésus-Christ)
14 Virgile, Enéide, III, vers 212-213. (1ers siècles
avant et après Jésus-Christ)
15 Ibid., III, vers 225 et suivants.
16 Homère, Odyssée,
17Appolonios de Rhodes, Les Argonautiques, IV, 907-909.
Stéphanie Morsomme
Première image : Le baiser du vampire, Biegas, 1916, Bibl.
polonaise, Paris
Deuxième images : Harpie, Munch, fin XIXème, Musée
Monch, Oslo
Troisième image : Sirène, vase grec de Stammos,
v.490 av. JC. British Museum, Londres
lisez aussi:
Intrigue sur
les striges
retour
au dossier stryges
|