Striges
et autres monstres
dans les croyances antiques (2)

Lamia et Empusa (12)

Les Striges ont souvent été confondues, dans leur rôle malfaisant, avec les divinités Lamia et Empusa.
Dans la mythologie grecque, Lamia passait pour une divinité femelle qui dévorait les hommes et les enfants. Pour ce faire, elle prenait l’apparence d’un fantôme pour enlever les enfants. Autrefois, Lamia était une belle jeune femme, fille de roi. Zeus s’éprit d’elle et lui donna de nombreux enfants, ce qui déplut fortement à l’épouse légitime du roi des dieux, Héra. Cette dernière fit périr tous les enfants de Lamia. Par vengeance, Lamia se métamorphosa en un monstre qui se mit à manger les nourrissons. Héra la priva de sommeil mais Zeus lui donna le pouvoir d’enlever et de remettre ses yeux à volonté. Une légende raconte que Lamia eut la tête fracassée par le jeune Eurybatos et qu’à la place du monstre, jaillit une source qui prit le nom de Sybaris. Lamia passe aussi pour être la mère du monstre Scylla.

Empousa était la fille de la déesse infernale, Hécate. On la représente, dans l’imaginaire grec, avec des pieds de bronze et elle passe pour effrayer les voyageurs et se nourrir de chair humaine. Il existe pourtant un moyen de la mettre en fuite : lui lancer des injures. Capable de prendre toutes les formes possibles, elle s’unissait la nuit aux hommes endormis et leur suçait le sang jusqu’à ce que mort s’ensuive.


Harpyes et Sirènes

Lorsque l’on analyse de plus près la description faite par les Romains des Striges, on peut constater une troublante ressemblance avec les Harpyes et les Sirènes, monstres issus de la mythologie grecque.

Les Harpyes (du grec "harpuia") sont filles de Thaumas et d’Electre et sœurs d’Iris, "’arc-en-ciel". Elles sont présentées comme les déesses des tempêtes, surnommées les "ravisseuses". Leurs noms sont Podargé, Aellô et Ocypétes. On les décrit comme des femmes ailées à la belle chevelure, des êtres aussi rapides que les oiseaux et les vents. Les Harpyes seront représentées ensuite comme des monstres au visage de vieille femme, aux oreilles d’ours, au corps d’oiseau (vautour) et aux pattes crochues. Outre leur apparence, elles partagent avec les Striges leur goût pour l’enlèvement des enfants. Les victimes des Harpyes ne sont pas rares au sein des mythes grecs et ces femmes-oiseaux y jouent souvent le rôle d’instrument de vengeance des dieux. De ce fait, elles résident aux Enfers avec les Erinyes et les Gorgones. Les Latins les assimilent la plupart du temps aux Furies.

Lors de leur périple pour ramener la Toison d’Or, le célèbre héros grec, Jason, et ses compagnons se trouvent confrontés aux Harpyes. Sur la côte de Thrace, ils rencontrent Phinée, un devin aveugle, persécuté par ces créatures mi-femmes, mi-oiseaux qui lui volent sa nourriture ou la souillent de leurs excréments. Elles sont poursuivies par deux compagnons de Jason, Calaïs et Zétès, "les Boréades"(13).

Enée, le fondateur de la civilisation latine, les rencontre, pour sa part, dans les îles Strophades où elles ont trouvé refuge "depuis que la maison de Phinée leur fut interdite"(14). Là, tandis qu’ils prennent leur repas, soudain "les Harpyes sont là ; elles secouent leurs ailes à grand fracas, pillent nos mets, souillent tout de leur contact immonde ; puis des cris sinistres, une odeur repoussante."(15)

 

 
 
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